SAINT-GERMAIN COMMANDANT DE L'AILE GAUC
glie, que nous venons de reproduire, font souvent mauvaise impression au point de vue du tact, de l’amabilité et de la bonne humeur de l'écrivain, il faut rendre justice au souci constant déployé pour les besoins du soldat et pour l'efficacité de l’armée. D'autre part le désir trop manifeste de dégager sa responsabilité et de se prémunir contre les critiques qu’il prévoit, quelque naturel qu’il puisse être, ne contribue pas à grandir le rôle, ni à rehausser la réputation du général. Persuadé qu’en cas d'échec de l’un de ses subordonnés, on s'en prendra à lui, ileest prêt à sacrifier l'initiative qui appartient au chef pour s’abriter derrière les ordres qu'il sollicite. Son attitude à propos de la composition du corps qui devait constituer l’aile droite de l'armée est caractéristique; peut-être se ressentait-elle de la désignation, sans qu'il eûtété consulté, de Saint-Germain pour le commandement de la réserve de gauche : « Puisque vous avez cru, Monsieur le Maréchal, écrit-il (1), qu’il était utile et avantageux pour le service du Roi que le choix des officiers généraux de cette réserve fût fait sans ma participation et ne püt en aucun cas être changé par moi, pour entrer dans vos vues, je vous prie d’en user de même pour les troupes, et de nommer les régiments ainsi que les brigadiers qui devront la composer; tout en ira certainement mieux, puisqu'ils conviendront à ceux qui ont intlué sur la nomination des officiers généraux et que tout y sera d'accord: je vous prie aussi d’en régler vous-même la force ainsi que l'artillerie qui devra y être attachée; cela préviendra qu'on ne puisse dire que j'y ai mis trop ou trop peu de troupes. Comme il est nécessaire qu’il y ait un corps détaché à la droite, je vous prie de même de vouloir bien en nommer le commandant, ainsi que les officiers généraux et de l'état-major, et les troupes qui devront la composer. »
(1) Broglie à Belleisle, Francfort, 15 avril 1760.- Archives de la Guerre. GUERRE DE SEPT ANS, — IV. 11
Broglie s’offusque avec raison du peu de latitude qu'on lui laisse pour les officiers de l'état-major : à Belleisle qui trouvait ce personnel exagéré et qui voulait le réduire, il rappelle (1) la promesse faite par le Ministre devant le Roi dans le cabinet de M"° de Pompadour, « que j'aurai les aides que je demanderai et le Roi a bien voulu me le confirmer »; sans cela, il n’eût pas accepté le commandement en chef.
Le choix de Dumesnil, que de hautes influences avaient désigné pour être employé à l’armée et auquel son ancienneté assurerait la direction suprême en cas d’indisponibilité du maréchal, fut l’objet d’un conflit sérieux. Le généralen chef s'en ouvrit à son oncle l'abbé de Broglie qui lui servait de confident, de correspondant et surtout d’avocat à Faris et à Versailles. Les lettres de l’abbé, dont nous devons la communication à l’amabilité du duc de Broglie, descendant du maréchal, fournissent des détails piquants sur les intrigues de la cour, sur les démarches auprès des personnages en vue, enfin sur les usages de l’époque. Le maréchal avait écrit (2) de Francfort : « J'apprends, mon cher oncle, presque à n’en pouvoir douter, que M. Dumesnil est le premier lieutenant-général de cette arnée. On pourrait bien s’écrier : Ô temps, à mœurs! Je ne croyais pas qu'on püt oser faire une semblable chose, et choisir un homme aussi décrié et aussi incapable. J'en ai déjà écrit une fois à M. le Dauphin, ainsi l’acquit de ma conscience est fait; et quand l’armée périrait entre ses mains, ce qui arriverait sûrement si elle y tombe, je n'aurai rien à me reprocher. Toutes les nominations des officiers généraux sont faites pour les réserves, ainsi que des états-majors qu’on y place, sans m'en avoir dit un mot, tant mieux. Si j'avais fait un pa-
(1) Broglie à Belleisle, Francfort, 7 mars 1760. Archives de la Guerre.
(2) Maréchal de Broglie à l'abbé, Francfort, 8 avril 1760. Papiers de famille du duc de Broglie.
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