MOUVEMENT DU PRINCE HENAI
à la direction prise par les Russes, sur les intentions réelles des alliés : « Les Russes et les Autrichiens, écrit-il (1), ont tourné du côté de la Lusace. Vous vous imaginez que mon étonnement n'en doit point être médiocre, d'autant plus que pendant que je croyais qu'ils marcheraient à Berlin, ils prennent un parti tout contraire, » Deux jours après, arrive une dépêche du prince Henri, la première depuis la bataille. « J'ai reçu votre billet du 25, lui répond le Roi (2), et je vous annonce le miracle de la maison de Brandebourg. Dans le temps que l'ennemi avait passé l'Oder, et qu’en hasardant une seconde bataille, il pouvait finir la guerre, il est marché de Müllrose à Lieberose », Privé pendant plus de quinze jours de communications avec le Roi, le prince Henri, qui commandait l’armée de Silésie depuis la fin de juillet, n'avait pas quitté le camp de Schmottseifen ; enfin, dans les derniers jours d'août, il essaya de se rapprocher de son frère, \ cet effet, il prit position à Sagan le 29 août, avec une avant-garde sous Lieten à Sorau; ce détachement compris, il avait sous ses ordres 30 bataillons et 60 escadrons, soit un peu plus de 30.000 hommes d'excellentes troupes. Trompé par ce mouvement, baun s’imagina que le prince Henri allait franchir le Bober et, pour le prévenir, porta son armée de Triebel à Muskau, s’éloignant ainsi des Russes; puis sur l'avis que Sorau n'était oceupé que par la division de Zieten, il poussa jusqu’à cette ville que les Prussiens évacuèrent juste à temps, et y établit son quartier général le 3 septembre. Une lettre de Montazet, datée de Sorau (3), nous met au courant de la situation : « Nous voilà donc assemblés ici,
(1) Frédéric à Finckenstein. Borne, 30 août 1759. Correspondance politique, XVI, p. 509.
(2) Frédéric à Henri. Waldow, 1° septembre 1759, Correspondance politique, XNIE, p. 510.
(3) Montazet à Belleisle. Sorau, 3 septembre 1759. Archives de la Guerre, GUERRE DE SEPT ANS. — T. IL. 13
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je ne sais trop ce que nous alons y faire, M. le maréchaï ayant deux objets qui ne s'accordent nullement à mon avis, le premier de ménager les Russes, et le second de faire la guerre. J'ai pris la liberté de lui dire que, moyennant cela, nous ne ferions rien du tout, puisque les Russes ne chercheni que des prétextes pour s'en retourner, et qu'ils n'ont que cet unique objet. Aussi voit-ou :e qui résulte des heureuses dispositions. Le roi de Prusse les nargue au point qu'il est venu se camper à Lubes, après avoir détaché 8 à 10.000 hommes pour aller reprendre la Saxe, et n’en ayant certainement pas plus de 30.000 avec lui, tandis que les Russes et les Autrichiens, rassemblés à Lieberose, composent une armée de 69.000 hommes pour le moins. N'est-ce pas incroyable, et après de tels faits peut-on se flatter de détruire cet ennemi aussitôt qu'on le pense? : On venait d'apprendre la prise de Torgau par l’armée des Cercles et l'incendie des faubourgs de Dresde : « J'ai grande peur que le résultat de iout ceci ne soit la seule destruction de la Saxe, les Russes ne voulant aller ni en avant, ni être séparés pour ainsi dire des Autrichiens. Ces derniers d'un autre côté n’osent les contredire, espérant toujours de les mener en Silésie; mais je parierais 4 bien que les Russes manqueront à tous leurs engagements qu'ils ont pris et que la scène finira par un procès entre les deux généraux. La pauvre Saxe sera donc la victime de tout, et les deux batailles que les Russes ont gagnées ne serviront qu'à nous couvrir de honte, et à avoir fit égorger 50.000 hommes pour rien; en vérité c’est par trop mal faire ia guerre, et le roi de Prusse a bien raison d’être aussi confiant... Pour moi je sèche sur mes pieäs, car j'ai beau faire des vœux et des plans, j'en suis toujours pour mes peines; et ce qui m'aïflige le plus, est qu'il est bien difficil, que cela soit autrement ». À Aussitôt qu'il fut visé du commencement des opérations contre Dresde, Daun fit marcher, non sans quelques objec-
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