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DISLOCATION DES AUSTRO-RUSSES

ne cherche point à dégoûter les Autrichiens dans la vue de s’en séparer pour être plus libre. Ils ont des desseins sur Dantzig, qui pourraient bien traverser à l'avenir toute autre entreprise. »

D'après Cogniazzo (1) qui servait sous les ordres de Laudon, celui-ci aurait eu d'excellents rapports personnels avec les généraux russes, à l'exception de Fermor et de sa coterie, mais n'aurait pu surmonter une opposition qui était raisonnée et voulue. Il obtint néanmoins de Soltikoff un second sursis de quelques jours; sur l’avis que le roi de Prusse avait repassé l'Oder, l’armée russe qui avait déjà franchi la frontière polonaise le 26 octobre, prolorgea son séjour sur les confins de la Silésie jusqu’à la fin du mois. Mais ce délai expiré (2), et à la suite d’une nouvelle décision en conseil de guerre, les Russes reprirent le chemin de leurs quartiers d'hiver habituels, derrière la Vistule, et force fut aux Autrichiens de Laudon, peu soucieux de s’éloigner de leur pays, de regagner la Moravie par Czenstochow et Cracovie, après une longue marche à travers la Pologne qui leur coûta beaucoup de monde en déserteurs, trainards et malades.

Frédéric n'avait pas attendu la dislocation des alliés pour envoyer au secours de la Saxe; il prit ses dispositions pour diviser ses troupes en deux fractions, dont l’une sous les ordres de Hulsen, forte de 14.000 hommes, fit route pour Torgau, emmenant avec elle un parc de 30 pièces et un équipage de pontons, dont l’autre, provisoirement chargée de surveiller le corps de Laudon, fut mise à la disposition de Fouqué pour la défense de la Silésie. Le Roi, très malade d’une attaque de goutte, ne put accompagner ses soldats et dut remettre son départ au 7 novem-

(1) Geständnisse eines üstreichischen Velerans, vol. HE, p. 107 et sui-

vantes.

(2) Montalembert au duc de Choiseul. Kawitz, 30 octobre 1759. Affaires

Etrangères. Russie.

bre. « Je partirai d'ici après-demain, écrit-il à son frère (1), et j'aime mieux me rendre estropié et boiteux à mon devoir que d’y manquer... Je me souviens de Philippe Il auquel ses généraux écrivaient de ne point venir dans l'armée comme un bagage à charge, 'nais pour y être utile. Je mène au moins un renfort avec moi, pour que personne n'ait à se plaindre. »

Ainsi s'acheva cette campagne de 1759 où le soldat russe se montra admirable de résistance, de ténacité et de bravoure, et leur général si inférieur à sa tâche, Deux victoires décisives, des hécatombes de morts et de blessés, une supériorité marquée acquise aux alliés, aboutirent à une fin piteuse, où nous voyons le vaincu dicter la loi au vainqueur, et tenir en échec une armée de 60.000 hommes, avec des troupes de moitié moins fortes, et composées de ce qu'il y avait de pire dans les rangs prussiens. De ce lamentable effondrement, sur qui faut-il faire peser la responsabilité? Il est difficile de se prononcer à cet égard. Si Daun, à plusieurs reprises, manqua de résolution et d'initiative, il est juste de reconnaitre qu'il ne fut guère secondé par ses lieutenants; partagé entre le désir de recouvrer la Saxe et de s'emparer des places de l’Oder, il ne sut ni prendre parti en temps utile, ni déployer, dans ses rapports avec les Russes, la volonté et le doigté nécessaire spour les entrainer à une action efficace.

L’ambassadeur francais reflète bien l'opinion de la Cour de Vienne sur le compte de Daun quand il plaide (2) en sa faveur les circonstances atténuantes : « Ce malheureux homme a été toute la campagne dans une dépendance absolue des Russes, n’osant faire aucun mouvement sans leur consentement qu'ils ne donnaient jamais, ayant sans cesse

(1) Frédéric à Henri. Glogau, 5 novembre 1759. Correspondance politique, XVII, p. 622.

(2) Com:e de Choiseul au Duc, 6 octobre 1759. Affaires Étrangères. Autriche.

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