RUPTURE AVEC LE DUC DE WURTEMBERG
ridique, et cependant aller au but par des voies plus douces quoique très véridiques. »
Un des griefs les plus sérieux du maréchal avait trait au parce d'artillerie, qu'il aurait voulu fort de 200 canons, au lieu de 150 qu'on lui promettait; « c’est aujourd'hui l'artillerie qui gagne les batailles et les ennemis en ont une prodigieuse ». Belleisle, tout en expliquant que la dépense de chevaux qu'entrainerait l'attelage d’un matériel aussi considérable, est un motif suffisant pour s’en tenir aux 150 pièces, cherche (1) à rassurer le maréchal : « Je crois que vous devez être satisfait des efforts que le Roi a faits cette année, puisque vous aurez plus de 150.000 hommes bien armés, bien équipés et en bon état de tous points, leur subsistance en pain, vin, viande, hôpitaux bien assurée ainsi que le prêt et la solde, et je suis persuadé d'avance que vous en ferez le meilleur usage. » Il faut croire que les assertions de Belleisle étaient justifiées, car elles ne donnèrent pas lieu à une de ces protestations dont son correspondant était si coutumier.
L'hiver et le printemps de 1760 ne furent signalés par aucun mouvement militaire de quelque importance. Vers la fin de mars, le prince Ferdinand envoya (2) un détachement de 5 à 6.000 hommes, sous le général Gilsa, dans le pays de Fulde à l'effet d'y lever des contributions et des recrues. Cette incursion, dont on ne pouvait prévoir les suites, forca Broglie à concentrer une partie de ses forces, afin d'empêcher l'ennemi d'exécuter une pointe en Franconie. Parmi les contingents can{(onnés de ce côté, se trouvaient les Wurtembergeois sous les ordres du général Wolf; en l'absence du duc, Broglie lui dépécha comme renfort une brigade de cavalerie francaise etle pria de se conformer aux instructions que lui donnerait le général Solms, chef par interim du corps saxon. Ce petit
(1) Belleisle à Broglie, 16 mars 1760. Archives de la Guerre. (2) Ferdinand à Holdernesse, Paderborn, 17 et 22 mars 1760. Record Office.
nas = ee ee à x Le Ps, a mn
168 LA GUERRE DE SEPT ANS. — CiIAP. IV.
incident mit le feu aux poudres; le duc de Wurtemberg protesta contre (1) la transmission d'ordres directement * « un corps séparé commandé par leur souverain », en réléra au roi de France, et, en attendant, défendit à son monde de bouger. Peu de jours après, on sut que les Wurtembergeois s'étaient retirés sur la rive gauche du Mein sans même prévenir leurs alliés de leur retraite. Le conflit se termina, du moins pour le moment, par leur départ du théâtre de la guerre, « les prétentions (2) d’irdépendance de M. le duc de Wurtemberg paraissant incompatibles avec toute opération militaire ».
Dans les derniers jours de mai, la reprise des hostilités semblait imminente. Broglie craint (3) d'être devancé par le prince Ferdinand et, conformément à sa tactique habituelle, cherche à dégager sa responsabilité : Giessen, dont les fortifications n'ont pas été complètement réparées, est à la merci de l'ennemi; l’armée française ne pourra se rassembler sur le Nider avant le 1°" juin ni être à Butzbach avant le 3; les chevaux destinés à trainer le parce sont en retard, 10 escadrons de cavalerie ne sont pas encore arrivés de France, les magasins de réserve sont à moitié vides; ce n'est pas sa faute, il ne cesse de réciamer depuis six mois. Si Giessen, qui ne peut résister plus de 7 à 8 jours, est assiégé, devra-t-il livrer bataille pour secourir la place?
L'abbé de Broglie, mis au courant de la situation, écrit (4) à son neveu qu'il sera couvert, quelque parti qu'il prenne : « Vous allez recevoir la réponse du Roi et de son conseil par votre courrier. Elle a été arrangée en ma présence, par mon conseil et suivant mon désir et le bien du service. Vous êtes le maitre de donner ou de recevoir bataille, de sauver ou d'abandonner Giessen, comme
(1) Wurtemerg à Broglie, Stuttgart, 26 mars 1760. Archives de la Guerre. (2) Broglie à Choiseul, Francfort, 15 mai 1750. Archives de la Guerre. (3) Broglie à Choiseul, Francfort, 22 mai 1760. Archives de la Guerre. (4) Abbé de Broglie au duc, Paris, 27 mai 1760. Papiers d: famille.