PREMIERS DÉMÉLÉS AVEC SAINT-GERMAIN
Ce fut à l’occasion de l'alerte de Butzhbach qu'éclatèrent
les premières difficultés entre Broglie et son lieutenant principal Saint-Germain. Aussi autoritaires que susceptibles l’un et l’autre, les deux personnages étaient peu faits pour s'entendre. Quoique la correspondance officielle ne laisse paraitre aucune trace de mécontentement au sujet de la désignation de Saint-Germain pour le commandewent sur le Bas-Rhin, il est évident que le maréchal eût préféré, pour ce poste, le chevalier Du Muy (1) « dont il compte faire son bras droit » et par lequel il avait l’intenkon de « se faire suppléer dans tont?s les choses qu'il
pourrait faire par lui-même », mais il s’inclina devant le choix de la cour, fit bon accueil à Saint-Germain lors de son passage à Francfort, et diseuta avec lui le projet l’un mouvement combiné.
Deux jours avant l'échauflourée de Butzhach, Broglie, prévenu par ses espons de l'installation du quartier général des confédérés à Wavern près de Fritzlar, envisagea l'hypothèse d’une offensive de l'ennemi. « Si cette nouvelle est vraie, écrit-il (2) à Saint-Germain, le prince Ferdinand peut investir Giessen à la troisième marche. » Ille prie en conséquence de faire diversion en débouchant, le 26 mai, par Dusseldorf le plus lestement possible et en poussant jusqu'à la Roer près de Zwierde : « Je suis persuadé, ajoute-t-il, que vous n’y perdrez pas de temps; je n'entre dans aucun détail avec vous, « sapienti pauca ». Cette dé pêche, écrite le 2% et confiée à Chabo, fut remise le 24 au soir à Saint-Germain, Celui-ci, dont les troupes n'étaient pas plus mobilisables que celles du général en chef, n'était pas en état d'agir dans le court délai qui lui était assigné; d'autre pért, esprit aussi méthodique que pointilleux, il admettait difficilement un changement brusque
1) Broglie à Belteisle, 15 mai 1760, Archives de la Guerre 2) Broglie à Saint-Germain, 22 mai 1760. Archives de la Guerre
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aes projets arrêtés; jusqu'alors, il avait été question de prendre Wesel pour point de départ; fui substituer Dusseldorf n'était pas pour lui plaire. La dépêche du 25 (1) à Broglie laisse percer ce sentiment : « Je pense inutile de vous faire le détail de toutes les raisons qui m'empêchent invinciblement de marcher le 26 avec la réserve. J'aurai l'honneur de vous envoyer ce détail, si vous l’ordonnez... | je l'ai cru, en attendant, aussi ennuyeux pour vous qu'inutile; je ne puis marcher avant Le 1° juin, j'y ai grand re- || gret assurément, mais nous y trouverons au moins cet avantage de ne pas marcher par pièces et par morceaux. » Saint-Germain eut grand soin de mettre Belleisle au courant de ce petit incident.
î Quand il reçut la réponse de +: -abordonné, Broglie fl était mieux édifié sur les intentions de l'ennemi : « Il y a actuellement apparence (2) que le prince Ferdinand ne songe pas au siège de Giessen, puisqu'il nous donne le temps de nous rassembler, et si d'ici à deux fois 24 heures, il ne vient pas se poster une deuxième fois à Butzbach avec son armée, il ne le fera sûrement plus. En ce cas, il sera nécessaire que vous suspendiez votre marche et que, sans perdre de vue la sûreté du Bas-Rhin, vous restiez toujours en état de pouvoir en 2% heures avoir votre réserve sur la rive droite du Rhin et prète à déboucher par Dusseldorf. »
A cette lettre, Saint-Germain ne fait aucune réplique, mais il n'en regrette pas moins le premier plan qui prenait Wesel comme base et il fait ses confidences 3 au ministre de la Guerre, Loin de lui de songer à revendiquer l'indépendance pour sou commandement ; il obéira aux ordres de son chef, mais pour sa justitication, il tient à exposer les
(4) Saint-Germain à Broglie Guerre.
(2) Broglie à Saint-Germain, 24 mai 1760, Arhiees ie; Guorr (3) Saint-Germain à Belleisle, 39 mai 1760, Archives la Guerre.
Dusseldorf, 25 mai 1760, Archives de la
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N | RECOMMANDATIONS DE L'ABBÉ DE BROGLIE AU DUC. 173 de faits ; aussi lui adresse-t-il copie de la correspondance avec 18- Broglie tout en le suppliant de laisser ignorer à celui-ci la ) à 4 communication. En bon parent, l'abbé de Broglie prévoit de à le conflit naissant et prend les devanis : « Si par hasard, ent L mande-t-il au maréchal (1), quelque fat vous accusait de rai précipitation dans cette circonstance, ce fat ne pourra Li... 4 s'empêcher d'admirer le flegme de M. le comte de Stnu- Germain. Je crois que cet homme ne prendra pas de pleure- L' résie. Au premier voyage que je ferai à la cour, je ne cet 4 manquerai pas de placer en bon lieu, quoique très modes- . » 1 tement, mes réflexions sur la conduite de ce grand géné- OU- J ral... Conservez toujours votre stile avec M. de Saint-Germain ; je vous le répète, il a toute mon approbation. Laissez glie 4 à ce docteur son stile de pédant. Laïssez-lui sa paresse et I y ; son ignorance. Ne mettez pas un mot dans vos réponses 1 ne Ë qui tienne de la réprimande aigre et despotique. Vous e le ; aurez occasion dans toute la campagne de vous servir de res, ; toute votre modération. Et ce grand moutardier du Pape >ach 1 vous en donnera beaucoup de sujet... Employez les is, il mêmes expressions et laissez-moi faire les commentaires. que, : J'ai fait et je ferai les remarques convenables à M. le Daustiez À phin, à M. de Belleisle et autres ministres, et je toucheré- | rai bien les passages et noterai parfaitement bien cette par musique; j'en ferai remarquer les accords et les dissonnances. »
que, à Jusqu'au milieu de juin, les deux armées restèrent en nait repos. Ferdinand ne voulait pas engager les hostilités istre avant l'arrivée des premiers renforts anglais et l'incorndé- L poration des nouvelles recrues allemandes. Dans une s de lettre (2) au roi de Prusse consacrée presque entièrement à r les des protestations cou':e le rappel des dragons prussiens, il dit incidemment : « je compte de marcher en avant le
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F (1) Abbé de Broglie au duc, Paris, 30 mai 1760. Papiers de famille.
(2; Ferdinand à Frédérie, Wavern, 1% juin 1760. Westphalen, vol. IV, p. 290.
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8 ou 10 de ce mois (juin) pour m'approcher des corps détachés que j'ai aux environs de Marbourg et de Hirsch- | feld. »
|! Broglie mit à profit le répit que lui laissait son adver- | saire pour suggérer à Versailles une modification radicale | du plan d'invasion directe de la Hesse, élaboré de con- | cert avec la cour. Son mémoire (1) énumère les causes générales et locales, telles que : retard des récoltes, manque de fourrages secs, mortalité du bétail, qui re- ! tarderont l'entrée en pays ennemi jusqu’au 1% juillet. La pismière opératio: devra s'effectuer du côté de Hombourg; si la hgne de l’Ohm est forcée, l'ennemi se retirera sur celle de l'Eder où il sera à portée des gros ma- ; gasins de Cassel; il prendra sur la rive gauche de la À rivière, une excellente position dans laquelle il serait il / impossible de forcer un corps de 50.000 hommes, à
| ; . . , ; | plus forte raison, les 70.000 hommes dont l’armée con- | \| fédérée se compose. Le prince Ferdinand sera couvert
par les places de Munster à droite, Lippstadt et Hameln au centre, Cassel à gauche. « Nous ferons toujours l'arc pendant quil fera la corde. Depuis le 16 janvier que
1 . ’ “ + . ,. , j'ai envoyé à la Cour le projet de pénétrer par la Hesse, les choses ont bien changé de face; les ennemis ont aug- |
menté de beaucoup leurs armées; les Anglais ont triplé les troupes qu'ils y avaient ; les Hanovriens, Hessois et trou-
pes de Brunswick y ont fait des augmentations très con-
| Il | sidérables, et il est certain que l'armée est rétablie et com- AU lète, L'artill est très nombreuse; il y en a au moins th Î fl u « 1! A: { } € 1 , ht deux cents pièces de parc, sans compter deux par batail- 18 . . A . . à .
} lon; ainsi ce qi ut possible et faisable vis-à-vis de l'armée qu'avait l'année passée M. le prince Ferdinand peut devenir au moins très difficile à présent. » Pour la
(1) Mémoire et lettre Guerre, vol, 2554.
Broglie à Belleisle, 1°" juin 1760, Archives de la
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de la