INDÉCISION DE DAUN
donner le temps de les joindre le lendemain, Cette précaution a été en pure perte puisque le corps russe était parti sans attendre l'avis de personne, et par ordre de M. de Soltikoff. M. le Maréchal ayant appris la même nuit que les Russes avaient passé l'Oder et même relevé leurs ponts, n'a plus songé à marcher sur Neumarkt, il a au contraire porté l'armée sur Strigau, et de là sur Schweidnitz, où nous venons d'arriver il y a une heure. » L'impossibilité dans laquelle se trouvait Laudon de marcher isolément sur Parchwitz ou mème de suivre le gros de l'armée ne constitue pas une excuse valable pour Daun qui, à lui seul, sans compter les 20.000 Russes de Czernitchew, avait presque le double de l'effectif prussien. Laudon, couvert par la manœuvre de Daun, n'aurait couru aucun risque de la part du Roi et aurait eu le loisir de réorganiser ses troupes. La pointe sur Neumarkt n'eûtelle pas pu être accomplie en temps utile, une poursuite active des Prussiens aurait probablement fourni l’occasion de recouvrer tout au moins une partie des prisonniers et du matériel que Zieten emmena avec lui. En résumé, l’indécision et les hésitations de Daun transformèrent en événement capital une affaire qui n'aurait pu être qu'un incident fâcheux pour la cause autrichienne.
La bataille de Liegnitz a été quelquefois comparée à celle de Hochkirch et, à ne considérer que l’action même, la comparaison peut se soutenir, mais combien différente dans les suites! Dix jours après sa défaite de Hochkirch, le roi de Prusse avait repris le dessus et donnait le ton à son vainqueur. Au contraire, Frédéric tira tout le parti possible de sa victoire de Liegnitz, non seulement il sortit d'une situation presque inextricable en effectuant sa jonction avec le prince Henri, mais il empêcha celle des Russes avec les Autrichiens, sema la discorde entre les alliés, mit fin à toute coopération utile et sauva la Silésie. Ces résultats, il les dut aux fautes de ses adversaires, à la
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discipline et à la bravoure de ses soldats, à sa présence d'esprit, au coup d'œil du général, à l'habileté du tacticien, surtout à l’indomptable trempe de son caractère. Quant à Laudon, en dépit de sa défaite, il ne perdit pas son prestige militaire, et conserva même la confiance de Kaunitz et la faveur apparente de sa souveraine. Sur le terrain, il s'était montré chef énergique, sachant prendre un parti et le soutenir avec un courage à toute épreuve, mais l'attaque impétueuse, la course au clocher à la conquête des bagages prussiens semblent plutôt l'œuvre d'un officier de partisans que celle d’un commandant d'armée. Le général Beck, qui n'aimait guère ce collègue parvenu, en troisans, du grade de lieutenant-colonel à celui de général d'infanterie, avait quelque raison de le comparer à un bon capitaine de grenadiers. Un peu plus de souci d'éclairer sa marche l'eût empêché de se jeter tête baïissée sur les forces du Roi et lui eût permis de concerter son action avec celle du généralissime. Les difficultés du terrain, la mauvaise disposition des colonnes, l'infériorité des Autrichiens en qualités manœuvrières expliquent leur défaite; mais à ces causes, il n'est pas exact d'ajouter, comme le firent Laudon et ses partisans, celle de la supériorité numérique de l'armée royale. Tenant compte des détachements envoyés à Parchwitz ou à Hochkirch, nous avons évalué l'effectif de Laudon à 25.000 hommes, alors que presque tous les historiens prussiens lui en allouent 35.000 et que l’Impératrice lui en avait attribué plus de 40.000; mais le Roi ne lui opposa qu'un peu plus de la moitié @e son armée, soit 18.000 à 20.000 combattants. Quoi qu'il en fût, Laudon profita de la légende, fit croire — et crut peut-être lui-même — qu’il avait combattu un ennemi plus fort que lui, que prévenu de sa marche, cet ennemi le guettait au passage, enfin qu'il avait été, sinon trahi, tout au moins sacrifié par son chef. Cette troisième assertion