‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 33 sur 332 · INCIDENTS DE LA BATAILLE · texte numérisé non relu

INCIDENTS DE LA BATAILLE

pen d'étendue du front autrichien, n'avait en face d'elle aucun ennemi. Au centre, les bataillons de Bülow avaient pris l'offensive de concert avec les défenseurs de la batterie centrale, dont les pièces suivirent probablement le mouvenient. Après une demi-heure de fusillade à bonne portée, les Autrichiens commencèrent à plier, les cuirassiers et dragons prussiens achevèrent la défaite, tombèrent sur les régiments Toscana, Starhemberg et Waldeck et leur firent beaucoup de prisonniers. Cette mêlée eut pour résultat d'entrainer en avant la gauche royale et d'ouvrir entre elle et la droite un vide qui ne fut comblé que par un détachement du bataillon d’Alt Brunswick et par des pelotons de cavalerie. Les Autrichiens qui s'étaient établis dans le village de Panten ne surent pas profiter de l’occasion offerte; ils se bornèrent à capturer les piquets d’Alt Brunswick, mais ne firent aucune tentative sérieuse pour déboucher du village; bientôt assaillis à leur tour par la droite prussienne, et notamment par un bataillon de la garde royale conduit par le futur maréchal Müllendorf, ils furent chassés de Panten et rejetés jusqu’à ia Katzbach.

Entre temps, la bataiile se prolongeait entre Panten et Bienowitz; la division du corps de Laudon qui tenait la tète avait été renforcée de troupes fraiches et luttait avec courage. Le Roi dut faire entrer en ligne sa réserve de # bataillons et emprunter au corps de Zieten 2 batailions et 5 escadrons. De son côté, Laudon fit appel à sa cavalerie; celle-ci chargea avec vigueur, erfonça le régiment du prince Ferdinand et une partie de celui de Bernburg, leur enleva des drapeaux et force prisonniers, mais les autres bataillons lui opposèrerit une résistance si énergique qu'il fallut reculer et cette fois la retraite, grâce à l'intervention des escadrons royaux, dégénéra en déroute. En cette occurrence, le régiment de Bernburs racheta par sa bravoure une défaillance partielle de-

vant Dresde que Frédéric avait injustement ou trop sévèrement punie en lui enlevant ses sabres et en faisant couper les galons de ses chapeaux. Le lendemain de la bataille de Liegnitz, le Roi passa le régiment en revue et révoqua la punition déshonorante à la grande joie des officiers et soldats.

L’échec de la cavalerie impériale entraina le recul de l'infanterie et force fut à Laudon d'abandonner le champ de bataille; ses troupes se retirèrent en désordre sur Bienowitz et de là sur la Katzbach. Néanmoins protégé par une forte batterie que le colonel de Rouvroy installa sur une hauteur en arrière de Bienowitz et sous le couvert d'un cordon de tirailleurs croates qui s'émbusquèrent sur les rives boisées de la rivière, le passage de la Katzbach fut effectué sans nouveau désastre, et les débris du corps purent regagner leur camp de la veille. De la part des Prussiens , il n'y eut pas de poursuite, et il faut reconnaitre que dans la circonstance, elle eût été fort dangereuse. De Pfaffendorf, on découvrait les colonnes de Daun et de Lascy s’'approchant de Liegnitz ou contournant cette ville; déjà l'avant-garde ennemie faisait mine de déboucher et échangeait des coups de canon avec les troupes de Zieten. Selon toute probabilité, l’armée royale allait avoir sur les bras les 50.000 Autrichiens du maïéchal Daun et de son lieutenant, soit un effectif presque double de celui qu'on aurait à leur opposer La prudence la plus élémentaire imposait au Roi l'obligation de se contenter du succès obtenu et d'attendre les événements ultérieurs d’une journée qui commençait à peine.

Voyons ce qui s'était passé au quartier général autrichien. A la tombée de la nuit, les troupes impériales avaient quitté leur bivouac et s'étaient portées sur Dohnau et Klein-Schweiïdnitz où elles devaient franchir la Katzbach; seules, quelques unités appartenant aux divisions des généraux Beck et Ried étaient passées sur l’autre

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DÉMONSTRATIONS INUTILES DE DAUN. k 63

rive; à leur grand étonnement, elles trouvèrent les villages de Schemmelwitz et Schmochwitz inoccupés; aucune trace des Prussiens que les feux de campement abandonnés. Le général Ried fut aussitôt prévenu, mais quoique la première constatation du départ de l'armée royale eût été faite à 11 heures du soir, la nouvelle ne parvint à Daun qu’à 2 heures du matin. Il dépêcha aussitôt un officier à Laudon, mais soit défaut de diligence de l’envoyé, soit nécessité de faire un long détour, ce général reçut l'avis trop tard pour rompre un combat déjà engagé. D'autre part, le maréchal donna l’ordre d'activer le passage de la Katzbach et de suivre les Prussiens. 11 y eut des retards et de la confusion, et pour comble de malheur, le vent qui soufflait avec force dans la direction de l’Oder empêcha d’entendre le bruit de la bataille qui se livrait à 8 kilomètres. Au lever du jour, entre # et 5 heures du matin, les têtes de colonnes de Daun n’avaient guère dépassé le village de Schmochwitz, tandis que seuls les Croateset les hussards de l'avant-garde étaient entrés dans la ville de Liegnitz. Daun put deviner les incidents de la nuit et leurs conséquences ; pour attaquer la division de Lieten qu'on voyait rangée sur les pentes de Pfaffendorf, il faudrait franchir le Schwarz-Wasser et déboucher sous le feu de l'artillerie prussienne; de plus, les

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ten, incendié au cours de l'affaire, faisaient supposer qi une rencontre avait eu lieu entre Laudon et le roi de Prusse. De tels indices n'étaient pas de nature à diminuer l'indécision qui était la caractéristique du maréchal; cependant, il résolut de continuer son mouvement. En conséquence, l'avant-garde entama à longue portée une canonnade contre la position de Zieten, et quelques escadrons furent poussés en avant de Topferberg sur la rive gauche du Schwarz-Wasser, Ces tentatives, d’ailleurs mollement appuyées, ne produisirent aucun effet.

Zieten, devançant les instructions du Roi, avait posté ses troupes et placé ses pièces de 12 de manière à balayer de leurs projectiles les seuls accès ouverts aux Autrichiens. Son artillerie plus lourde prit bientôt le dessus et quant aux escadrons impériaux exposés aux boulets prussiens, sans soutien d'infanterie, ils repassèrent le ruisseau, laissant sur place ou aux mains de l’ennemi une centaine des leurs. De la part du corps de Daun il y eut encore quelques démonstrations et quelques coups de canon échangés, mais il devint évident que de ce côté, aucune attaque sérieuse n’était à redouter.

Dans l'opération dont il avait été chargé, Lascy ne fut pas plus heureux. Quand ce général, après avoir dépassé le village de Waldsee, s’approcha du Schwarz-Wasser, il fut arrêté par des obstacles imprévus; la nature marécageuse du terrain, la nécessité d'établir une chaussée pour atteindre les bords du ruisseau firent perdre beaucoup de temps. Cependant quelques pelotons de hussards découvrirent un gué, et traversant le village de Rustern, poussèrent jusqu’à Hummel où avait été parqué le convoi de l’armée royale sous la protection d’une compagnie de la garde. Le capitaine prussien barricada l'entrée du village avec les voitures appartenant au souverain et à la suite, et fit une défense si énergique que les hussards abandonnèrent l’entreprise et rejoignirent leur corps. Un peu plus de persévérance leur aurait valu une capture des plus importantes, car, à Hummel, avec les bagages de l’armée, le trésor royal, les cartes et l'équipage de Frédéric, se trouvaient le conseiller Eichel et le ministre anglais Mitchell qui en furent quittes pour la peur.

À 8 heures du matin, les velléités agressives de Daun et de Lascy avaient pris fin, et le Roi put compter les trophées de sa victoire. Le succès avait été complet. Le vainqueur évalua les pertes de Laudon à 2.900 tués, #.000 blessés et autant de prisonniers, soit à un total de 10.000

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officiers et soldats mis hors de combat; 82 canons et 23 drapeaux ou étendards lui avaient été enlevés. Étant donné l'effectif des Autrichiens et la durée du combat qui ne dépassa guère deux heures, ces chiffres paraissent exagérés. Montazet, quelques jours après l’action (1), fixe à 7.524 hommes le déchet du corps de Laudon; les états officiels du rapport autrichien relèvent 1.421 tués, 2.370 blessés et 2.140 prisonniers, en tout 5.931 hommes; le nombre de canons laissés aux mains des Prussiens n'aurait été que de 68 ou de 7# selon Montazet; parmi les blessés étaient compris 6 généraux autrichiens. Les pertes prussiennes, beaucoup moins importantes, se montèrent, d’après Gaudi, à 775 officiers et soldats tués, 2.489 blessés et 252 prisonniers, soit un total de 3.516 hors de combat; 10 drapeaux avaient été capturés par la cavalerie autrichienne. Bien que Laudon ait recu de l’'Impératrice, peu de temps après la bataille, une lettre l’assurant du maintien de sa confiance, il semblerait, d’après les confidences faites au comte de Choiseul et à Montazet, qu'elle ne fut pas satisfaite de la conduite de son général : « Elle lui impute (à Laudon) le malheur de la journée du 15, rapporte l'ambassadeur (2), et j'ai vu qu'elle pensait bien différemment de son ministre sur ce général. Elle m'a présenté cette affaire sous une face toute différente de celle où l’on nous l'avait montrée jusqu’à présent, et m'a dit qu'on avait débité bien des mensonges à cette occasion. Elle prétend que dans l'instruction de M. de Laudon, il lui était expressément défendu d'attaquer le roi de Prusse, s'il se trouvait au delà du Schwartz- Wasser, et qu'il ne devait attaquer qu'à 7 heures; que M. de Laudon n’a jamais mis ses troupes en bataille, ni placé son artillerie de manière à en faire usage ; qu'il n’a com-

(1) Montazet à Choiseul, Conradswalde, 21 août 1760. Affaires Étrangères. (2) Comte de Choiseul au duc, 30 septembre 1760. Affaires Etrangères.

GUERRE DE SEPT ANS. — 1". IV. 5 ! k.

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battu qu'avec son corps de réserve et que tout le reste a été inutile; que ses troupes ont fort mal fait, que la confusion s’y est mise dès le commencement et qu'on n'avait jamais pu les débrouiller; qu’une seule charge de cavalerie faite pour favoriser sa retraite avait bien réussi, et que cette cavalerie ayant pénétré dans l'infanterie ennemie, avait pris les drapeaux dont on avait fait tant de bruit; que M. de Laudon avait son corps tout entier tel qu’on le lui avait donné au commencement de la campagne et montant ce jour-là à #2.000 hommes, que les 8 bataillons que l’on avait tant reproché au maréchal de lui avoir ôté avaient été laissés à Okirchen, pour servir en cas de malheur à la retraite de l’armée et non pour la renforcer, et qu’en effet, ils lui avaient été fort utiles après sa défaite; enfin, que M. de Laudon n'a eu affaire qu'à une petite partie de l’armée du roi de Prusse, tandis que le gros de ses troupes était en bataille sur une hauteur faisant face au Schwartz-Wasser et à l’armée du maréchal; et que la perte totale a été de 9.000 hommes. » En parlant ainsi, Marie-Thérèse se fondait évidemment sur les informations fournies par Daun qui ne pouvaient être favorables à son subordonné.

Au surplus, quelle que fût la perte matérielle des Autrichiens dans la bataille de Liegnitz, les conséquences de l'échec eurent une portée bien autrement grande. Aussitôt rassuré sur les intentions de Daun, le Roi reprit l’exécution de son projet de réunion avec l’armée du prince Henri; il conduisit le jour même de l'affaire 5 bataillons et 30 escadrons à Parchwitz où il s'établit sur la rive droite de la Katzbach; le reste de l’aile gauche, après avoir exécuté les feux de réjouissance pour célébrer la victoire du matin, rallia un peu plus tard le nouveau camp. Zieten, qui venait d'être promu au rang de général de cavalerie, passa la journée sur le plateau de Pfaffendorf à enterrer les morts, relever les

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MISSION DE COGNIAZZO. 67

blessés, escorter les prisonniers et ramasser le matériel conquis; vers le soir, il se mit en marche et parvint vers minuit à Parchwitz où il campa face à l'Oder et à la position qu'on supposait occupée par les Russes sur le bord opposé du fleuve.

Malgré son succès, Frédéric n’avait pas encore ouvert la communication avec Breslau et avec le prince Henri. Ne rencontrerait-il pas sur sa route les 20.000 Russes de Czernitchew et avant d’en avoir eu raison, ne serait-il pas abordé en queue par les 50.000 Autrichiens de Daun? Le maréchal eut en effet la pensée de s'opposer à la jonction des armées prussiennes, mais il ne prit dans ce but que des mesures tout à fait insuffisantes. Tout d'abord, il ne sut pas conserver le contact avec le Roi. Montazet qui écrit (1) du quartier général de la veille où on était rentré à # heures de l'après-midi, après avoir raconté ce qu'il avait appris sur la défaite de Leudon, ajoute : « Le Roi a tiré tout de suite une réjouissance, ensuite de quoi il a disparu. Les uns disent qu’il va à Steinau, les autres à Parchwitz. Ce dernier me parait plus vraisemblable, et si cette marche se confirme, je ne doute pas que M. le Maréchal ne retourne dans deux heures, quoique nous soyons sous les armes depuis hier à 9 heures du soir et qu’il en soit six après-midi... Si l'ennemi passe à Parchwitz aujourd’hui, nous pourrions nous battre demain dans les environs de Neumarkt sur le chemin de Breslau. » Cet espoir fut déçu; au lieu de suivre l'adversaire avec toutes ses forces, Daun se borna à détacher vers Neumarkt la faible division de Beck avec ordre de se joindre à Naueudorf et à Czernitchew. L'historien Cogniazzo qui servait dans le corps de Beck fut chargé, au courant de la journée du 15 (2), d'informer le général russe de l’ap-

(1) Montazet à Choiseul, Skols, 15 août 1760. Affaires Étrangères. (2) Geständnisse eines æsterreichischen Veterans, HI, p. 221.

proche de ces troupes; en route, il apprit l'arrivée des Prussiens à Parchwitz, avertit aussitôt son général et continua sur Neumarkt où il parvint à la tombée de la nuit du 15 au 16; il y rencontra un hussard russe qui lui donna connaissance du départ des Russes et de leur retour à la rive gauche de l’Oder. Czernitchew avait été avisé vers 6 heures du $oir, par une patrouille cosaque, de la bataille du matin; sans nouvelle directe du camp autrichien, il s’exagéra l'importance de la défaite infligée à ses alliés, se vit déjà aux prises avec les deux armées royales, leva son camp de Gross-Breza (village situé à peu de distance de l'Oder au nord de Leuthen), repassa le fleuve et rejoignit son chef. Cogniazzo, ainsi fixé sur la retraite des Russes, expédia un sous-officier et deux hommes au quartier général de Soltikoff pour le mettre au courant des mouvements de Beck, mais ni cet avis qui dut être remis au destinataire dans la matinée du 16, ni les renseignements plus complets apportés par des officiers autrihiens (1) au camp de Peterwitz dans la même journée du 16, ne purent déterminer le maréchalrusse à revenir sur la décision prise : Daun n'ayant pu remplir sa promesse d’empècherle roi de Prusse de se rapprocher de l’Oder, il se refusait absolument à risquer une division de son armée de l’autre côté du fleuve. Sans le concours de Czernitchew, les détachements autrichiens étaient incapables de s’opposer à la marche de Frédéric, aussi Beck, et Nauendorf qui avait été détaché dès avant la bataille, dans le mème but, n’essayèrent-ils pas de risquer un combat qui eût été trop inégal et rallièrent-ils le gros de leur armée. On a prétendu que le recul un peu précipité de Czernitchew avait été hâté par la lecture d’un billet de Frédéric au prince Henri, où il était question d’un passage de l'Oder et d’une

(1) Montalembert à Montazet, Kainova, 20 août 1760, Correspondance, II,

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action commune contre les Russes. Le porteur de ce message devait faire en sorte de tomber entre les mains des éclaireurs russes et leur livrerait la correspondance royale. Quoi qu'il en fût, Daun dans une lettre à Plunkett en date du 18 août, chercha à rejeter sur Czernitchew la responsabilité de la fausse manœuvre et parla de la retraite inattendue du général russe. Ce blâme indirect, maladroitement communiqué à la personne visée, fut pris en très mauvaise part et contribua à augmenter la tension qui existait déjà dans les rapports des alliés.

Certes, Czernitchew eût pu, sans grand danger, prolonger de quelques heures son séjour sur la rive gauche de l'Oder et opérer sa réunion avec les détachements de Beck et Nauendorf; mais en vertu de l’accord verbal entre Laudon et Soltikoff, il avait été stipulé que si le Roi, échappant aux attaques combinées des Autrichiens, s'approchait de l’Oder, Soltikoff n’était pas tenu de l'attendre, mais était libre de se retirer vers Militsch. Rien d’extraordinaire à ce que le départ annoncé ait été effectué. La véritable faute de Daun fut de n'avoir pas entretenu des communications régulières et suivies avec Czernitchew, de ne l'avoir pas prévenu dès le matin du 15 de son intention de lui donner la main et de n'avoir pas affecté à cette opération son armée entière ou tout au moins le gros de ses forces. En fait Soltikoff avait dépassé ses engagements; le 16 août, après l'arrivée des messagers autrichiens, il avait « ordonné sur-le-champ le rétablissement des ponts à Auras et à fait dire à M. de Laudon, par ces mêmes officiers, qu'il tierndrait le corps du comte de Czernitchew à portée de se joindre à lui par le moyen de ces ponts, selon que les circonstances l'exigeront ». Durant la journée du 16, le bruit courut dans le camp russe que Laudon était à Neumarkt et certainement la nouvelle de la marche de Daun eût décidé le généralissime russe à rem-

plir sa promesse. « Mais, ajoute Montalembert (1), pendant la nuit du 16 au 17 l’on a su, à n’en pouvoir douter, que le Roi occupait Neumarkt et point M. de Laudon. J! n'était done plus possible de jeter des ponts à Auras, ni de les soutenir. D'un autre côté, M. de Laudon ayant appris que le comte de Czernitchew avait repassé l’Oder, n'a pu exécuter le projet qu'il avait formé de venir à Neumarkt, puisque cette marche n'avait que la jonction pour objet. C'est ainsi que, faute d’une communication assez fréquente, on a perdu des moments précieux et que chacun de son côté a été forcé de faire des manœuvres opposées à celles qu’il avait dessein de faire. »

Que Lauden eût été en état d'exécuter le plan que ses officiers auraient proposé en son nom semble plus que douteux; au dire de Montazet, l'ordre d’une marche générale sur Neumarkt aurait été donné le 15, puis révoqué. « Je fus chez M. le Maréchal, écrit l'attaché (2), pour lui en demander la raison, il me répondit que « M. de Bota était venu le prier en grâce, de la part de M. de Laudon, de ne point faire ce mouvement, puisqu'il lui était impossible de marcher tout de suite pour le suivre, après l’action vive qu'il venait d’avoir, que par conséquent, le roi de Prusse

qui avait passé la Katzhach à Parchwitz, et qui était fort

près de lui, pourrait lui tombersur le corps et l'écraser ». Voici en quels termes Montazet parle de l'envoi du détachement de Beck : « La représentation de M. de Laudon change le projet de M. le Maréchal, du moins c’est la seule raison qu’il m'a donnée, mais comme il avait quelque inquiétude sur le corps russe aux ordres de M. de Czernitchew qui s'était porté vers Neumarkt, il détacha le corps de réserve et les grenadiers de l’armée pour se porter vers eux, les priant de se rejeter du côté de Jaüer afin de lui

(1) Lettre déjà citée. (2) Montazet à Choiseul, Conradswalde, 17 août 1760. Affaires Étrangères.

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