BROGLIE PROPOSE LA MODIFICATION DU PLAN DE CAMPAGNE
double raison de considérations stratégiques et de manque de fourrages, Broglie se demande s’il n'y a pas lieu de changer la base d'opérations, d'agir par le pays de Marck et par conséquent d’y transférer le gros de l'armée. « C’est précisément le contraire de ce q'i a été fait l'année dernière. On devait opérer par le Bas-Rhin, les ennemis en étaient instruits et s'étaient disposés à s'y opposer, ce qui fit qu'ils furent surpris et qu'on pénétra sans obstacles jusqu’à Buren et Paderborn. Il est sûr que les ennemis savent notre projet cette année, et ils font ce qu'il fant pour nous en rendre l'exécution la plus difficile qu'il sera possible, en se portant aux e.trémités de la Hesse et prenant les mesures qui peuvent inciquer qu'ils veulent défendre l'Ohm. » Broglie compare 1es bénéfices et les inconvénients qu'offrent les deux lignes d’offensive et concluten se prononcant pour celle de la Marek. « II semble trois avantages à prendre ce parti. Le premier de pouvoir entrer près d'un mois plus tôt en campagne, le second de trouver occasion d'attaquer les ennemis avee moins de désavantage dans le pays de la Marck que dans les positions qu'ils prendraient en Hesse, et le troisième de profiter plus facilement des avantages qu'on pourrait remporter, le pays étant plus ouvert, et de commencer plus tôt le siège de Lippstadt, si le sort des armes nous était heueux, » ‘
Le projet fut envoyé à Belleisle et à l'abbé de Broglie. L'indiscrétion du ministre de la Guerre était proverbiale, aussi l'abbé lui recommande-t-il (1) le silence le plus absolu : « Si vous donnez communication des idées de mon neveu à X..., il vaudrait autant que vous le fissiez mettre dans la Gazette de Hollande, En ce cas, je dirais X.. sait mon secret, c’est un enfant qui ne pourra se taire. Faites comme il vous plaira, mais si j'étais à votre place, il ny
(1) Abbé de Broglie à Belleisle, 4 juin 1760. Papiers de famille.
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aurait que vous et le Roi qui liriez le mémoire et j'ordonnerais en conséquence. » Nous ignorons si l'excellent conseil fut suivi, toujours est-il que le nouveau plan d'opérations ne reçut pas un accueil favorable. Belleisle observa, non sans quelque sens (1), qu’il « était bien tard pour changer les dispositions prises au sujet des magasins et des approvisionnements de vivres et de fourrages, que l’armée rencontrerait des difficultés sérieuses pour le passage de la Roer et de la Lippe, que d’ailleurs Broglie était à même plus que personne de se rendre compte de la portée de ces objections, et qu'en conséquence, le Roi le laisse maitre absolu de prendre le parti qu’il propose ou tel autre qu'il jugera le plus praticable ». Pour le cas de l'adoption du programme modifié, Belleisle conseille d'élever à 40.000 hommes l'effectif du corps laissé sur le Mein, d'en donner le commandement à Saint-Germain, et termine sa dépêche par des réserves : « Vous ne devez prendre ce que je viens vous dire que comme de simples observations de bons et fidèles serviteurs du Roï qui savent bien qu'à Versailles on ne peut voir aussi bien que le général sur qui la besogne roule, et qui est sur les lieux. » On ne saurait tenir un langage plus sage.
Malgré la liberté entière qui lui était ainsi octroyée. Broglie répondit (4) qh'en présence de l'opposition &vl dente du conseil du Roi, il renoneait à toute modilication du plan primitif. Il à un mot aimable pour Saint-Ger main : « Je crois que M. de Saint-Germain fera bien partout où on le mettra et je voudrais pouvoir la voir en plusieurs endroils à la fois. » Constaloiis que soit effet des exhortations de son oncle, soit crainte de démélés qui eussent nui au succès des opérations. dans sa correspondance avec son subordonné, le ma-
(1) Belleisle à Broglie, 6 juin 1760, Archives de la Guerre. 2) Broglie à Belleisle, 10 juin 1760. Archives de la Guerre, vol. 3555.
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