MALADIE DE SOLTIKOFF
kett, l'aattaqué il y a quatre jours; le second jour, elle était si forte qu'ils’est démis du commandement entre les mains du comte de Fermor, et la résolution était prise de se retirer à Militsch ; j'ay bien trouvé dans cette occasion la vérité du proverbe italien : « Il lupo cangia il pelo, ma il vilio mai »; j'ai d'abord entamé une négociation avec ce général, je n’en pouvois rien tirer que des propos vagues qui me montroient le fond de son caractère; je me suis joint avec tous ceux en qui J'ai découvert, jusqu'à cette heure, une envie de faire quelque chose : Czernitchew, Wolkonsky, Panin. Une heureuse crise vint, le maréchal ne part plus, et a repris le commandement; je dois avouer que je regarde cecy comme un grand bonheur; ce général malgré tous ses foibles est encore moins mauvais que ceux qui le suivent immédiatement. »
A la date du 20 août étaient arrivées au camp russe des lettres de Daun et de Montazet (1) dont le contenu fut communiqué à Soltikoff à moitié rétabli, et qui le décidèrent à adopter les suggestions des attachés autrichien et français : «Je descendrai, écrit-il à Plunkett (2), l’Oder à petites journées, pour forcer le prince Henri à me suivre et à dégager M. le comte de Daun dont je faciliterai par là les opérations contre le roi de Prusse; je tâächerai même d'attaquer le prince ilenri si l’occasion s’en présente. Je prie V.E, d'informer M. le comte de Daun de mes intentions et de me faire parvenir les siennes au plus tôt. » En attendant l'accord su> l’action future, l’armée russe se porta à Trachenberg, puis à Herrnstadt où elle franchit la Bartsch le 25 août et où elle demeura inactive jusqu'au 13 septembre. Il est presque superflu de dire que les pourparlers se poursuivire” { entre les deux quartiers généraux, mais conduits tantôt par Soltikoff, tantôt par Fermor du côté russe,
(1) Montalembert au comte de Choiseul, Kainova, 21 août 1760. Corres-
pondance, IF, p. 242.
(2) Soltikoff à Plunkett, Caynove, 21 août 1760. Archives de Vienne.
dirigés par Daun ou Laudon du côté autrichien, gênés par les difficultés de transmission à travers un pays occupé par l'ennemi, ils ne pouvaient aboutir à un résultat immédiat. Montazet résume fort bien la situation (1) : « M. le Maréchal a proposé à sa cour de négocier pour qu'on lui cède 25.000 Russes qui hiverneraient en Silésie, auxquels il joindrait M. de Laudon avec une quarantaine de mille hommes pour opérer dans ce canton, tandis qu'il irait libérer la Saxe jusqu’à Dessau, afin d'empêcher l'ennemi de repasser l’Elbe, quand le gros des Russes serait parti. 11 à proposé en même temps qu'on travaillât à déterminer M. & Noltikofi à se porter vers Francfürt et en Poméranie avec le surplus des 25.000 hommes qu'il nous laisserait, et d'y rester jusqu’à la fin de la campagne qu'il irait prendre ses quartiers d'hiver où bon lui semblerait. M. le Maréchal attend la réponse de sa cour; sa cour celle des Russes; les Russes attendront celle de Pétersbourg ; la ‘in d'octobre arrivera et nous ne serons pas plus avancés que nous ne le sommes aujourd'hui. Dieu veuille que je me trompe: mais j'ai grand’peur de ne voir que trop clair dans l'avenir. »
Quant à Frédéric, il interpréta la marche rétrograde des Russes comme le prodrome de leur retour définitif à la Vistule, aussi rappela-t-il à lui le gros de l'armée de son frère, ne laissant sur la rive droite de l’Oder que le général Goltzavec une division d'environ 12.000 hommes pour surveiller l’armée de Soltikoff. Le prince Henri était en marche sur Herrnstadt quand il fut touché par la décision du Roï, il prit aussitôt les dispositions nécessaires pour
y conformer et, cela fait, invoqua l’état de sa santé pour demander la permission de quitter l’armée. Le prétexte allégué n'était pas imaginaire, car il était souffrant depuis l'hiver dernier et il s'était plaint à plusieurs reprises de
indisposition, mais il est certain que les causes mo-
(1) Montazel à Choiseul, 4 septembre 1750, Affaires Étrangères.