CORRESPONDANCE DE BROGLIE AVEC SAINT-GERMAIN
tait de le voir à Dortmund et maitre de la Roer; aujourd’hui, il lui demande de se porter sur Lippstadt. « Il n'est pas possible de concilier autant de variations, et qui sont si peu combinées, sans connaissance de la position des ennemis, des mouvements continuels qu'ils font, de la raison des subsistances. Nul homme ne peut commander despotiquement un corps d'armée à quarante ou cinquante lieues de lui. La marche que l’on m'a forcé de faire, et la position que l’on m'a fait prendre ne mènent à rien, mais au contraire seraient très dangereuses si je n'avais pas la supériorité, et malgré cette supériorité, je crains bien d'être forcé dans peu de retourner sur le Rhin, et de recommencer par où j'aurai dû le faire d’abord. » Un pas en avant de Spôürcken peut l'obliger à se replier sur Essen. « Je vois avec douleur, conclut-il, plus pour l’honneur des armes du Roy que pour moi, que je suis condamné à faire une malheureuse et inutile campagne. » En lisant ces extraits, l’on devine que Saint-Germain, beaucoup plus préoccupé de son rôle particulier que de l’ensemble des opérations, n'avait pas renoncé au débouché par Wesel. A une lettre dans laquelle le commandant de la réserve avait exposé les mêmes objections qu’au ministre, Broglie réplique d’une façon péremptoire (1) : Sans doute il a indiqué à son correspondant comme premiers objectifs, de ne pas s'éloigner de la Roer et de créer un établissement solide à Dortmund : « Mais je pense que vous n'avez jamais pu imaginer que mon objet se bornât là, et puisque je vous recommandais de prendre un point d'appui fixe à Dortmund qui vous mit en état de vous y retirer à tout événement, il est clair que je comptais que vous en sortiriez pour agir, car on n’a pas besoin de se retirer dans un poste lorsqu'on n’en est pas sorti. Il en est de même de ce que je vous ai mandé que, pourvu que
(1) Broglie à Saint-Germain, Neustadt, 28 juin 1760. Archives de la Guerre.
vous ne vous éloignassiez pas de la Roer, vous établissiez votre communication pour tirer vos convois de Dusseldorf, mon objet serait rempli. Il est sûr qu’il l’a été pour le premier moment et qu'il fallait commencer par là, mais je ne pense pas que vous ayez pu imaginer un instant que je bornasse là mes vœux pour la campagne. Le 24, lorsque j'étais derrière l’'Ohm, tous mes souhaits tendaient à la passer heureusement avec l'armée et à y prendre un poste qui pût me mettre à l'abri de recevoir un échec. Ensuite, j'ai désiré de faire repasser la Schwalm à l'ennemi; hier, j'ai marché pour tâcter de la lui faire quitter, et dès qu'il l'aura abandonnée, je souhaiterai d’être derrière l’Eder, et je travaillerai à y arriver. Il en doit être de même de vous, Monsieur; vous savez le but principal où vous devez tendre, et sans vouloir entrer en discussion des forces que l’ennemi a devant vous, je crois que vous ne pensez pas qu’il vous soit supérieur. Cela étant et accordant même qu'il vous soit égal en forces, c’est à vos manœuvres à l’obliger de prendre la direction que vous penserez vous être la plus favorable pour remplir votre principal objet qui est de chercher à vous mettre à portée de me joindre, et de me faciliter les moyens d'obliger le prince Ferdinand d'abandonner l'Eder. Quant aux moyens, c’est à vous de les prendre, et je sais que vous en êtes très capable. »
Le 29, autre dépêche plus explicite (1) : Broglie vient d'apprendre qu'un détachement de 8.000 ho11mes, tiré de Westphalie, a rejoint le prince Ferdinand le 26; il n'y a donc pas de temps à perdre : « Pour ne vous laisser aucun doute sur ce que je demande de vous, voici quelles sont mes intentions : que vous partiez, s’il se peut, le lendemain que vous aurez recu ma lettre et au plus tard le surlendemain, et que par des marches de six lieues
(1) Broglie à Saint-Germain, Neustadt, 29 juin 1760. Archives de la Guerre.
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