‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 47 sur 332 · CAPITULATION DE BERLIN · texte numérisé non relu

CAPITULATION DE BERLIN

une compagnie des grenadiers de H. Daun en faisant en même temps approcher les deux bataillons sous mes ordres. Je me suis rendu de là chez M. de Czernitchew, pour régler au moins en gros la facon dont la ville devait être prise en possession et, d’après ce qui a eté convenu, je fais ccuper les deux portes de Potsdam et de Brandebourg. » À en croire les récits du temps (1), ces mesures s'effectuèrent sans désordre : « À 8 h. 1/2, ils entrèrent par toutes les portes de la ville; les Autrichiens entrèrent par celle de Halle, défilèrent devant chez l'E. et se lo gèrent eux-mêmes à la Friedricnstrasse et à la Ville neuve, contre les accords de la capitulation. Les Russes entrèrent par les portes de Francfort et Royale et tinrent mieux leur capitzlation, car il n’y eut que les principaux officiers qui se logèrent, le reste demeura sur les places du vieux e‘ uu nouveau Dôme, pêle-mêle avec les chevaux, à l'exception de quelques-uns qui firent des arcades leurs écuries. »

Dans leur retraite sur Spandau, Wurtemberg et Hülsen essuyèrent quelques pertes; l’arrière-garde, retardée par la cohue des équipages, fut chargée par les cuirassiers et les hussards russes; un bataillon de chasseurs à pied, deux canons et beaucoup de bagages furent enlevés. D’après les termes de la convention conclue entre Tottleben et Rochow, la garnison et les militaires présents à Berlin, parmi lesquels furent compris les cadets de l’école militaire , en tout plus de 3.009 combattants, déposèrent leurs armes; 1.56 prisonniers de diverses nationalités recouvrèrent la liberté. Les espèces et les effets appartenant à l'État deviarent la proie du vainqueur; par contre, le sécurité des personnes et des propriétés fut garantie moyennant le paiement d'une contribution dont le montant, après longue discussion, fut arrêté à 1.500.000 thalers

(1) Lettre de M Humbert déjà citée.

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pour le Trésor et 200.000 sous la dénomination de Douceur-Gelder pour la troupe. Lascy réclama la moitié de ces sommes, mais Czernitchew repoussa cette demande sous prétexte que la cour de Vienne avait fait d'avance, en faveur des Russes, abandon de toutes les impositions | qui seraient levées à Berlin. Sur les 200.006 thalers de É gratification, l’Autrichien n’en put obtenir que 50.000 pour ses soïdats. Il se plaint amèrement des généraux russes et surtout de Tottleben : « Je me suis offert d’envoyer des détachements pour ruiner les manufactures, le canal et autres établissements du Roy désignés dans la liste que le maréchal m'avoit remise; mais j'ai eu pour réponse que cela étoit déjà ordonné et que les Cosaques l’exécuteroient; je doute aussi que cela se fasse, et crois plutôt que ces messieurs prendront de l’argent et laisseront la besogne. En un mot, il n’est pas possible de décrire à V. M. à quel point l'intérêt, la confusion et l'i- 4 gnorance règnent parmi ces gens-l?. Et je suis fort trompé si V. M. parvient jamais à tirer le moindre parti solide g: de cette alliance. Aussi n’y a-t-il que mon devoir qui m’arrête auprès d'eux, sans quoi, je D’v saurais tenir pour tous les biens de l'univers. Ce n’est qu'autant qu'on pourroit leur ordonner en maître, qu'on seroit en état de s’en servir avec avantage. J’ai cependant usé avec eux de tous les ménagements possibles et malgré tout cela, ii n’y auroit pas eu moyen sans M. de Czernitchew de traiter avec Tottleben. C’est un homme de beaucoup de paroles, rempli de confusion, de toute sortes de détours, et en un mot sans caractère. »

Berlin et ses environs demeurèrent au pouvoir des all'és pendant quatre jours, du 9 au 12 octobre. Ils s’emarèrent de la caisse royale où ils ne trouvèrent que 60.000 halers; ils emportèrent de l'arsenal du matériel de guerre, des effets et quelques drapeaux, vendirent le contenu du magasin de sel, firent sauter la poudrerie, détrui-

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EXACTIONS DES ALIIÉS. 101

sirent les fabriques d’armes, la fonderie et auraïent fait subir Le même sort à d’autres établissements publics sans l'intervention du négociant Gozkowski, qui avait acquis de l'influence sur Tottleben, et devant son affirmation que les revenus de ces manufactures étaient affectés à l’entretien des malades et des pauvres. À en croire les rapports que l'ambassadeur anglais Yorke recut de Berlin (1) : « 11 y eut quelques excès, cependant en général, les Russes ont maintenu le bon ordre dans la ville et ne sont pas entrés dans les maisons particulières, par contre, les Autrichiens ont fort maltraité les propriétaires chez lesquels ils étaient logés, et il a fallu que les Russes les chassent et les obligent à camper aux portes. » Le récit de M. Humbert est à peu près analogue : « Toute la nuit ce fut un tapage affreux dans la rue, car dans les maisons où on ne voulait pas ouvrir ils brisaient les fenêtres, donnaient des zoups de sabre dans les portes... ce train dura jusqu'au matin (ce furent les Autrichiens qui le firent), qu'ils furent pour piller la Risskamer. C'était horrible de voir comme ils s battaient, les uns jetaient leurs vieilles culottes, leurs vieux chapeaux et tout ce qu’iis avaient qui ne valait rien etse rappareillaient avec des uniformes prussiens à l'exception de l'habit; ce qu’ils n'avaient pas besoin ils le vendaient.. ils demeurèrent tout Le jour à piller ce magasin. Le samedi ils se mirent à l’Arsenal, ils vendirent tout le sel qui y était. Tottleben avait d’abord résolu de faire sauter la Fonderie, mais le comte Schoffscotch et l’envoyé de Danemark lui furent parler et il donna ordre qu’on ne fit qu'abattre les fourneaux et casser les moules. On en fit de même à la Monnaye, mais tout cela se pourra bientôt refaire et mème la Monnaye est déjà véparée. » En résumé s'il y eut à Berlin des scènes de désordre regrettables, il n’est fait mention ni de violences à l'égard

(1) Yorke à Valence Jones, La Haye, 21 oclobre 1760. Newcastle Papers.

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des personnes ni de vols dans les habitations privées.

Mais si la capitale fut en général épargnée, il n’en fut pas de même de la banlieue et surtout des châteaux royaux. Le rapport (1) officiel rédigé par le soin du gouvernement prussien et publié à Londres et à Berlin, signale le château de Charlottenberg comme ayant été livré au pillage pendant quatre jours par les hussards d’Esterhazy et par les ‘4 dragons du régiment saxon de Brühl; les meubles, les tapisseries, les tableaux, les statues qui appartenaient à la collection du cardinal de Polignac, furent brisés et saccagés. Mèmes dégâts à Schoenhausen, maison de campagne de la Reine, et à Friedrichfeld, au château du Margrave, avec la seule différence que, dans ces deux cas, les coupables faisaient partie de l’armée moscovite. Le document insiste enfin sur la profanation, à Wilmersdorf, des tombes de la famille Schwerin; des soldats du corps de Lasey auraient violé les sépultures et brisé les cercueils pour en retirer les bijoux et les anneaux des morts. A ce pamphlet imprimé en Français, en Allemand et en Anglais, la cour de Saxe répondit en rappelant les procédés récents des Prussiens en Saxe et pendant le siège de Dresde.

Au surplus, tout en tenant compte de l’exagération inhérente à une prose inspirée, il est évident qu'il y eut, surtout du chef des Autrichiens et des Saxons, des actes de

rie qu’explique, sans les justifier, le trai nt inbarba "explique, les justifier, le traitement in fligé par les Prussiens à la Bohême et à la Saxe. Cogniazzo (2), tout en flétrissant les excès de ses compatriotes et de leurs alliés, signale avec éloge la conduite du brigadier Bachmann, commandant russe de Berlin, et du 14 prince Esterhazy à Potsdam qui firent tout au monde

(1) Account of the barbarous manner in which the Russian, Austrian el Saxon troops laid waste the March of Brandeburg. Published at Berlin by authority. Annual Register. 1760, p. 210.

(2) Geständnisseeines æœstreichischen Veterans, NU, p. 263.

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CONDUITE D£ TOTTLEBEN. 103

pour maintenir la discipline et empêcher le pillage. Dans cette dernière résidence, le palais et les riches collections de Sans-Souci (1) furent religieusement respectés. « Pour qu'on ne commit point d’excès dans le château (2) il (Esterhazy) a défendu qu'on le voie; il n'y a qu’un officier de provisions qui a demandé deux flûtes du Roi et les a obtenues. »

Quant à Tottleben (3), fort des instructions recues de Fermor, il se réserva la direction suprême, à l'exclusion de Czernitchew et de Lascy; il signa la capitulation, négocia les arrangements relatifs aux habitants et à leurs propriétés, fixa le montant et les conditions de paiement de la contribution, en un mot, à partir du 9 octobre au matin, il fut maitre absolu de la ville de Berlin à l'exception du quartier de Friedrichstadt occupé par les Autrichiens. Son attitude, en somme bienveillante, lui valut les félicitations de la plupart des historiens allemands; on lui sut gré d’avoir, en réponse aux instances de Gozkowski et du ministre hollandais Verelst, remis une proportion notable des amendes, épargné des institutivns publiques, réprimé les excès et surtout d'avoir interdit l'accès de la cité aux hordessauvages qui formaient une partie de son commandement. Par contre, l'historien Masslowski accuse Tottleben et son chef d'état-major Bachmann de n'avoir pas exécuté les ordres de leur chef, de s'être entendusavec Gozkowski pour réduire le montant des impositions de guerre, d’avoir rétrocédé sous main ou vendu à vil prix aux intéressés les armes, effets et denrées que, d'après la capitulation, ils étaient tenus de livrer, ertn, de s'être fait indemniser largement pour l'humanité apparente de leur conduite.

(1) Preuss, Friedrich der Grosse, vol. Il, p. 254.

(2) Lettre déjà citée.

(3) Voir sur la conduite de Tottleben l'appréciation de Masslowski, IE, p. 252 et suiv.

104 LA GUERRE DE SEPT ANS. — CHAP. Il.

Le 11 octobre, on apprit que le roi de Prusse était en marche pour secourir sa capitale, et on reçut les ordres de rappel les plus urgents de Fermor. Ce fut le signal de l'évacuation : Czernitchew alla rejoindre le gros de l’armée russe à Francfort; Tottleben suivit le 12 au soir, ne laissant comme sauvegarde qu’un faible détachement qui rallia le lendemain; Lascy était parli également le 12 dans la direction de l'Elbe. Aussitôt après l'occupation de Berlin, le général autrichien avait dépêché à Lantingshausen qui, avec ses Suédois, était à Werbelow, ua officier portant la proposition de s'unir à lui pour un effort contre le prince de Wurtemberg. Le général suédois, peu entre-

prenant comme on le sait, déclina cette offre et répondit

qu'il ne devait pas sortir de son rôle défensif.

Ainsi finit l'expédition de Berlin. Indépendamment du dommage causé, elle aurait coûté aux Prussiens, d'après les rapports officiels, sans compter les prisonniers, 143 canons, 179 drapeaux ou étendards, beaucoup d'armes et des approvisionnements considérables en munitions et effets d’habillement; mais de ce gros matériel, s’il faut croire Masslo wski, une fraction seulement aurait été versée entre les mains des services compétents de l’armée russe. Au point de vue des hostilités générales, le raid sur Berlin ne fut qu'un épisode de la lutte, sans répercussion sur l’issue de la campagne.

Avant d'achever le récit de la retraite définitive de l’armée de Soltikoff, il nous faut faire un pas en arrière et rendre compte du second siège de Colberg qui n'eut d’ailleurs qu’un lien secondaire avec les opérations principales. Depuis le début de la guerre, les Russes cherchaient à s’assurer sur la Baltique un port qui leur servirait de base et de dépôt pour leurs mouvements en Poméranie. De là leur tentative contre Colberg qui avait échoué en 1759 et qu’ils renouvelèrent en 1760. Le 5 août, une puissante flotte de 1% vaisseaux de ligne sous les

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