‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 318 sur 332 · SURPRISE CAUSÉE PAR LA RUPTURE · texte numérisé non relu

SURPRISE CAUSÉE PAR LA RUPTURE

les ministres anglais peuvent changer, je suis bien sûr que la volonté du Roi et du roi d'Espagne ne changeront pas... voilà le véritable moment d'arrêter les progrès de l'ennemi commun! Le trouble de son intérieur, les embarras qu'il rencontre dans ses moyens doivent nous faire augurer que la déclaratien de l'Espagne réduira l'Angleterre à un système pacifique et modéré, tel qu'il convient aux intérêts et à l'honneur des deux couronnes. »

La dépéche de Fuentes fut bientôt suivie d’une autre (1) contenant le récit d’une conversation avec le nouveau secrétaire d'État, lord Egremont. D'après ce ministre, le cabinet britannique serait enclin à renouer les négociations; mais de l’avis unanime de ses membres, se refuserait à en prendre l'initiative. L'on ne croyait pas au retour de Pitt au pouvoir : « à cause de l'opposition qui s'y est formée contre lui, et de l'empire absolu qu'il usurperait s’il venait à y rentrer, cela ne pouvant arriver que par quelque coup d'éclat qui n’est prévu ni dans la nation, ni dans la ville. Mais comme le motif de sa retraite, ainsi qu'il l’a publié lui-même, est qu'il voulait nous prévenir, à cause de la certitude qu'il avait de notre union avec la France pour faire la guerre à l'Angleterre, si les assurances qu'il a données à ce sujet se réalisent, ses affaires deviendront meilleures et c'est le moment qu'attendent ceux de son parti qui se flattent que les réponses que rapporteront les courriers dépêchés à Mylord Bristol, justifieront sa conduite ».

Quoique décidée en principe depuis longtemps par la cour de Madrid, la rupture effective avec l'Angleterre parait avoir surpris les hommes politiques le plus au courant de la situation. Dans une dépêche du 7 décembre (2),

(1) Fuentes à Grimaldi, 17 novembre 1761. Affaires Étrangères. (2) Ossun à Choiseul, 7 décembre 1761. Affaires Etrangères.

lendemain de la première entrevue de Wall et de Bristol et veille de la remise de l'ultimatum anglais, Ossun parle des bonnes intentions de Bristol, de son affection pour S. M. Catholique, des reproches de partialité encourus de Londres, de la demande de rappel adressée en conséquence à son Gouvernement, enfin des larmes versées pendant son entretien avec Wall. Ce dernier « m'a dit que le ministère britannique reconnaissait que M. Pitt avait trahi les véritables intérèts de sa patrie en n'acceptant pas les conditions de paix que la France avait offertes, et en opinant pour déclarer la guerre à l'Espagne. M. Wall a ajouté que ce même ministère venait de rendre justice à la conduite de mylord Bristol, et de lui refuser la permission de quitter son ambassade. Il m'a paru, Monsieur, que S. M. Catholique regardait toutes ces nouvelles manœuvres comme un arlifice que les Anglais emploient pour endormir l'Espagne et avoir le temps de préparer quelque coup contre cette couronne. Rien ne sera done retardé ici sur les préparatifs d’une guerre offensive et défensive. Tout ce qui pourra résulter de pis, sera d’éloigner encore la déclaration de l'Espagne. Je ne saurais même vous dissimuler que les vues de M. Wall me paraissent toujours tournées à différer, sans que je puisse pénétrer quel est le motif solide qui l'y détermine ». Il est propable, en effet, que sans l’ultimatum anglais, la cour de Madrid eût ajourné encore une rupture que ses ministres et Wall tout le premier eussent voulu remettre au printemps suivant.

Avec la signature des traités franco-espagnols et l’ouverture des hostilités entre l'Espagne et la Grande-Bretagne commence la dernière phase de la lutte qui avait mis aux prises les principales monarchies de la vieille Europe. Dans l'esprit des fondateurs de la nouvelle alliance, Choïseul et Le roi Don Carlos, il s'agissait d’un suprème effort pour disputer à l'Angleterre la suprématie maritime qui

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