‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 54 sur 332 · PRISE DE TORGAU · texte numérisé non relu

PRISE DE TORGAU

un assaut direct qu'il se croyait assez fort pour repousser; du reste, en cas de malheur, sa retraite était assurée par la possession de la ville de Torgau et de ses ponts sur l'Elbe; mais il avait à craindre que l'ennemi ne fit passer le fleuve à une partie de ses forces et ne le cernât en opérant par la rive droite. Le 25 septembre, ses inquiéiudes furent accrues par la nouvelle que Luzinski avait commencé à jeter un pont sur l’Elbe à Dommitsch, que des troupes légères avaient déjà traversé en bateau et que Wurtemberg se préparait à tenter ie passage plus en aval aux abords de Pretsch; une reconnaissance en force confirma ces avis. Hülsen adopta un parti énergique : il résolut de profiter de sa position centrale pour écraser successivement ses adversaires; par une marche de nuit il tomberait sur Luzinski et sur Wurtemberg, les battrait, puis reviendrait rapidement reprendre son camp dans la banlieue de Torgau. Le départ des Impériaux qui, dans la journée du 26, abattirent leurs tentes et s’ébranlèrent dans la direction de Dommitsch, n'apporta aucune modification à ce projet. Vers 2 heures de l'après-midi, Hülsen fit défiler ses troupes sur les ponts, mais le mouvement fut entravé par l'encombrement des bagages qui n’avaient pas été expédiés en temps utile. Le colonel Zettwitz ct le général Kleefeld, laissés par Deux-Ponts devant Torgau, eurent bien vite connaissance de la manœuvre qui s'accomplissait sous leurs yeux; ils s’approchèrent de l’Elbe et ouvrirent sur les Prussiens un tir d'artillerie très vif; l’un &es ponts prit feu, des arches cédèrent, le désordre se mit dans le convoi rassemblé sur la rive droite etles pontonniers ne purent replier leur matériel. En dépit de ces incidents et des retards qui en résultèrent, Hülsen continua sa route et arriva à la nuit tombante aux villages de Beltran et de Gross-Treben où il ne trouva que quelques hussards ennemis; le lendemain, il apprit que le peu de soldats de Luzinski et de Wurtemberg qui

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avaient franchi Le fleuve étaient déjà rentrés à la rive gauche; il avança cependant jusqu’à Jessen où il campa. C’est dans cette localité qu’il fut informé de la prise de Torgau.

Voici ce qui s'était passé de ce côté. Le major Normann commandant de la place, malgré un renfort de 1.500 convalescents et contrairement aux ordres formels de son chef d'avoir à tenir ferme jusqu’à son retour, impressionné par la rupture des ponts et par la réapparition du gros de l'ennemi, céda à la première sommation et se rendit avec sa garnison le 27 septembre. Dans la place, le vainqueur s'empara (1), en outre de 2.500 prisonniers, malades ct blessés compris, de 23 canons, de # mortiers, de provisions considérables de farine et d'avoine, enfin d’un équipage de 68 pontons de cuivre.

Encouragé par le succès, Deux-Ponts fit passer l'Elbe à son armée, le 28 septembre, à Dommitsch. Le duc de Wurtemberg et le colonel Zettwitz restèrent sur la rive gauche. Tous s’acheminèrent vers Wittenberg sous les murs duquel Hülsen, conformément au vote de la majorité d’un conseil de guerre qu’il venait de réunir, s'était décidé à tenir bon. Le 2 octobre eut iieu (2) une lutte acharnée pour la possession du village de Dobien qui coûta à chacun des adversaires 300 à #00 hommes hors de combat. En fin de compte, les Prussiens reculèrent et abandonnèrent la communication avec Wittenberg pour conserver celle de Berlin. Dans la nuit du 2 au 3 octobre, Hülsen leva son camp sans tambour ni trompette et gagna Mublstadt, puis, sur la nouvelle du danger que courait la capitale, Belzig et Beelitz, enfin Berlin aux portes duquel il se réunit, le 7 octobre, au corps du prince (3) de Wurtemberg. Les Impériaux ne suivirent pas les Prussiens dans leur re-

(1) Marainville à Choiseul, Weydenhayn, 27 septembre 1760. Affaires Étrangères.

(2) Marainville à Choiseul, Eüper, 4 octobre 1760. Affaires Étrangères. (3) Frère du duc et général au service prussien.

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