MONTALEMBERT AU QUARTIER GÉNÉRAL RUSSE
pendant deux semaines, sous la réserve que les Autrichiens lui fourniraient une partie de l’avoine et des fourrages dont sa cavalerie aurait besoin. A la suite de cet entretien, les deux généraux firent part à leurs subordonnés de leur accord sur les opérations relatives à l’entreprise sur Dresde, et à l'invasion de la Silésie: puis, après un repas magnifique, on se sépara et chacun retourna à son quartier général.
A la cour de Vienne, si l’on doit se fier à l'affirmation de Choiseul, on se montra peu satisfait de l'entente de Guben : « Ce qu'il y a de plaisant, écrit l'ambassadeur (1), c'est qu'après avoir donné deux batailles malgré eux (comme M. de Soltikoff l’a avoué lui-même), ils (les Russes) ne veulent pas poursuivre leurs avantages et marcher à Berlin de peur d’en donner une troisième qu’ils n'auraient sûrement pas, parce que le Roi de Prusse n’est pas en état de la leur livrer, et ils préfèrent d'aller en Silésie où ils auront probablement cette troisième bataille qu’ils veulent éviter, car on ne prendra ni Glogau ni Neisse sans avoir défait l’armée du prince Henri. »
Sur ces sntrefaites, survint Montalembert qui avait été retenu à Varsovie et à Saint-Pétersbourg; il eut avec Soltikoff et avec Daun, auprès duquel il se rendit sous couleur d’une visite à Montazet, des conversations fort intéressantes, dont il rendit compte (2) quelques jours plus tard à Belleisle : « J'ai trouvé en arrivaat les Russes accablés du poids de cette guerre; le comte de Soltikof m'a répété ce que je me suis aperçu qu'il disait à tout le monde : Que l’armée russe en avait assez fait, que, si le maréchal Daun n'avait pas en vue de les sacrifier totalement, il ne devait faire aucune difficulté de suivre le roi de Prusse,
(1) Comte de Choiseul au Duc, 27 août 1759. Affaires Étrangères, Autriche. (2) Montalembert à Belleisle. Lieberose, 31 août 1759. Arch. de la Guerre 3521,
et que c'était à lui avec ses troupes fraiches à achever une besogne si bien commencée; que pour lui il était prêt à le soutenir, et à combattre encore une fois si le maréchal se trouvait dans une position où son secours fût nécessaire ; qu'en attendant il était résolu de donner du repos à son armée, qu'il marcherait sur Guben, que de là il se ‘approcherait de l'Oder pour tirer plus facilement ses subsistances de Posen; et qu’enfin il était décidé à conserver le reste de ces braves gens qui avaient si bien combattu à ”altzig et à Francfort. Je lui aï inutilement représenté qu'en ne suivant pas plus loin le roi de Prusse, il laissait cueillir aux Autrichiens le fruit de ses victoires; il m'a répondu qu'il n’en était point jaloux et qu’il leur souhaitait de tout son cœur les plus grands succès, qu'il en avait assez fait. Je me suis aperçu à Pétersbourg, mais bien plus distinctement à cette armée, que tout ce qui est russe est intimement persuadé que la cour de Vienne se soucie fort peu de les ménager, et que son intention est de leur faire supporter tout le poids de cette guerre. Ils sont devenus fort avantageux depuis leurs victoires et parlent des Autrichiens en termes peu convenables. »
Des idées de Soltikoff, le Français passe à celles de Daun, qui semble avoir produit sur lui une impression bien plus favorable que son collègue : « Il (Daun) m’a expliqué ses vues et j'ai reconnu toute l'étendue de sa prudence dans le peu de cas qu'il m'a paru faire d'une marche sur le roi de Prusse et sur Berlin. Ce général suppose qu'elle serait insutfisante pour accabler ce prince, qu'elle l’éloignerait trop de la Silésie, qu'il peut plus sûrement délivrer la Saxe en restant dans la position où il est, que le roi de Prusse ne peut rien détacher pour la Saxe, qu'il ne peut rien entreprendre contre les Russes et qu'enfin le prince Henri sera forcé de rester dans l’inaction en Silésie sur la Bober, et que lorsque la prise de Dresde aura assuré la conquête de la Saxe, il marchera avec les Russes en Silésie
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