ORDRE A DAUN DE CONSERVER LA SAXE
à Torgau, avait sacrifié Leipzig. À en juger par la rapidité de la retraite des Impériaux, il eût été très difficile pour Dauu de maintenir le contact. Quoiqu'il ne füt pas poursuivi, mais persuadé que les Prussiens étaient à ses trousses, Deux-Ponts avait passé la Pleisse le 30 octobre à Connewitz, un peu au sud de Leipzig, "tavait poussé jusqu'à Colditz où il était arrivé le 2 novembre, grace à deux marches forcées successives. Le 8 novembre, l'armée de l'Empire était à Chemnitz où on était obligé de cantonner les troupes (1) pour empêcher la désertion qu'aurait entrainée un séjour prolongé sous la tente. Cette fuite précipitée, car on ne saurait donner un autre nom au mouvement rétrograde du duc de Deux-Pont:,, laissait Daun seul aux prises avec le Roi et le privait du concours de 20.000 hommes, dont presque moitié Autrichiens. Peut-être cet abandon et celui des Wurtembergeois eussent-ils paru au maréchal une raison sutfisante pour avoir recours à sa stratégie habituelle et pour céder le terrain le plus lentement possible, mais il venait de recevoir de Vienne des instructions catégoriques qui ne lui ouvraient pas l'option de la retraite. La dépêche de l’Impératrice (2), qui portait la date récente du 23 octobre, insistait sur les conséquences désastreuses de l'évacuation de la Saxe, tant au point de vue des opérations de l’armée française en Hesse, que de la livraison à l'ennemi de ressources en hommes et en argent qui lui permettraient de continuer la guerre, surtout de l'effet moral produit sur les alliés. Ceux-ci lui feraient « les reproches les plus vifs, perdraient tout courage et me contraindraient à une paix désavantageuse et ignominieuse, car ils m'ont de fait informé que si nous ne con-
(1) Marainville à Choiseul, Chemnitz, 8 novembre 1760. Affaires Étrangères.
(2) Cabinels Schreiben an Daun, Vienne, 23 octobre 1760. Archives de Vienne,
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servions pas la Saxe, il ne faudrait plus compter sur leur concours ». Tel serait, sans aucun doute, le sentiment du maréchal, mais pour ne laisser subsister aucune équivoque, l'ordre formel lui était donné « de défendre le pays de Saxe le plus et le plus loin possible, y compris tout au moins les villes de Torgau, Eilenburg et Leipzig et de s’y maintenir sans faute pendant l'hiver, quand même à cet uffet il serait nécessaire de livrer une bataille douteuse ou risquer quelque chose de décisif d’un autre genre ». A quelque coût que ce fût, il fallait convaincre les alliés qu'e' avait tout tenté pour con:2rver la Saxe. Quant aux opérations stratégiques, l'Impératrice s’en rapportait entièrement à son général, mais elle l'engageait, tout en utilisant le concours de l’armée de l’Empire et des Wurtembergeois, à mettre ces auxiliaires dans les « positions moins exposées », de les placer dans les garnisons, mais de ne pas les envoyer à l'ennemi et de réserver ses propres soldats pour le choc direct.
Daun communiqua les instructions de la souveraine au conseil de guerre composé de ses principaux généraux et convoqua Montazet à la séance. Celui-ci (1) qui, à cette occasion, avoue ne pas comprendre l'allemand malgré ses quatre ans de service avec les Autrichiens, rend compte de ce qui s’y était passé : La plupart des membres du conseil opinèrent pour la retraite sur Meissen ou sur Dresde, mais le maréchal refusa d'envisager cette solution et posa la question dans d’autres termes : Fallait-il chercher à combattre l'ennemi ou l’attendre dans la position de Torgau? L'avis à peu près uranime fnt en faveur d’une bataille défensive; le principal argument invoqué parait avoir été la mauvaise condition des attelages. Montazet, très pessimiste, prédit dès ce moment le retour au camp de °lauen dans les environs de Dresde.
(1) Montazet à Choiseul, Grosswig, 2 novembre 1760. Affaires Étrangères.