SUCCÈS DE WUNSCH CONTRE LES IMPÉRIAUX
peine de retour de sa course sur Dresde, il attaque Saint- André qui, avec 10.000 hommes des Cercles, faisait mine de reprendre Torgau; quoique bien inférieur en force, Wunsch battit les Impériaux, leur fit 300 prisonniers et leur enleva huit pièces de canors et tout leur campement. A la suite de cet échec, les régiments de Saint-André qui avaient perdu leurs tentes furent appelés à Dresde, où ils formèrent le fond de la garnison. Leipzig, abandonné à son sort, retomba entre les mains des Prussiens; puis Finck et Wansch, qui avaient réuni leurs troupes, s’avancèrent par Dôbeln dans la direction de Dresde; ils trouvèrent sur leur
chemin Hadick qui, appuyé par une partie des Impériaux
de Deux-Ponts était allé à leur rencontre. Les Prussiens rétrogradèrent sur Meissen où ils occupèrent une forte position, la gauche à l’Elbe, le front couvert par la vallée encaissée de la Triebsche ; Hadick les y suivit et essava de les tourner. Le 21 septembre eut lieu un combat chaleureusement disputé où chacun revendiqua la victoire et à l'issue duquel les deux adversaires réintégrèrent leurs cantonnements antérieurs.
Dans les derniers jours du mois, deux nouveaux généraux parurent sur la scène en les personnes du maréchal Daun et du prince Henri. Ce dernier, on se le rappelle, dans l'espoir de venir en aide au Roi, avait marché de Schmottseifen, qui était depuis longtemps }e quartier général, sur Sagan, où il était parvenu le 28 août. Là, il se rendit compte de l'impossibilité de percer la barrière que lui opposaient les armées russe et autrichienne, et résolut de faire sur les frontières de Bohème une diversion dont il se promettait un bon résultat. En conséquence, il se mit en route le 5 septembre, remonta la rive droite du Bober jusqu’à Bunzlau, et le lendemain à Kunzendorf. De là, il euvoya Zieten et Stutterheim détruire les magasins autrichiens à Friedland et Zittau; la première expédition eut un plein succès, la seconde échoua devant la résistance éner-
gique de la petite gurnison impériale. Le général autrichien De Ville, chargé de protéger le ravitaillement de l’armée de Daun, s'était porté à Gürlitz où il avait trouvé la division Beck que le maréchal lui avait expédiée, Quoique depuis ce renfort il eût sous ses ordres une vingtaine de mille hommes, il se laissa intimider par l’arrivée du prince Henri et par une démonstration de ce dernier dans la direction de Bautzen; dans la nuit du 10 au 11 septembre (1), il évacua Gürlitz, gagna Bautzen par une marche forcée et avisa Daun du parti qu’il venait de prendre.
De Ville, en abandonnant Gürlitz, livrait à la merci de l'ennemi la ligne d’approvisionnement des Autrichiens et lui ouvrait l'accès de la Bohème; aussi son recul eut-il une influence considérable sur la suite de la campagne. Daun, qui reçut la nouvelle à Spremberg au début de son mouvement contre le Roi, dut renoncer à toute idée d'’offensive et se rendit rapidement à Bautzen où il fit sa jonction le 13 septembre avec le corps de Ville. La manœuvre du prince Henri avait atteint le but proposé : la grande armée autrichienne, définitivement séparée de celle des Russes, ne pourrait plus contribuer à un effort commun contre Frédéric, et celui-ci, débarrassé de toute crainte d'être pris entre deux feux, avait désormais les mains libres pour lutter contre les Austro-Russes de Soltikoff. A partir de ce moment, les opérations, jusqu'alors confondues, se poursuivront sur deux terrains distincts : celui de la Saxe et celui de la Silésie.
Avec quelque raison, Daun sut mauvais gré à son lieutenant de la faute commise, et De Ville n’échappa à une disgrâce officielle qu’en quittant l’armée sous prétexte de maladie. C’est à propos de cet incident que Montazet
(1) Montrozard à Belleisle, Bautzen, 11 septembre 1759, Archives de la Guerre, 3522.