‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 43 sur 332 · PROJET D'UN RAID SUR BERLIN · texte numérisé non relu

PROJET D'UN RAID SUR BERLIN

Oder, mais l'accord sur les détails d'exécution n’était pas intervenu. Le mouvement s’arrêterait-il à Glogau”? Quels seraient les moyens employés pour réduire cette place? Ces questions étaient encore en suspens. Fermor (1) qui détenait le commandement d'une façon intermittente et pendant les crises aiguës de la maladie de son chef, s'était rallié au projet du siège de Glogau, sous la condition formelle que Les Russes seraient assistés par un corps auxiliaire de #0.000 Autrichiens sous les ordres de Laudon et que l’Impératrice fournirait le parc d'artillerie. Mais le % scptembre, lendemain du jour où Fermor avait signifié son assentiment, un envoyé de Daun survint avec l’information que des difficultés imprévues avaient fait ajourner l'envoi de la grosse artillerie. C'était, à n’en pas douter, la présence de Frédéric à Schweïdnitz, c’est-à-dire entre Gloguu et l'armée autrichienne, qui faisait obstacle à la coopération annoncée. Convaincu qu'il fallait modifier un plan désormais inexécutable, Montalembert (2) entreprit Czernitchew, très influent auprès de Soltikoff, sur la possibilité d'essayer un raid sur Berlin avec Laudon à la tête d'un corps dont l'effectif serait réduit à 25.000 hommes. Czernitchew adopta la nouvelle combinaison et Montalembert offrit de la porter au maréchal Daun. Malheureusement, il trouva les communications coupées et dui revenir sans avoir rempli sa mission. Il fallut se résigner à envoyer un officier à Daun par la voie détournée de la Pologne, et en attendant la réponse, à limiter l'action immédiate aux premières étapes communes aux diverses directions.

Pour «ccomplir leur part du programme, et conformément à l'invitation de la cour de Pétersbourg, qui s'était prononcée pour la diversion sur le bas Oder, les Russes

(1) Fermor à Laudon, 3 septembre 1760. Archives de Vienne.

(2) Montalembert au comte de Choiseul, Nieder Vikoline, 6 septembre 1760. Corresp., II, p. 259.

quittèrent, le 11 septembre, les cantonnements qu'ils occupaient depuis trois semaines et se mirent en marche pour regagner les environs de Glogau. En route, ils furent rejoints par un officier autrichien avec des dépèches de Daun en date du 5. Ainsi que le fait observer Montalembert (1) : «Il a passé par la Pologneet il a mis sept jours. il faut donc quatorze jours de ce côté pour avoir une réponse, ainsi pour peu qu'il en faille deux ou trois avant que l’on soit d'accord de quelque opération, nous serons au mois de novembre, sans avoir rien pu entreprendre. Cet officier était parti d'ici avec le consentement de M. le maréchal de Soltikoff à tout ce qui lui avait été proposé par le général de Laudon relativement au siège de Glogau. Je ne m'attendais pas à le voir revenir avec de nouvelles propositions; mais ce n’est plus à Carolath ou à Beuthen qu’on désire que l'armée russe se porte, c'est à Steinau pour garder la Katzhach. » Laudon demandait le concours d’un corps de 25.000 Russes pour une diversion contre la droite prussienne, mais il prévenait Soliüikoff du risque d'une contre-attaque du Roi; il devra « dans ce cas passer cette rivière avec toute l'armée pour soutenir son avant-garde, afin de ne pas manquer l’objet de la jonction ».

Inutile de dire qu’une opération aussi scabreuse n’était guère du goût de Fermor, en faveur duquel Soltikoff venait de se démettre, tout en restant à l'armée. Aussi repoussa-t-il les nouvelles propositions de Daun et s'en tintil au siège de Glogau sous réserve de conditions qu'il savait impossibles à réaliser.

A en croire le rapport de Plunkett au maréchal Daun, le général moscovite fit preuve de mauvaise volonté en retardant la marche de ses troupes sous des prétextes plus ou moins sérieux. Un conseil de guerre venait de

(1) Montalembert au comte de Choiseul, Ober Lauken, 13 septembre 1760. Corresp., I, p. 281.

FAP

FERMOR REMPLACE SOLTIKOFF. 89

- délibérer sur la requête de Laudon quand arriva

Ù À un officier de hussards porteur de dépèches du quar- {

© 1 ‘ier général autrichien, annonçant la résistance heu- Li . à reuse opposée au mouvement tenté par les Prussiens sur r À Landshut : « Je leur fis les représentations nécessaires Hi t É. là-dessus, écrit l'attaché (1), et tous s’écrièrent que le 4 r * L général Tottleben pouvait sans difficulté aucune passer lb

i l'Oder; le général Fermor prit la parole et assura qu'il |'{

s 1 ferait encore plus qu’à son arrivée ici : il ferait d’a- el s { bord jeter des ponts et qu'il ferait passer incessarn- I | it É ment le général Tottleben et le comte de Czernitchew rA à é 1 pour le soutenir. Je crois en vérité que cette promesse

e 1 n'a été faite que pour éluder l'envoi immédiat du gé- | C à néral Tottleben. Hier au soir, trouvant que les pontons dl je 1 n'étaient pas encore partis d'ici, je me suis rendu auprès fl >, 4 du général Fermor. Jugez, Monseigneur, de mon étonne- | l! ps D nent quand il me dit d’un air le plus dégagé que l’ar- [US ir F. mée avait fait une marche si forte, qu'elle devait faire [a 6x 4 séjour ici aujourd'hui et que devant la parader demain

; | pour le jour de l'Impératrice, elle ne pouvait partir d'ici f e | que dans deux jours. » Plunkett lui rappelle sa promesse

s de la veille, Fermor réplique,et la conversation dégénère

en reproches réciproques. « Voilà le commandement de l’armée, conclut l’Autrichien, entre les mains d’un homme - ; dont malheureusement nous avons peu à espérer et tout é E. à craindre. » Il est bon d'observer en effet que la cour A É de Vienne et son ambassadeur à Pétersbourg avaient 1 À mis tout en œuvre pour empècher le maintien à l’armée de l’homme qui, par suite de la maladie de Soltikoff, était appelé à la commander. Il était donc naturel de supposer que le général qui avait en connaissance de À ces intrigues ne devait pas être bien disposé à l'égard ; des Autrichiens.

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(1) Plunkett à Daun, Tschepplau, 15 septembre 1760. Arch. de Vienne.

Quoi qu'il en fût des sentiments scerets de Fermor, la marche se poursuivit, lentement, il est vrai, et l'armée arriva dans les environs de Glogau où ure reconnaissance effectuée par le général en chef démontra l'impossibilité d’emporter la place sans un investissement régulier ; auss’, dans l'expectative de nouvelles de leurs alliés, les Russes prirent-ils, le 18 septembre, une position d'attente à Carolath sur la rive droite de l'Oder. Tottleben avec les troupes légères s'était établi à Beuthen, sur le bord opposé, pour protéger les ponts qui avaient été jetés sur le fleuve.

Au quartier général de Daun, on eut conneissance du mouvement des Russes et de l’ultimatum de Fermor à propos de l’entreprise sur Glogau. Mais tant que l’armée royale serait postée entre Schweidnitz et l’armée de Daun, il ne fallait pas songer au concours du corps de Laudon et des canons de gros calibre promis pour le siège. Aussi quand Montazet signale (1) la présence de Fermor à Carolath ct annonce sa résolution de n’agir qu'avec les #0.000 hommes et la grosse artillerie, avec le commentaire : « C’est là le dernier mot de Fermor », a-t-il quelque raison d’ajouter : « Les Russessont toujours venus sur l'Oder avec l'intention de chercher des prétextes pour ne rien faire. fl est vrai que nous les avons bien servis, mais la guerre durerait vingt ans que ce bon esprit ne changerait pas. » La critique était justifiée, mais il faut avouer que les modifications continuelles apportées par les Autrichiens à leurs plans primitifs servaient d’excuse aux généraux russes. Quatre jours après, nouvelles combinaisons à l'horizon : Daun accepte l'idée d’une participation à l'expédition sur Le bas Oder et parle d'envoyer Lascy insulter Berlin; enfin, le 28 septembre, Montazet rapporte que, sur l’arrivée d'un courrier de Pétersbourg, la pointe des Russes sur Berlin

(1) Montazet à Choiseul, Sorgau, 22, 26 et 28 septembre 1760. Affaires Etrangères.

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