CAPITULATION DE DRESDE
prévoir une résistance opiniâtre. Il n’en fut rien; depuis quelques jours, le gouverneur avait en mains la dépèche (1), rédigée le surlendemain de Kunersdorf, dans laquelle le Roi le prévenait de l'impossibilité de le secourir et l’autorisait, en cas de nécessité, à rendre la ville sous réserve de pouvoir emmener sa garnison et enlever « les canons, approvisionnements, caisses et possessions autres du Roi. » De son côté, Deux-Ponts, qui venait d’apprendre j’apparition de la division prussienr.e de Wunsch aux environs de Torgau et la reprise de cette place et de celle de Wittenberg, avait hâte de conclure. Dans ces conditions, on se mit vite d'accord sur les termes de la capitulation, qui fut arrêtée le 4 septembre, à neuf heures du soir. En signant un arrangement (2) qui laissait à son souverain non seulement 6.000 hommes de troupes, mais un trésor de 5.600.000 thalers, des effets nombreux &’habillement, un équipage de pontons et une quantité considérable de vivres, Schmettau croyait s'être bien acquitté de son devoir; il fut détrompé le lendemain par l’avis de l’approche de Wansch et par une lettre de Frédéric. « Vous ne sauriez me rendre, lui écrivait le monarque (3), de service plus important dans la crise présente, qu’en vous conservant dans la ville de Dresde. Les choses changeront probablement un peu de face, et vous devez vous attendre à recevoir en peu et peut-être en quelques jours du secours du côté de Torgau...., Conservez-nous Dresde et servezvous à cette fin de tous les moyens, quels qu'ils soient, que vous pourrez mettre en usage. »
D'après Schmettau (#), dont le dire est confirmé par le
(1) Frédéric à Schmettau. Reitwein, 14 août 1759. Correspondance politique, XVIII, p. 483.
(2) Schüning. Der Siebenjährige Kricg, vol. IE, p. 148.
(3) Frédéric à Schmettau. Fürstenwalde, 25 août 1759. Correspondance politique, XVIII, p. 501.
(4) Schmettau à Frédéric, Gross-Dobritz, 9 septembre 1759, Correspondance politique, XVII, p. 529.
témoignage de Marainville (1), attaché français auprès de Deux-Ponts, la dépêche royale ne lui aurait été remise que le 5 septembre au matin. Quant à Wunsch, qui n'avait que 5.000 à 6.000 hommes, il est plus que douteux qu'il eût pu effectuer quelque chose contre les 28.000 assiégeants; en fait, son intervention se borna à un combat d’avant-postes dans lequel chacun des partis s’attribua l’avantage et à la suite duquel le général prussien, avisé de la capitulation, se retira dans la direction de Torgau. A l'occasion de l'occupation des portes par les Autrichiens, ‘il y eut du désordre; un officier prussien, le colonel Hoifman, pris de boisson, voulut s’y opposer et insulta l’officier et les soldats de garde; il s'en suivit une bagarre dans laquelle il fut tué. Lors du défilé de la garnison, qui eut lieu le 8, la désertion (2) se fit sur une grande échelle : « 2.000 hommes, la plupart Saxons, avec des Autrichiens, Russes, Suédois, tous engagés forcés après avoir été pris, abandonnèrent leurs drapeaux. » Enfin, les vainqueurs furent accusés d’avoir violé la convention en retenant une partie des pontons. Le 9 septembre, le corps de Hadick, fort de neuf régiments d'infanterie et cinq de cavaler'e, rallia l’«rmée de Deux-Ponts; le même jour, Finck et scs 10.000 hommes, que Frédéric avait détachés de son camp de Waldow avec la double mission d'empêcher la jenction de Hadick et de secourir Schmettau, entrèrent à Grossenhain. Informés de la prise de Dresde, ils continuèrent leur marche sur Torgau, où ils s’unirent au détachement de Wunsch.
Ce brigadier, qui ne disposait que d'éléments disparates, bataillons francs, renfurts venus de Poméranie, troupes de forteresse ramassées en route, avait fait merveille. A
(1) Marainville à Belleisle. devant Dresde, 5 septembre 1759. Archives Guerre, 3522.
(2) Rutan à Belleisle, Dresde, 10 septembre 1759. Archives Guerre, 3522.