‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 102 sur 303 · MONTALEMBERT SOUTIENT LES PROJETS DE DAUN · texte numérisé non relu

MONTALEMBERT SOUTIENT LES PROJETS DE DAUN

assez tôt pour y pouvoir encore faire un siège considérable. »

A ce plan qui reposait sur l'inaction du prince Henri, aussi bien que sur celle du Roi, Montalembert fit quelques sbjections inspirées par la crainte « que l’un ou l’autre ne .nte encore une fois le sort des armes pour se tirer de la crise où il se trouve et pour parer les grands coups qu'ils sentent qu'on va leur portez. Le maréchal m'ayant paru tranquille à cet égard, » la conversation passa à d’autres sujets... « Le maréchal m'informa de plus, ajoute Montalembert, qu'il avait obtenu du comte de Soltikoff dans son entrevue, qu’il resterait en decà de l’Oder, lui ayant offert de fournir à son armée le pain et les fourrages qui lui se- ‘aient nécessaires, et qu'après la prise de Dresde, ils marcheraient ensemble en Silésie où les Russes prendraient des quartiers d'hiver, si le siège de Neisse qu'il avait en vue pouvait réussir, Il m'a fort recommandé d'entretenir le comte de Soltikoff dans ces sentiments, mais malgré les présents dont le général en chef et plusieurs autres généraux ont été gratifies, je vois régner beaucoup d'incertitude dans tous les esprits, et même dans celui du général qui n’est point d’un caractère à conserver la même résolution un certain temps de suite. On parle quelquefois d’aller attaquer le roi de Prusse, quelquefois de se retirer pour se procurer des subsistances qui manquent; nous avons marché le 28, le 29 et le 30 pour subsister plus commodément à ce qu’on dit. Enfin, je crains fort que la temporisation nécessaire au projet du maréchal Daun ne soit un obstacle à sa réussite, par la difficulté de placer les Russes et de les faire demeurer où il faudrait qu'il fussent. » Montalembert avait bien jugé son homme : Soltikoft ne laissait pas d’être inquiet du voisinage de Frédéric dont l’armée se reconstituait à vue d'œil; il pensait, non sans raison, qu'il y aurait tout avantage à ne pas ajourner une rencontre qui lui paraisstit inévitable ; il avait même pro-

posé à Daun (1) une attaque combinée contre les forces royales. Nous verrons plus loin l’acquiescement tardif que donna l’Autrichien à ce projet, qui n'avait qu'un tort, celui d'être en contradiction avec le programme arrèté à Guben.

Pendant qu'on discutait les opérations de l'avenir, un motif d'actualité, le défaut de fourrages dont on ne pouvait plus se fournir dans un pays épuisé, obligea les Russes à changer leurs cantonnements. L'armée quitta le camp de Lassow, qu'elle avait occupé Cepuis le 16, et se rendit par Grunau à Lieberose, où elle arriva le 30. Par cette marche, Soltikoff se rapprocha de Daun d'environ 30 kilomètres. Frédéric suivit aussitôt ses adversaires, traversa la Sprée à Bretschen, et vint camper à Weldau entre Lubbau et Lieberose; dans ce nouveau poste qui se trouve à égale distance de Berlin et de Torgau, l'inconvénient d'être complètement coupé de la Silésie était compensé par l'avantage de conserver les communications avec la capitale et d’être plus à portée de la Saxe.

Les armées de Soltikoff et de Daun (2), à #5 kilomètres l’une de l’autre, interposaient une masse de plus de 90.000 hommes entre les 33.000 qui restaient au Roi (3) et les 35.000 dont disposait le prince Henri. Leurs chefs ne surent profiter ni de leur position centrale ni de leur supériorité; ils ne bougèrent pas jusqu'au 14 septembre.

Ainsiqu'on l’a vu par la correspondance des attachés francais, la double préoccupation de Daun était d'empêcher Frédéric d'envoyer des secours en Saxe et de s'opposer à sa jonction avec le prince Henri. La suite nous apprendra que ni l’un ni l’autre de ces objectifs ne fut atteint. Quant à prendre l'offensive contre l’armée royale, à achever l’œuvre

(1) Soltikoff à Daun. Lassow, 26 août 1759. Trotha, p. 56. (2) Daun, d'après Montazet, avait 50.000 hommes, sans compter le corps d'Hadick. Soltikoff et Laudon en avaient certainement plus de 40.000.

(3) Frédéric à Henri, Furstenwalde, 21 août 1759. Correspondance politique, XVIII, p. 497.

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