SAINT-GERMAIN DEMANDE SON RAPPEL
au moins, vous vous rendiez sur Ruden et Brillon et même Corbach. » Saint-Germain devra se faire précéder par les troupes légères et pourra laisser 10.000 hommes pour garder le débouché de Westoffen et assurer ses derrières. « Si nous faisons notre jonction, le prince Ferdinand est perdu et pendant que je le contiendrai dans le parti qu'il prendra, vous prendrez Lippstadt et Munster; après quoi, nous pourrons le forcer à repasser le Weser. »
Malgré le compliment de la fin, l'argumentation sarcastique du général en chef jeta Saint-Germain hors des gonds. Il oublia toute mesure et mit les torts de son côté : « J'ai fait, répliqua-t-il, jusqu'ici (1)tout ce que j'ai pu pour exécuter ponctuellement vos ordres et pour m'accoutumer au style amcr, ironique ei piein de mépris qui caractérise toutes vos lettres. Quant au premier article, je n'ai rien à me reprocher du côté de la volonté et de l’activité et je suis en état de le prouver ? toute la terre. Quant au second, j'y ai travaillé en vain, cela est plus fort que moi, et je n’y réussirai pas; j'éprouve d’ailleurs depuis longtemps que cela porte sur la personne. Je pense, Monseigneur, d’après cela, qu'il serait très contraire au bien du service du Roi, qu'une réserve telle que celle-ci füt aux ordres d’un général odieux à celui qui commande l'armér et, en conséquence, j'écris à la cour pour demander mon rappel; si vous vouliez m’accorder de me retirer, cela serait plus prompt et les chose: n’en iraïent que mieux. En attendant les ordres de la cour ou les vôtres, je ferai de mon mieux et je n'ai pas besoin pour cela d’être aiguillonné, mais je ne ferai jamais l’impossible quelque volonté que j'aie de bien servir le Roi et de contribuer à vos succès. » Le reste de la dépèche a trait
(1) Saint-Germain à Broglie, Dortmund, 1° juillet 1760. Archives de la Guerre, vol. 3556.
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aux mouvements de son corps : « Je compte de pouvoir faire partir d'ici le # une brigade d'infanterie et quelques dragons pour aller occuper Arensperg et je pourrai la suivre le 8 ou le 9, si les subsistances, comme je l'espère, peuvent arriver; je fais tous les efforts possibles pour en ramasser le plus qu'il se pourra et nous marcherons en caravane; si les ennemis restent à peu près où ils sont, il n’est plus question de soutenir la communication avec Dusseldorf, mais comme je compte de pouvoir m'approvisionner pou: un temps, j'aurai celui de faire venir de Cologne et d'établir une communication avec cette vi'ie autant qu'ilse pourra. » Au ministre de la Guerre, Saint- Germain confirme et motive sa démission (1) : « Je ne puis regarde: M. le maréchal de Broglie que comme le plus mortel ennemi que j'aie jamais eu; c’est en conségence et plus pour le bien du service du Roi que pour moi que je prendslalil erté de vous demander mon rappel avec la plus vive instance. Jusqu'à ce que je reçoive vos ordres, Monseigneur, je ferai de mon mieux, mais tout sera mal aux yeux de M. le Maréchal duc de Broglie, puisque ce qu’il a eu la bonté d'approuver un jour, il le condamne deux jours après. J'avoue, Monseigneur, ingénument que la commission que l’on me donne de me porter rapidement sur Corbach me fait trembler. »
Suit un tableau pessimiste des périls qu'il courra, des difficultés de transports, de la pauvreté du pays et du manque de vivres qui en résultera. La conclusion est du noir le plus foncé : « Le danger d'aller flairer un ennemi avec des troupes harassées et peut-être mortes de faim, l'éloignement de tout point d'appui, l'incertitude de pouvoir être secouru par l’armée, tout cela ne présente pas des points de vue agréables. »
(1) Saint-Germain à Belleisle, Dortmund, 2 juillet 1760. Archives de la Guerre, vol, 3556.
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