‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 93 sur 332 · DU MUY REMPLACE SAINT-GERMAIN · texte numérisé non relu

DU MUY REMPLACE SAINT-GERMAIN

réparer, J'ai attendu quatre jours pour vous donner le temps de faire vos réflexions là-dessus, et je désirais avec l’empressement le plus grand et le plus sincère que, revenu de l'humeur qui vous avait dicté la première démarche, vous voulussiez me mettre dans le cas d'espérer qu'il n'en serait plus question, et recommencer avec vous le commerce de confiance que j'ai toujours eu pour objet d'établir avec vous. Mais ayant pris le parti de renvoyer le courrier à M. le maréchal de Belleisle sans m'avoir parlé, et ïes lettres que j'ai reçues de vous depuis étant pleines du mème esprit qui avait dicté les premières, je me vois obligé bien malgré moi d’user de la permission que le Roi m'en a donné, en vous envoyant un passeport pour retourner en France. » Broglie terminait en exprimant ses regrets « d’avoir été réduit à une pareille démarche » et déclarait qu'il ne s’y serait « jamais résolu sans la nécessité absolue dont elle est pour le service de Sa Majesté ».

Saint-Germain répondit par un simple accusé de réception, quitta son quartier général de bonne heure le lendemain et se retira aux eaux d’Aix-la-Chapelle où il fit une cure de plusieurs mois. Belleisle, Duverney et Cremille mirent tout en œuvre pour le retenir au service du Roi; il y eut de longs pourparlers; Cremille fit le voyage d’Aix-la-Chapelle pour s’entretenir avec lui; mais soit que les offres ne lui parussent pas en rapport avec sr, prétentions, soit que l'opposition des amis de Broglie à une rentrée en faveur fût trop puissante, la négociation n'aboutit pas, et Saint-Germain, las d'attendre, accepta le commandement de l’armée danoise, et renonça à toutes ses fonctions et distinctions françaises. IL fut vivement regretté dans son entourage; à en croire Doreil, que nous avons connu au Canada et qui remplissait l'emploi de commissaire des guerres de la réserve, si son départ n'avait pas eu lieu pendant la nuit, il y aurait

eu des démonstra‘ions de la part de l'officier et du soldat. « Vous ne pouvez jamais vous imaginer, écrit-il à Belleisle (1), jusqu’à quel point était la confiance et l'amour des officiers et des troupes pour M. de Saint-Germain et combien il mérite ces sentiments, avec les plus grands talents d'un général, doux, humain, poli, prévenant, probité, droiture, vérité, toujours égal, la tête la plus froide que j'aie jamais vue et aussi froide au combat que dans son cabinet; il réunit toutes les vertus. » Castries s’exprime sur le même ton (2) : «Il avait acquis notre confiance; toutes les troupes se croyaient en sûreté avec lui et nous étions sûrs d'apprendre notre métier sous ses ordres. »

Nous épr.uvons quelque peine à comprendre ces appréciations enthousiastes ; nous avons suivi Sa‘nt-Germain dans les campagnes d'Allemagne, depuis la batailie de Rosbach jusqu'au combat de Corbach; pendant cette période il exerça des commandements importants; sur le terrain, notamment à Crefeld, il montra du coup d'œil et sut tirer bon parti de sa division, mais sa capacité, selon nous, ne s'éleva pas au degré supérieur. Au point de vue stratégique, la prudence dégénérant en timidité, la crainte perpétuelle d'être tourné ou ceupé, la superstition de la supériorité numérique de l'ennemi, l’exagération des difficultés d'approvisionnement, se reproduisent trop souvent dans l'action militaire de Saint-Germain pour que nous puissions nous «ssocier aux éloges que lui décernaicnt ses admirateurs et qu'il acceptai! si volontiers quand il ne les revendiquait pas.

Pour en finir avec l'incident Saint-Germain, disons tout d'abord que Broglie rendit compte à Louis XV de sa conduite dans une lettre qui ne iait que répéter les explica-

(1) Doreil à Belleisle, Canstein, 20 juillet 1760. Archives de la Guerre. (2) Castries à Belleisle, Canstein, 21 juillet 1760. Archives de la Guerre,

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