‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 5 sur 332 · FOUQUÉ REVIENT A LANDSHUT · texte numérisé non relu

FOUQUÉ REVIENT A LANDSHUT

vous délogiez l'ennemi de ces deux postes. » Le Roi annoncçait sa prompte venue en Silésie ct terminait par un post-scriptum en français, très significatif : « Mes généraux me font plus de tort que l’ennemi, parce qu'ils manœuvrent toujours de travers. »

Quand Fouqué fut touché par la missive royale, sa situation était devenue critique. Avec les 14.000 hommes qui formaient son commandement, il avait à couvrir les places fortes de la Silésie, à protéger le pays contre les incursions autrichiennes, à tenir tête à Laudon, qui abandonnait le blocus de Glatz pour s'en prendre à lui, et à Beck, qui venait de se porter de Zittau à Greiffenberg. Pour une besogne aussi étendue qu'épineuse, ilsavait parfaitement que ses forces n'étaient rien moins qu'adéquates, et cependant la précision avec laquelle l’ordre était rédigé, les appréciations blessantes qui le soulignaient, n'admettaient ni explications, ni observations; Fouqué répondit en soldat qui exécute sa consigne. Il fait part de (1) la concentration des Autrichiens autour de sa position et des renforts qui leur parviennent chaque jour, puis il ajoute : « Puisque Votre Majesté royale m'a oraonné, à plusieurs reprises, d'occuper ce poste, j'y resterai et je le maintiendrai jusqu'à la dernière extrémité. » A ses officiers, il se serait exprimé dans les mêmes termes (2) : « Le Roi me prend pour un triste sire, parce que je me suis retiré des montagnes; je lui prouverai le contraire quand même j'y prévois ma destruction et celle de beaucoup de braves gens. » La perspicacité du vieux général n'était pas en défaut; autour de lui, l'orage grossissait à vue d'œil.

Laudon qui s'attendait à la réunion du prince Henri et de Fouqué, fut surpris du retour de celui-ci et résolut de profiter de l'isolement du corps prussien qui lui était fort inférieur. Son adversaire n° pouvait recevoir de se-

(1) Fouqué à Frédéric, Landshut, 19 juin 1760. Schôüning, vol. 1f, p. 332. (2) Janko, Laudon's Leben, p. 149. Vienne, 1869.

cours en temps utile, car le Roi était encore en Saxe, et, d'après les nouvelles les plus récentes, le prince Henri avait passé l’Oder et était allé au-devant des Russes. Laissant 3 bataillons d'infanterie et 3 régiments de cavalerie pour l'investissement de Glatz, le général autrichien dirigea toutes ses troupes sur Landshut; le 19, son avantgarde, sous les ordres de Nauendorf, eut un engagement heureux avec les hussards de Malachowsky, que Fouqué avait envoyés à la découverte. Le 20, Laudon s'établit près de Forst et chercha à couper les communications des Prussiens avec Schweidnitz; en même temps, il invita Beck à quitter Friedberg sur la Queis et à se porter à Hirschberg.

La ville de Landshut, bâtie sur la rive droite du Bober et sur le promontoire que forme cette rivière avec son affluent, le Zieder, est dominée par un amphithéâtre de hauteurs, dont le premier étage, le plus rapproché du bourg, s'étend depuis le village de Blasdorf, jusqu'au Lieder. De cette chaine émergent lesmamelons de Blasdorf, de Hahn, de Galgen et de Hirschberg (1), qui avaient été couronnés d'ouvrages défensifs. À une distance moyenne d'environ 2 kilomètres, se dresse une seconde rangée de collines, celle de Reich-Hennersdori, plus élevée que la première; son prolongement, au delà du Zieder, se continue par une succession d’éminences rocheuses, les unes nues, les autres boisées, dont la dernière, le Mummelberg, se relie à la crête de Forst, Tous ces sommets avaient été fortifiés au moyen de flèches, de palissades, de fossés, et même de blockhaus construits au cours de la campagne de 1759; pendant leur courte occupation, les Autrichiens n'avaient rien détruit ; aussi, les Prussiens n’eurent-ils qu'à reprendre possession des lignes qu'ils retrouvèrent intactes. Du Mummel au Leuschnerberg, situé en aval de Landshut, près du village de Vogelsdorf, Fou-

(1) Dans la plupart des récits cette butte porte le nom de Kirchberg.

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