DAUN ARRIVE A TORGAU
les Impériaux; trois jours après, le quartier général était près de Dessau où on recut des nouvelles positives sur la
. grande armée autrichienne.
Daun, comme nous l'avons dit plus haut, à la suite du départ du Roi, avait levé son camp dans les montagnes de la Silésie et s'était mis en route vers la Lusace, confiant à Laudon, avec environ 40.000 hommes, le soin de protéger le comté de Glatz et d'entreprendre le siège d'une des places silésiennes. La marche du feld-maréchal s’accomplit sans incident; changeant de direction selon les avis qui lui parvenaient sur les mouvements du Roï et de Lascey, il était arrivé, le 22 octobre, en face de Torgau où il allait effectuer sa jonction avec son lieutenant; l’armée attendait, pour passer sur la rive gauche de l’Elbe, le parc d'artillerie demeuré en arrière; Beck avec sa division était encore en Lusace où il surveillait les agissements de Goltz. En rapportant au duc de Choiseul (1) les opérations des Prussiens, Montazet souligne l'indifférence du Roi à l'égard des Russes. « IL n’a pas envoyé 50 hommes à la suite des uns ni des autres. Il parait au contraire vouloir se renforcer des corps de MM. d'Hülsea et de Schouderun (Stütterheim) pour opérer vis-à-vis de nous, mais encore une fois, il pourrait bien s'y casser le nez, si l’armée de l'Empire, le corps de M. de Wurtemberg et l’armée de M. le maréchal Daun ne faisaient qu’une armée et qu’elle fût conduite par un général, et non par trois. M. de Wurtemberg croit savoir pour le moins autant que M. le prince de Deux- Ponts; ce dernier regarde l’autre comme ur écolier; et j'ai jugé aujourd'hui surtout qu'il n’y a pas entre eux une grande harmonie. D'ailleurs le prince de Deux-Ponts craint toujours que M. le maréchal Daun l'expose trop; M. le maréchal Daun, de son côté, dit qu’il n’a aucun droit
(1) Montazet à Choiseul, Tristewitz, 22 octobre 1760. Affaires Étrangères.
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sur ces deux corps de troupes. Je ne crois pas même qu'ilen fasse un bien grand cas : de facon que je com-
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le Roi s’est retourné sur nous avec toutes ses forces; et je ne serais pas étonné que mes tristes prédictions ne s'accomplissent si M. de Laudon ne fait pas d'autre usage des 40.000 hommes qu'il a à ses ordres, et si les Russes ne font point l'établissement solide en Poméranie, qu'ils ont affiché et promis. »
Les fâcheuses prophéties de Montazet sur le manque d'entente des alliés se réalisèrent plus vite qu'il ne le craignait. Le 24 octobre, Daun passa l'Elbe et installa son quartier général à Grosswig, près de Torgau. IL y était encore le 26, se préparant à se porter vis-à-vis de Wittenberg où il comptait rejoindre l’armée de Deux-Ponts, quand il fut averti de la retraite de celle-ci sur Leipzig. « Hier (le 25), vers les 11 heures du soir, relate Montazet (1), il arriva à M. le maréchal un courrier de M. le prince de Deux-Ponts pour lui apprendre que l'ennemi avait fait un pont dans les environs de Dessau et qu'ils avaient commencé à y défiler depuis 3 heures après-midi. » Daun répondit en donnant ordre au général Ried, qui était à Pretsch (en aval de Torgau sur l'Elbe), d'aller au secours de l’armée des Cercles, et en promettant de suivre son lieutenant le plus rapidement possible. « Quatre heures après cette réponse, ajoute le Francais, il arriva un second courrier à M. le maréchal de M. le prince de Deux-Ponts pour lui apprendre que sur le nouveau rapport qu'il venait de recevoir que l'ennemi faisait mine de jeter un pont à Cosvig, il prenait le parti de marcher à Dübben, sur la Moldau (Mulde), d’où il se porterait sur Leipzig où il comptait faire tête à l'ennemi, supposé que la chose fût possible. Voilà donc l'armée de l'empire et
(1) Montazet à Choiseul, Grosswig, 26 octobre 1760. Affaires Étrangères.
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