‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 317 sur 332 · IMPATIENCE DE CHOISEUL · texte numérisé non relu

IMPATIENCE DE CHOISEUL

voir : que ledit traité n’est qu'une convention entre la famille de Bourbon, où il n’y a rien qui ait rapport à la présente guerre, qu'il y à un article pour la garantie mutuelle des États des deux souverains; mais il y est spécifié que cette garantie ne doit s'entendre que des États qui resteront à la France après que la guerre présente sera finie ». Enfin, la pièce, comme preuve des intentions conciliantes de l'Espagne, rappelait la démarche du roi Catholique auprès du roi de France, consentant à séparer les intérêts des deux pays, « si l’union de ces intérêts retardait en quelque facon la paix avec l'Angleterre ».

Au mémoire de Fuentes, le ministère britannique répliqua (1) par un document où il s’efforcait de justifier son action, relevait le refus de l'Espagne de s'expliquer sur sa conduite future et faisait appel au verdict de l'opinion publique. La déclaration de guerre fut proclamée à la date du deux janvier 1762 et portée le 19 du même mois à la connaissance du Parlement par un message du roi Georges. S. M. Catholique suivit cet exemple en publiant une pièce similaire qui porte la date du 18 jau vier.

Comme bien on pense, pendant les derniers mois de 1761, le but de Choiseul fut d'obtenir de S. M. Catholique la r'ipture officielle dont l'ajournement ne laissait pas d'in( üiéter la cour de Versailles. Dans une lettre (2) dont ! »bjet apparent était d'exprimer sa gratitude pour l'octroi de la Toison d'Or qui venait de lui être décernée et de porter à la connaissance de la cour de Madrid les modifications ministérielles dans la répartition des portefeuilles français, Choiseul confie ses préoccupations à Ossun : « Enfin, pour ne rien vous cacher de ce que j'ai sur le cœur, je vous avoue que je crains encore un peu que

(1) Réponse remise à Fuentes par Egremont, 31 décembre 1761. Papiers sur la rupture.

(2) Choiseul à Ossun, 8 octobre 1761. Affaires Etrangères.

l'Espagne ne diffère à se déclarer, et je vois avec peine qu'elle laisse à Londres son ambassadeur; vous sentez combien la dignité du Roi souffrirait s’il nous arrivait dans cette occasion la même chose qui nous est arrivée en 1759 à Saragosse; les lenteurs de l'Espagne font tenir des mauvais propos. Je ne crois pas que la probité du roi Catholique puisse être soupçonnée, mais je ne peux pas ne pas voir avec peine le discrédit qu'une lenteur déplacée pourrait produire; mes réflexions à cet égard sont pour vous seul. Faites revenir M. de Fuentes, engagez que l’on coupe décisivement le nœud gordien, ce qui renversera le crédit anglais et augmentera le nôtre ». Quelques jours après, il prévoit (1) la réunion éventuelle du congrès d’Augsbourg et se dema.de à quel titre l'Espagne pourra y figurer, si elle n’est pas encore puissance belligérante.

La démission de Pitt fut une surprise pour tout le monde, et notamment pour Choiseul qui craignit évidemment un revirement pacifique de l’Angleterre : « La retraite de M. Pitt, mande-t-il (2) à Ossun, causera sûrement à Madrid, Monsieur, le mème étonnement qu’il a produit ici. M. le marquis de Grimaldi m'a montré ce que lui mandaït M. le comte de Fuentes à cet égard, et les propos amiables que Milord Butte {sic) avait tenus à cet ambassadeur relativement aux différends de l'Espagne avec l'Angleterre. Je ne doute pas que la rupture de notre négociation avec la Cour de Londres n'ait été un des motifs de :+ changement dans le ministère britannique, ou du moins le prétexte plausible qu'ont saisi les ennemis de M. Pitt pour l'obliger à se retirer, et conséquemment, je pense que Milord Butte va s'attacher par toutes sortes de moyens à conjurer l'orage qui était prêt à fondre sur son pays par l'union de la France et de l'Espagne. Mais

(1) Choiseul à Ossan, 13 octobre 1761. Affaires Étrangères. (2) Choiseul à Ossun, 19 octobre 1761. Affaires Etrangères.

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