SIÈGE DE COLBERG
ordres de l’amiral Mischukow, escortant de nombreux transports, mit à la voile de Cronstadt et jeta l'ancre devant Colberg où elle tut bientôt rejointe par une escadre suédoise. L'entreprise débuta par un bombardement général de la forteresse; le débarquement du corps expéditionnaire, commencé le 28 août, fut interrompu par le mauvais temps qui força les vaisseaux à prendre le large, et ne se termina que le 6 septembre. Les assiégeants, forts de 5.000 à 6.000 hommes d'infanterie, étaient appuyés par quelques détachements de cavalerie venus de la Prusse royale.
Colberg, petite ville située sur la Persante, à un peu plus d’un kilomètre de la mer, était entouré de marais et d’un abord difficile. Les fortifications, pour la majeure partie, consistaient en ouvrages de terre protégés par des fossés remplis d’eau; elles comptaient quatre fronts bastionnés couverts par des ravelins. A l'embouchure de la rivière se trouvait le fort de Münder Schanze, à 1 kilomètre et demi de la place. La garnison, composée de 2 bataillons de milice et de 800 réguliers, avait pour chef le colonel de Heyde, dont la vigrureuse résistance avait sauvé la ville en 1759.
Les premières opérations des Russes furent heureuses ; dans la nuit du 8 septembre, ils enlevèrent le Münder Schanze; le 11, ils ouvrirent leurs travaux d'approche contre la forteresse; le 18, ils étaient à 500 pas du chemin couvert et tiraient avec effet sur l'enceinte, quand l'intervention inattendue d’un corps de troupes prussiennes mit fin au siège. Sur la nouvelle de l'investissement par les Russes, Frédéric avait donné ordre à Goltz, alors sous les murs de Glogau, de détacher au secours de Colberg. Dans ce but, le général Werner partit, le 6 septembre, avec un faible contingent qui s’accrut en route d’un renfort fourni par la garnison de Stettin. IL chemina si rapidement qu'il était le 15 à Freienwalde, à 245 kilomètres
de Glogau; là, il apprit la détresse de Colberg et activa encore sa marche; le 18 septembre, il arriva à Gross- Jestin où ses hussards repoussèrent quelques sotnias de Cosaques et forcèrent le passage de la Persante. Werner, profitant de son succès, pénétra dans la ville assiégée, la traversa et vint bivouaquer près d'Alstadt, au sud de la forteresse; l'approche de la nuit et la fatigue extrème de ses hommes l'obligèrent à différer toute action jusqu’au lendemain. Les Russes ne l’attendirent pas; Demidow, qui les commandait, s’exagéra probablement l’importance du détachement de Werner dont les 5 bataillons et 8 escadrons, après leurs longues étapes, ne devaient pas dépasser un effectif de 3.500 hommes; il s'embarqua précipitamment, abandonnant aux Prussiens les 22 canons des tranchées. Le 23 septembre, le départ de l'amiral Mischukow avec sa flotte marqua la fin de l’entreprise. Au cours du siège, Soltikoff avait reçu, de la conférence de Pétersbourg, l'invitation d'envoyer à l’aide des assiégeants; mais le départ du général Olitz, avec une division de 11.000 hommes, n'eut lieu du camp de Carolath que le 12 octobre, soit 20 jours après la relève de la place; il ne pouvait donc être question que d’une nouvelle opération que la saison avancée n'eût pas permise. Revenons au gros de l'armée russe que nous avons laissé près de Francfort sur l’Oder, dans l’expectative du retour des troupes expédiées sur Berlin. Soltikoff, remis de sa maladie et fort inquiet d'une affaire avec le roi de Prusse qu'il voyait déjà à ses trousses, avait repris le commandement. Le 14 octobre, il se porta à la rencontre de Czernitchew et Tottleben, puis la jonction effectuée, il eut la satisfaction de rassembler tout son monde, sauf la division Olitz, à Drossen, où il se prépara à tenir tête au Roi. Mais celui-ci, qui se trouvait à Lubben, était beaucoup trop préoccupé de la tournure des événements en Saxe et des agissements de Daun et de Laudon pour son-