‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 72 sur 332 · CAMPAGNE DE BROGLIE, 1760. — CORBACH ET WARBURG · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DE BROGLIE, 1760. — CORBACH ET WARBURG

RAPPORTS DE BELLEISLE ET BROGLIE. — CONQUÈTE DE LA HESSE. — SUCCÈS DE CORBACH. —— RENVOI DE SAINT-GER= MAIN. — DÉFAITE DE WARBURG. — PRISE DE CASSEL.

Les hostilités s'étaient terminées en Hesse, vers le milieu de janvier 1760, par un retour offensif du maréchal de Broglie dont le principal résultat fut de mettre fin à l'éternelle reculade de ses prédécesseurs d’Estrées et Contades et de dégager la place de Giessen. La retraite de Vogué à la suite de l'échec de Dillenburg et surtout les intempéries de lasaison avaient mis fin aux opérations; les Français regagnèrent leurs quartiers d'hiver sur le Mein, la Lahn et le Rhin; l’armée du prince Ferdinand reprit ses garnisons habituelles en Westphalie, en Hesse et dans °s pays adjacents, et malgré les pourparlers pacifiques : ngagés à la Haye, chacun des belligérants s’employa a\ c ardeur aux travaux de réparation et de recrutement pour la campagne prochaine.

Par dépèche du 12 février, Belleisle qui, malgré son grand âge, était resté à la tête du département de la guerre, avait annoncé à Broglie son maintien comme commandant en chef de toutes les armées du Roi en Allemagne. Entre le ministre et son subordonné, il n’y avait aucune sympathie; la correspondance que le premier, conformément aux habitudes de l'époque, entretenait

Pres rer .

65 ca

9 at Te op mm mm rm

avec les principaux divisionnaires de l’armée, laisse percer à chaque instant. sa pensée intime; tout en rendant justice aux qualités militaires de Broglie, ‘en s’efforçant de le seconder de son mieux, il ne peut s'empêcher de se méfier des intentions, de critiquer les actes d’un homme dont la mentalité lui est antipathique et dont la famille et l'entourage lui sont suspects. Ces sentiments malveillants, Broglie les rend avec nsure; il se sait peu en faveur auprès du Roi et de M"° de Pompadour, il est convaincu que Belleisle le dessert en haut lieu, il lui en veut de désigner, pour certains emplois qu'il eût volontiers confiés à ses amis, des généraux qu’il considère à tort ou à raison comme hostiles à sa personne. Aussi est-il constamment en défiance et n’accueille-t-il les avances de Belleisle qu'avec toutes sortes de réserves. A l’avis de sa nomination au commandement en chef, il répond (1) : « Je ne puis donner au Roi une preuve plus assurée de mon aveugle soumission que de m'en charger dans les circonstances critiques où sont les affaires et où je me trouve. » I ne dissimule pas le mécontentement que lui causent les changements apportés au projet d'opérations qu'il avait élaboré et surtout les choix des lieutenants-généraux pour l’année en cours. Il en désapprouve quelquesuns, mais il n'en dira rien « parce que je vois par la facon absolue dont vous vous expliquez dans votre lettre, que vous n'y auriez pas égard et que cela n’aboutirait

qu'à me faire inutilement des ennemis, parce qu'on aurait grande attention que ceux que je proposerai d'exclure en fussent informés ». La crainte était probablement fondée, car Belleisle avait la réputation d'être fort indiscret, mais le langage qui traduisait ces inquiétudes

n'était pas de nature à améliorer des rapports déjà tendus.

C'est sur le même ton que Broglie recoit (2) les com-

(1) Broglie à Belleisle, Francfort, 22 février 1760. Archives de la Guerre.

(2) Broglie à Belleisle, Francfort, 27 février 1760. Archives de la Guerre.

Page 1