‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 68 sur 332 · ÉLOGE DE DAUN · texte numérisé non relu

ÉLOGE DE DAUN

à l'affaire: sous Dresde, il fut rejoint par Macguire avec le contingent presque entier des Autrichiens attachés à l’armée de Deux-Ponts, soit environ 9.500 hommes. Ces appoints considérables et l'arrivée de quelques renforts moins importants comblèrent en grande mesure les vides causés par la bataille du 3 et portèrent de nouveau l'effectif à plus de 45.000 combattants.

Au contraire, l’armée royale s’affaiblit de #.000 hommes par le départ du prince de Wurtemberg qui dut reprendre contre les Suédois sa campagne interrompue. Le 15 novembre, les forces rivales se cantonnèrent, les Autrichiens entre Dresde et Dippoldiswalda, les Prussiens entre Meissen, Wilsdruf et Nosten. Rien ne troubla la lassitude générale jusqu'au 18, date à laquelle Hülsen vint tâter les avantpostes de l’armée des Cercles. Deux-Ponts, sous prétexte de maladie, était allé aux eaux et avait cédé le commandement à Hadick. Ce dernier leva son camp de Chemnitz et prit le chemin de Hof où il parvint Le 24. Dans les derniers jours du mois, les Prussiens se retirèrent dans les environs de Neissen etau delà dela Triebsche, ne laissant à Wilsdruf qu'une faible arrière-garde.

Pendant la retraite, Daun, malgré sa blessure, avait conservé la direction effective de ses troupes; Montazet, qui s'était montré quelquefois très sévère dans ses appréciations, fait l'éloge du maréchal (1) : « Ce que je vois ici depuis cinq jours me prouve de plus en plus que le plus grand malheur qui puisse arriver à une armée est de perdre son général. M. le maréchal Daun a beau être plus occupé de l'armée que de la blessure considérable qu'il a reçue et de la goutte qui s’y est jointe, il ne saurait qu'ordonner et <’en rapporter à ce qu’on lui mande, et quand on lui dit qu'on ne peut faire autrement que ce qu’on fait, il faut pourtant bien qu’il en passe par là, malgré la peine

(1) Montazet à Choiseul, Dresde, 9 novembre 1760. Affaires Étrangères.

que cela lui cause. Je dois vous dire, Monsieur, que malgré ce qu'on peut dire, tout ceci fait un honneur infini à M. le maréchal Daun, surtout la façon dont il s’est conduit le jour de la bataille. Pour moi, j'avoue que sa valeur, sa fermeté, son honnèteté, son désintéressement pour sa personne et son amour pour le bien de sa souveraine font une impression sur mon cœur et sur mon esprit quine s’effacera de ma vie. Il me disait encore hier au soir qu’il est absolument nécessaire qu'on envoie ici un chef qui ait de l'autorité et qui dise : « Je veux », sans quoi il ne répondrait pas que nous ne pussions hiverner en Bohème. »

Pour l’abandon de la Saxe, les arguments, en effet, ne faisaient pas défaut : «Onne nousparle (1) que des pertes énormes qu’on a faites l'année dernière dans le camp de Plauen et de l’inhumanité qu'il yaurait àrecommencer; on trouve la ville mauvaise; en un mot, il y a ici un mauvais esprit et un mauvais ton. Le général O'Donnell y fait ce qu'il d peut et je suis édifié de ses propos et de sa conduite, mais c'est un début embarrassant pour quelqu'un qui n'a jamais commandé, On attend avec impatience la décision Ha de la Cour sur le commandement de l'armée. Tout ce que * (1 je crains est que le Roi ne fasse à la fois plusieurs dé- | monstrations de projets, d'attaques, et qu'il n'embrouille il nos têtes par ce moyen-là. »

il Il n'y a pas de doute que le démoralisation des esprits dens le milieu militaire fit envisager comme probable l'évacuation de Dresde; Frédéric l'espéra sans oser y croire : {il « Pour ce qui regarde la v’.ie de Dresde, écrit-il à Finckenstein (2), il y a actuellement beaucoup d'apparence que nous la gagnerons; malgré tout cela, il y a tant de difficultés à surmonter à cet égard que je ne saurais vous dire rien de positif là-dessus, ni de vous en donner des

(1) Montazet à Choiseul, Dresde, 15 novembre 1760. Affaires Étrangères. (2) Frédéric à Finckenstein, Meissen, 12 novembre 1760. Corr. Polit., XX, p.77.

Page 1