‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 311 sur 332 · RÉSOLUTION DE PITT ET TEMPLE · texte numérisé non relu

RÉSOLUTION DE PITT ET TEMPLE

communiquée avant la séance à leurs principaux collègues, insistaient sur l’aveu de Wall que le mémoire français avait été préparé avec « le consentement, l'approbation et le bon plaisir de S. M. Catholique »; ils rappelaient que cette pièce concernait les trois points du litige et promettait le concours de la France pour le cas où le conflit entrainerait la guerre entre les deux pays. « Le procédé injuste et sans exemple de la cour d’Espagne d’avoir recours à l'intervention et à la pression d'une puissance ennemie pour obtenir satisfaction de l'Angleterre, la menace d’une guerre éventuelle, alors que l'Espagne prodiguait ses professions de bonne entente et d'amitié à l’égard de la Grande-Bretagne, l’aveu formel et l'affirmation que le ministère espagnol venait de faire d’une union absolue de conseils et d'intérêts entre les deux monarchies de la maison de Bourbon, tous ces faits d’une nature si grave et si urgente appellent sans conteste, sans retard, de la part de S. M. telles mesures nécessaires et opportunes que Dieu l’a mise à même de prendre pour la défense de l'honneur de sa couronne et pour les intérêts essentiels des sujets de S. M. » En conséquence, les soussignés « proposent très humblement à la sagesse de S. M. de donner ordre immédiat au comte de Bristol de remettre une déclaration signée par $. E. et rédigée comme ci-dessus, puis de revenir de suite en Angleterre sans prendre congé ».

Bute, qui était hostile à la guerre espagnole, prit l'initiative d’un conciliabule fixé au 19 (1) et auquel il convoqua Newcastle, Mansfield et Devonshire. Il leur annonça que malgré ses instances et celles de Mansfield, Pitt avait refusé de retirer la pièce. « Si nous avions été partisans de la paix, ajouta-t-il, il se préoccuperait à un moindre degré de l’action de M. Pitt, mais la continuation de la

(1) Newcastle à Hardwicke, 20 septembre 1761. Newcastle Papers.

guerre paraissant impossible à éviter, il croyait que nous devions faire tous nos efforts pour empècher M. Pitt de donner sa démission et de laisser à notre charge la direction si difficile d’une guerre qu’il avait toujours revendiquée comme sienne. » Après échange d'observations, on se rallia à l’idée d'une contre-proposition opposée à celle de Pitt. Le duc de Devonshire prit la plume, et Mansfield lui dicta un texte sur lequel on se mit d'accord et auquel on espérait que Pitt se rallierait. Ce dernier fut intraitable ; il était partisan d’une rupture immédiate qui permettrait d’intercepter les galions attendus d'Amérique et de faire face aux frais des nouvelles hostilités avec les trésors dont on les savait porteurs. Enfin, dans une dernière séance qui eut lieu dans les premiers jours d'octobre on procéda au vote; la majorité se prononça avec Bute et Newcastle en faveur de la poursuite des négociations avec l'Espagne; Pitt et Temple, mis en minorité, donnèrent leur démission qui fut acceptée le 5 octobre. La discussion avait été orageuse (1) ; Pitt s'était écrié que c'était l’occasion d’humilier la maison de Bourbon tout catière et que si on la laissait échapper, elle ne se retrouverait peut-être jamais. Il termina son discours en adressant ses remerciments aux ministres du feu Roi pour le concours qu'ils lui avaient prêté; quant à lui, il avait été appelé au pouvoir par la voix du peuple auquei il devait rendre compte de sa conduite; aussi n’entendaitil pas conserver une fonction où il serait tenu responsable d’une politique qu’il ne lui était plus permis de diriger.

Un pareil langage n'était pas pour plaire à ses collègues; il lui valut une verte réplique du président du conseil, le vieux lord Granville : « Je vois que le « gentleman » est bien décidé à nous lâcher; je n’en suis pas

(1) Annual Register, 1761, p. 43. Passages cités par Mahon, IV, 241, qui en attribue la paternité à Burke.

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