PLAINTES DE BROGLIE SUR LE MANQUE DE FONDS
pliments que lui adresse le ministre de la guerre : « Tout ce que vous me dites de flatteur, M. le Maréchal, sur l'honneur qui doit me revenir de la campagne prochaine, ne m'éblouit pas. Je sais que pour avoir des succès, il faut que les troupes que l'on conduit soient disciplinées, et que pour qu'on en puisse exiger la règle et la discipline, il est indispensable que ce qui les compose ait le nécessaire. »
Ce nécessaire, Broglie le réclame avec une énergie et une ténacité qui lui font honneur. Il ne se contente pas de promesses (1) : «Il est de fait, observe-t-il dans un
. mémoire, que sans argent on ne peut rétablir et faire sub-
sister une armée; il est également de fait qu'à la réserve du prêt, on ne donne pas un sol à celle-ci. Les cent mille écus que M. le maréchal de Belleisle me fait l'honneur de me mander dans sa lettre du 27 avoir été envoyés pour les dépenses extraordinaires du mois de décembre, et les six cent mille livres pour celles de janvier ne l'ont point été, et il n’est arrivé au Trésor que des lettres de change payables la plupart à la fin de ce mois sur lesquelles M. l’Intendant ne trouverait pas un écu d'avance : moyennant cela, les hôpitaux sont prêts à périr, et malgré tous les soins qu’on peut se donner, ils périront certainement bientôt... L'argent a manqué de mème aux officiers envoyés par les régiments pour faire des recrues; moyennant cela, ils n’ont pu travailler, et les régiments ne seront pas complétés. La viande manquera pour l’armée, le boucher qui la fournit n'étant pas payé et étant obligé de demeurer enfermé de peur d'être arrèté pour les dettes qu'il a contractées de tous les côtés. Enfin, faute d’avoir fait d'avance des magasins de fourrage et encore plus d'avoir envoyé de l'argent, il est presque certain que
. l’armée ne pourra être fournie jusqu'au moment où la
(1) Broglie à Belleisle, Mémoire joint à la lettre du 4 février 1760.
terre produira. Ce ne sont point des craintes imaginaires; elles sont aussi positives que l'envoi d’un million pour l’achat des fourrages l'a été peu: M. l’Intendant n’a pas même connaissance du temps où l’on peut compterqu'il arrivera. »
Dans une dépêche du 22 février (1), Broglie revient à la charge : « Quand le Roï aurait un Turenne à mettre à la tète de ses troupes, il lui serait aussi impossible de faire une campagne honorable et heureuse avec des moyens aussi courts, qu'à un aigle de voler lorsqu'on lui aurait coupé les ailes. » Les réparations n’avancent pas, les appointements ne sont pas payés : « Vous parviendrez plutôt que moi, Monsieur le Maréchal, à persuader aux officiers généraux et de l'état-major qu’ils peuvent servir, étant payés en papier. Je n’ai point vu les temps malheureux de 1709 etde 1710, aussi quandils viendront, comme plusieurs l'ont fait déjà, me demander de leur faire payer leurs appointements de novembre et de décembre, je leur dirai de s'adresser en droiture à vous. »
La pénurie d'argent s’étendait au service des hôpitaux dont « les infirmiers meurent de faim ». La compagnie chargée de l’entretien, quicomptait parmi ses actionnaires des puissants du jour, était fort bien en cour; Belleisle, sans doute sous l'impression des démarches faites auprès de lui, s'efforce de la défendre. Aussitôt Broglie de riposter : « Je ne sais qui a pu vous rendre compte que jamais les malades n’ont été mieux traités que depuis qu'elle en était chargée. Le fait est absolument faux, puisqu'il n’y a pas un seul hôpital où cet hiver le service n'a pensé manquer dix fois..., je sais combien cette compagnie est protégée, mais je sais encore mieux que je serais coupable si je ne faisais pas ce qui dépend de moi pour vous éclairer sur son compte. »
Si les extraits de la correspondance officielle de Bro-
(1) Broglie à Belleisle, Francfort, 22 février 1760. Archives de la Guerre,
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