EXPLIZATIONS DE PITT A LA CHAMBRE
intentions), de la résolution que nous (les Espagnols) avions prise, son avis, dans lequel il n'avait été soutenu que par mylord Temple, avait été de nous prévenir en détruisant notre marine, ce qui était alors très facile, en ne nous laissant point le temps de nous préparer, les événements de la guerre pouvant rendre cette mesure plus difficile et diminuer la sûreté des avantages de la paix avec la France. Il a ajouté encore que suivant son sentiment, on ne devait en aucun cas céder la pêche à la France, non plus qu’à nous, la force de la nation britannique consistant dans la conservation de sa marine; que quand il resterait seul à son sentiment dans la Chambre, il croyait avoir assez de courage et de force pour défendre et soutenir la nécessité qu'il avait établie de continuer la guerre, avec la plus grande vigueur, pour l'honneur de la couronne et de la nation; qu'il avait la
plus grande satisfaction de voir que son système était
adopté par le ministère et que l’on avait pris la résolution de poursuivre avec la même activité et vigueur l'exécution des engagements de la couronne, et d'apporter la mème attention aux intérêts de l'État ». Il termina en citant le mot de Scipion : Utere sine me consilio meo patria.
IL est peut-être difficile pour un étranger d'expliquer et de justifier la renommée extraordinaire que Pitt acquit auprès de ses contemporains et dont sa mémoire reste entourée jusqu’à nos jours chez ses compatriotes. Certes, il serait injuste de lui refuser les dons de perspicacité, de clairvoyance, de décision qu'il montra au pouvoir; entouré de médiocrités, il se révéla homme d'État et domina ses collègues de toute la hauteur de son talent et de la vigueur de sa volonté. Mais combien d’ombres au tableau! Est-il possible d'oublier les variations, pour ne pas dire les contradictions, de sa politique étrangère, la mesquineris de ses procédés, la raideur de son maintien, la susceptibilité du collègue, le style pompeux et
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cassant de l’écrivaiu, les fanfaronnades du tribun alternant avec l’obséquiosité du courtisan? Travers de l’époque, nous dira-t-on. Cela est vrai; mais ils n’en portent pas moins atteinte au prestige du grand homme. D'après nous, le véritable secret de la popularité de Pitt, c’est la coïncidence de son exercice du pouvoir avec une période qui marqua les débuts et les progrès de la puissance et de la grandeur britannique. Insuffisantes, mal préparées, battues en maintes rencontres, humiliées à la fois sur mer et sur terre, l’armée et la marine anglaises se relevèrent rapidement et se signalèrent par leurs succès sur tous les points du globe. Les victoires de leurs armes, la prospérité du commerce, le développement de la navigation furent autant de faitsheureux dont le peuple anglais attribua le mérite presque exclusif au ministre qui était sans conteste le chef effectif du gouvernement. Au surplus, Pitt, dans ses qualités ef ses défauts, incarnait la personnalité de ses concitoyens du xvin’ siècle : confiance inouïe en leur propre supériorité, mépris souvent haineux des nations voisines, fierté de race dégénérant dans l’égoiïsme le plus pur et parfois le plus naïf, politique des résultats sans ombre de générosité et sans souci du sentiment, toutes ces caractéristiques essentiellement britanniques ne sont après tout que l’exagération des vertus correspondantes, le courage civil et militaire, la discipline du devoir, le sang-froid en temps de crise, la persévérance poussée jusqu’au sacrifice, le dévouement absolu à la chose publique. Les unes et les autres, Pitt les possédait au plus haut degré ; ainsi, en le portant aux nues, le citoyen anglais se grandissait lui-même et célébrait la gloire de sa patrie. Cette orientation de l'opinion a persisté jusqu'à nos jours. De même que Frédéric est resté pour tout bon Allemand le fondateur de l’unité germanique, de même la mémoire de Pitt bénéficiera toujours de la transformation de sa patrie, puissance secondaire en 1756, en l’orgucilleuse