‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 64 sur 332 · DAUN BLESSÉ SE FAIT TRANSPORTER A TORGAU · texte numérisé non relu

DAUN BLESSÉ SE FAIT TRANSPORTER A TORGAU

l'Impératrice (1), Daun raconte que, aux environs de Zinna vers 5 h. 1/2, ne pouvant rester à cheval à cause de sa blessure et perdant beaucoup de sang, il se fit coucher par terre; pendant qu’on lui coupait sa botte, on entendit la fusillade reprendre aux abords de Süptitz; il envoya aux renseignements, fit appeler Lasey et lui ordonna de porter deux brigades sur le point menacé et d'appuyer ce mouvement avec son corps entier. « Mon cher ami, lui aurait-il dit, je vous prie, allez-vous y en (sic) vous-même, voyez dans quel état les choses sont, et faites les dispositions que vous trouverez nécessaires, j'attendrai ici votre réponse. » Bientôt après, survint de la part de Lascy le colonel Han ig qui rapporta que tout allait bien et qu’il n’y avait plus de doute sur le succès. À Hannig succéda le général O’Donnell, le plus ancien des généraux autrichiens; Daun lui remit le commandement en l'invitant à s'entendre avec Lascy et à faire « que l’armée se range autant que possible pour être en ordre à la pointe du jour, de même que l'artillerie soit placée ». A 6h. 1/2, se sentant très faible, à la suite de la perte de sang, rassuré sur l'issue heureuse de la journée par les rapports qu'il venait de recevoir et par l'obscurité de plus en plus épaisse qui semblait interdire toute reprise des hostilités, le maréchal se fit transporter à Torgau; c’est là, après le pansement de sa blessure, qu’il apprit le brusque revirement de fortune qui transforma en défaite ce qui avait semblé, deux heures auparavant, être une victoire assurée. Essayons de décrire les manœuvres qui décidèrent ce résultat extraordinaire et encore presque inexplicable. Nous avons laissé Zieten engagé dans une canonnade plus bruyante que destructive avec le corps de Lascy. Cependant, il ne pouvait ignorer les attaques du Roi contre le versant nord du plateau de Süptitz; son devoir lui comman-

(1) Daun à l'Impératrice, secretissime, Zeyps, 13 novembre 1760. Arneth, VE. Anmerkungen, p. 453.

dait, semble-t-il, d'intervenir dans ia lutte en assaillant sans retard les derrières de la position ennemie. A ce propos, une longue discussion s’est poursuivie entre les historiens allemands. Quels étaient les ordres donnés par Frédéric à son lieutenant? A quel stage de la bataille celuici devait-il commencer son action décisive? Faute de la connaissance d'instructions dont il ne reste pas trace et qui paraissent avoir été verbales, il est impossible de résoudre ces questions et il faut avoir recours à des hypothèses basées sur des témoignages souvent contradictoires.

Ces réserves posées, examinons les faits et cherchons à en tirer les déductions les plus vraisemblables. Frédéric, le matin de la bataille, à plus forte r&ison la veille, quand il eut son entrevue avec Zieten, n'était pas exactement renseigné sur l'emplacement qu'occuperait l’armée de Daun, iine connaissait pas encore celui de Lascy qui ne fut définitif qu'augours de la matinée du 3 novembre. L'optration confiée à son lieutenant consistait à tenir en échec une partie des Autrichiens ct à leur couper la retraite sur Torgau et les ponts de l’Elbe; le point sur lequel il aurait à se diriger serait donc plutôt la zone comprise entre le grand étang de Torgau et les hauteurs de Zinna que celle plus éloignée de Süptitz. Quant à l'heure de l'intervention, elle ne pouvait pas être déterminée d'avance, puisqu'elle dépendrait des nrogrès que ferait l'attaque principale. Fort de la confiance qu'il avait dans la valeur de ses soldats et dans les ressources de son génie, Frédéric devait compter sur le succès de son aile gauche et réservait à son subordonné le rôle important d'achever la victoire et de transformer en désastre ce qui n'eût été qu'une défaite de l’armée impériale. IL est donc présumable que Zieten se conforma à la leitre des indications recues, cn suivant, après son combat avec les Croates, la grande route de Leipzig à Torgau, plutôt que celle de la Butterstrasse aui l’eût conduit au village de Süptitz;

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