FRÉDÉRIC LÈVE LE BLOCUS DE SCHWEIDNITZ
de leur supériorité numérique — ils comptaient au moins 75.000 baïonnettes et sabres — la position de Daun, bien choisie et fortifiée avec art, n'était guère abordable, Elle constituait un demi-cercle dont Schweidnitz était le centre avec un rayon de 15 à 20 et une circonférence de 28 à 32 kilomètres. Le général Brentano était à l'extrême droite sur le Zobtenberg; Lascy prolongeait la ligne jusqu'au Schweiïdnitzer Wasser; sur la rive gauche de ce ruisseau, Daun avec le gros, sa gauche couverte par le Striegauer Wasser ; enfin le corps de Laudon était campé à Stanowitz et jusqu'au bois de Nonnenbusch. Frédéric manœuvra de manière à tourner les lignes ennemies; le 30 août, il alla bivouaquer sous le nez de son adversaire à Grunau et Prschiedrowitz près de la montagne du Zobten, puis poursuivant son mouvement, il s'établit le 31 vers Koltschen et Hennersdorf, son avantgarde plus rapprochée de Schweidnitz; il s'était ainsi posté sur les derrières de l’armée autrichienne.
Gette marche brillante des Prussiens trompa complètement Daun et son lieutenant Lasey qui s’attendaient à voir attaquer (1) le Zobtenberg et avaient pris leurs précautions en conséquence. Force fut au raaréchal, sous peine de perdre ses communications avec la Bohème, de décamper pour occuper un nouvel emplacement de Burkersdorf à Hohenfriedberg, en arrière de Schweidnitz, au pied des montagnes. Montazet signale en termes amers l'impunité avec laquelle Frédéric avait pu exécuter sa manœuvre : « Tout ce qu'on a fait dans la journée d'hier est indicible et fait hausser les épaules. Il y a ici un esprit diabolique surtout depuis l'aventure de Laudon près de Liegnitz, la moitié de l'armée est déchainée contre M. Daun; M. de Lascy de son côté est de très mauvaise humeur. M. Daun n’a d'autre conseil que celui de M. de
(1) Retzow, Nouveaux Mémoires sur la guerre de Sept ans, vol. IH, p. 320,
Chiskowitz, son maréchal des logis; si la machine reste montée comme elle est, non seulement il n’y a rien à espérer, mais au contraire, il y a tout à craindre. Je me crois obligé de vous répéter les mêmes choses, afin de faire mieux sentir une vérité que je n'ai que trop bien annoncée cet hiver. Les principes de M. Daun sont invariables, je les entrevois tous les jours de plus en plus, c'est de ne rien donner au hasard, il croirait exposer sa monarchie de donner une bataille. Il ne la donnera donc jamais qu'il ne soit forcé par l'ennemi, persuadé qu'il la perdrait premièrement parce qu’il n'a nulle confiance en ses généraux et très peu en lui-même. »
Mettant à profit l'attitude passive de son adversaire, le Roi continua son offensive de manière à resserrer les Autrichiens. « En un mot, écrit Montazet (1), elle (la position de Frédéric) est telle que nous ne pouvons remuer de notre place que pour aller attaquer l'ennemi ou pour entrer dans les montagnes qui sont derrière nous. »
Les Russes prolongeraient-ils leur inaction ou chercheraient-ils à rentrer en scène? Frédéric dut se poser cette question ; en tout cas, avant de se porter ou de détacher à leur rencontre, il fallait mettre tout en œuvre pour refouler les Autrichiens sur la Bohème. Il s'y employa de son mieux, mais dans la guerre de positions qui fut pratiquée, Daun, en plein dans son élément, déploya toute son habileté de manœuvrier pour déjouer les entreprises les mieux combinées. « Les deux armées passèrent plusieurs jours, nous dit Retzow (2), à marcher d’abord en avant, puis en arrière; ces mouvements occasionnèrent de petites escarmouches et de fortes canonnades, jusqu’à ce qu'enfin les armées s’enfoncèrent si bien dans ies montagnes, qu'elles se trouvèrent placées l’une vis-à-vis de l’autre
(1) Montazet à Choiseul, Cuntzendorf, 4 septembre 1760. Affaires Étran-
gères.
(2) Relzow, Nouveaux Mémoires sur la querre de Septans, Il, p. 321.