LUTTE AUTOUR DE SUPTITZ
la vue des bataillons et escadrons de Lascy, rangés sous les murs de la ville et se portant à sa rencontre, dut le confirmer dans son interprétation; d'ailleurs, il eût été fort imprudent, pendant qu'il s'engagerait contre le gros ennemi, de laisser sur son flanc ce corps dont l'effectif égalait presque celui de ses propres forces. Un assaut repoussé n’entrainerait-il pas la perte de la bataille? Cette imprudence, il la commit cependant, mais après de longues hésitations, avec une fraction seulement de ses troupes et probablement sur l’ordre formel de son monarque.
Vers 3 h. 1/2, Zieten rassuré, sans doute, par l’immobilité de Lascy et cédant aux représentations des officiers de son entourage, détacha contre le village de Süptitz la brigade Tettenborn. Les Prussiens s’emparèrent de la fraction du village située au sud, sur la rive droite du Rohrgraben, mais ne purent chasser les défenseurs de la partie supérieure. Un peu plus tard, sur un avis pressant de Frédéric, il lança à l'escalade du plateau la brigade Soldern, composée de 5 bataillons de la garde. Ces braves soldats, malgré un feu très vif, défilèrent le long du ruisseau, gagnèrent les Schaafteich et se mirent à gravir la pente plus raide de ce côté; mais arrivés à la crête, ils furent accueillis par une trombe de mitraille et de balles qui les rejeta au bas du versant.
Donc, à cette heure tardive, car il faisait déjà nuit, les Autrichiens demeuraient encore maitres du plateau de Süptitz, mais en dépit de ce succès, leur moral avait été sérieusement affecté par la lutte sanglante de l’aprèsmidi; les régiments de seconde ligne qui garnissaient la face sud et faisaient vis-à-vis, par conséquent, au corps de Zieten, avaient souffert, presque autant que ceux de la première, du tir de l'artillerie du Roi; peu à peu, et à la suite des combats successifs qui avaient été livrés, soit autour des vergers et vignes de Süptitz, soit dans le terrain découvert avoisinant la forêt, l'extrémité ouest de la
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position s'était trouvée dégarnie; la réserve, appelée en soutien, avait évacué le village de Grosswig qui flanquait lä défense. Pour remédier à la confusion et pour se mainteniren forcesurles emplacements qui constituaient la clef de la position, il aurait fallu un commandement énergique, une direction suprême; malheureusement Daun, et avec lui plusieurs de ses meilleurs lieutenants, avaient été mis hors de combat; leur absence et l’obscurité croissante empêéchèrent de réparer les accidents qui s'étaient produits. Quelques officiers intelligents de l’armée prussienne s’en rendirent compte ettentèrent, en pleine nuit, un nouvel effort pour se rendre maîtres du point culminant. S'il faut en croire certains récits, le lieutenant-colonel Lestwitz (1), en revenant d’une mission auprès de Zieten, s’aperçut que le terrain au-dessus des Schaafteich n’était plus que faiblement occupé; il avertit aussitôt Le général Soldern, celui-ci rassembla les débris de sa brigade et, soutenu par d’autres fractions isolées, remonta la pente, chassa les quelques défenseurs et s’empara sans grande peine de la partie la plus élevée et de la redoute qui en marquait le sommet. Il y fut rejoint par des renforts que Zieten, apprenant le succès inespéré de son brigadier, envoya à son aide. De son côté, Lestwitz avisa également le général Hülsen de ce qui se passait, et tous les deux, à la tête de deux bataillons de la colonne Holstein, que vinrent appuyer quelques unités rassemblées en hâte, gagnèrent le plateau de Süptitz et tombèrent sur le flanc des rares Autrichiens qui tenaient encore. Le retour offensif des Prussiens fut favorisé par l'incendie des maisons de Süptitz, qui avait éclaté à la suite de l'attaque de Tettenborn; le brasier ainsi allumé éclairait Le plateau tandis qu'il en laissait les abords dans l'ombre. La résis-
(1) Il n'est pas sûr que Lestwitz ait été l'officier en question, "ais il fut certainement un des premiers à connaître l'abandon par les Autrichiens du point culminant.