LE PRINCE HENRI MARCHE SUR LA SAXE
A ce programme Frédéric donna son assentiment (1) : «Il faut que je vous dise, sans vous flatter, que j'ai trouvé tout son contenu admirable, et je suis parfaitement d'accord là-dessus avec vous. » Henri recut-il en temps utile l’autorisation de son frère, qui est datée du 23? Cela est douteux. Toujours est-il qu'il expédia ses bagages dans la journée et qu’il mit en mouvement ses troupes dans la soirée du même 23. Les étapes furent des plus pénibles, l'arrièregarde et le « charriage » ne rejoignirent que le 28 septembre, 24 heu*es après l'arrivée du gros à Hoyerswerda. Averti de la présence dans cette ville d’un détachement autrichien qui ne se gardait pas, Henri avait forcé de vitesse et pris ses dispositions pour le surprendre. Le succès fut complet; les Impériaux, attaqués sur les deux flancs, chargés de front par les cavaliers du colonel de Gersdorf, s’enfuirent laissant sur le champ de bataille plus de 300 des leurs et entre les mains des Prussiens leur général, Vehla, et environ 1.500 prisonniers. Ce fut par ies échappés de cette déroute que Daun apprit positivement dans quels parages se tenait le prince avec lequel, depuis son brusque départ, il avait perdu le contact. En effet, quand le maréchal, qui s'était avancé le 23 de Bautzen à Reichenbach, voulut reconnaitre le lendemain la position de l’adversaire, il l'avait trouvé déguerpi, et en attendant les informations de ses patrouilles, avait occupé les cantonnements de Gürlitz que les Prussiens venaient d’évacuer. Aussitôt fixé sur leur itinéraire, il se dirigea À marches forcées sur Dresde; le 29, il franchit l'Elbe et installa son quartier général à Kesseldorf, sur la rive gauche où il était à proximité de l’armée des Cercles. Il avait confié à Beck la garde des magasins de Lusace et de la frontière de Bohème, et. avait assuré la communication avec ce
(1) Frédéric à Henri, Suckow, 23 septembre 1759. Correspondance politique, XVII, p. 557.
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général par un détachement sous les ordres de Palfy à Bautzen.
Tout le mois d'octobre s'écoula en manœuvres entre Daun et le prince Henri, où ce dernier eut le dessus. De Hoyerswerda, il avait gagné Elsterwerda avec l'intention de passer l’Elbe et de se joindre à Finck, qui était campé entre Meissen et Dresde; faute d'un équipage de ponts suffisant, il dut faire le détour par Torgau et effectua la réunion le # octobre à Strehla, sur la rive gauche de l'Elbe. L'armée prussienne, concentrée sous ses ordres, comptait 53 bataillons et 103 escadrons, avec un effectif d'environ 40.000 combattants. De son côté, Daun, stimulé par les dépèches qu'il recevait de Vienne, s'était porté à sa rencontre ; il disposait de 6% bataillons et 75 escadrons, sans comprendre les irréguliers, soit d'une dizaine de mille hommes de plus que son adversaire. Le 6 octobre, les avant-postes des belligérants n'étaient séparés que par le ruisseau de Dellnitz. « Le maréchal Daun, écrit Henri (1), paroït avoir des vues sur la Saxe qu'il n’'abandonnera pas, je crois, à moins que la fortune nous seconde singulièrement. Il est venu se camper hier à un petit quart de mille de notre armée. Je ne crois pas que son dessein soit de nousattaquer ; cependant je suis prêt à tout événement et j'ai tout lieu d'espérer qu’il me seroit favorable. J'appréhende bien plus qu’il détache vers Leipzig , pour m'obliger à diviser mes forces ce qui me mettroit dans d'étranges embarras. »
Ce fut précisément le parti que choisit l’Autrichien; il fit des démonstrations sur Leipzig qui décidèrent le prince à envoyer successivement Rebentisch et Wunsch vers Torgau et finalement à rétrograder lui-même sur cette place : « Je doute, mande-t-il à son frère (2), à moins d'un
(1) Henri à Finckenstein, Strela, 10 octobre 1759. Berlin, Geh. Staats. Archiv., rep. 92.
(2) Henri à Frédéric, Strela, 16 octobre 1759. Schôning, vol, II, p. 174,