HENRI ET DAUN MANCŒUVRENT L'UN CONTRE L'AUTRE
événement imprévu, que je puisse maintenir la Saxe. L'ennemi est trop supérieur, la situation du terrain entre Torgau et Leipzig trop désavantageuse.. C’est une triste vérité, mais elle est exactement réelle comme je la représente. » Cette note découragée lui valut une mercuriale (1) du Roi : «Je ne sais ce qui peut vous embarrasser tout d'un coup, ayant la plus belle de mes armées... Si vous ne voulez jamais rien hasarder, il est impossible de faire quelque chose... Remettez-vous donc l'esprit, pour l'amour de Dieu, et soyez bien en garde que dans une occasion comme celle-ci la tête ne vous tourne pas. » Le 17 octobre, Henri était aux environs de Torgau, d'où il continua à adresser à son frère et au ministre Finckenstein des dépêches pessimistes : « Je ne puis vous cacher, écrit-il à ce dernier (2), que nous sommes dans une crise très violente. L'armée de l’Empire commence à manœuvrer de l’autre côté de l'Elbe; Leipzig est exposé et le maréchal Daun occupe avec l’armée un terrain trop favorable pour qu'on puisse seulement songer à l’attaquer. Je n'ai, grâce au ciel, rien perdu jusqu'ici et n'ai essuyé aucun échec. Je me repose sur l'esprit des gens d'honneur qui me rendront la justice que je fais tout ce qui m'est humainement possible, pour parer aux événements fâcheux. » Nouvelle remontrance de la part de Frédéric, qui lui annonce (3) la fin des hostilités en Silésie et l'envoi en Saxe de Hulsen avec 18 bataillons, 39 escadrons, 30 pièces de grosse artillerie et un équipage de #3 pontons. « Voulez-vous qu'il marche droit sur Dresde ou à Torgau, ou qu'il se porte sur les flancs des Autrichiens à Belgern pour les canonner?.….
(1) Frédéric à Henri, Sophienthal, 20 octobre 1759. Correspondance politique, XNIL, p. 601.
(2) Henri à Finckenstein, Torgau, 24 octobre 1759. Berlin, Geh. Staats, Archiv., rep. 92.
(3) Frédéric à Henri, Sophienthal, 24 octobre 1759. Correspondance politique, XVIII, p. 604.
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Depuis que vous avez passé l'Elbe, mon cher frère, vous n'êtes plus le même; Finck vous a rempli l'esprit d'idées noires. car si vous voulez que je vous parle franchement, je n'approuve point ce trou de Torgau qui ne vous convient pas; tout cela ne souffle ni froid, ni chaud. »
Si le prince Henri n'avait pas grande foi dans l’heurense issue du duel engagé er tre lui et Daun, ce dernier, à en juger par les lettres de Montazet, n’était guère plus désireux de risquer une affaire décisive. « J'ai vu, écrit le Français (1), que l'opinion de M. le maréchal n'était pas de jouer à quitte ou double. » En att.ndant des instructions positives de la cour de Vienne, sans lesquelles Daun n'attaquerait pas son adversaire, Montazet impute le décousu des opérations à la division du commandement : « Il y a mème bien des gens qui pensent que quatre maréchaux, employés pour ainsi dire à la même besogne, savoir : Messieurs de Daun, Deux-Ponts, Marshall et Serbelloni, sont plus que suffisants pour la conduire, et qu’elle en irait peut-être mieux, si un seul en était chargé. » C'était une allusion à la nomination récente de Marshall, le défenseur d'Olmütz, au poste de gouverneur de Dresde et à l’action indépendante de l’armée des Cercles. Sur ces entrefaites, la retraite des Prussiens sur Torgau encouragea Daun, qui reprit les projets offensifs et reparla de livrer bataille.
A Vienne, on était très mécosient de la conduite du maréchal qui, au cours de la cirapagne, n'avait su tirer aucun parti de la belle armée qui lui avait été confiée. Une dépèche (2) de l'ambassadeur Choiseul nous dépeint le sentiment public : « La cour de Vienne désire qu’on s'empare de toute la Saxe s'il est possible, soit en battant le prince Henry soit en l’obligeant de passer l'Elbe, et elle
(1) Montazet au comte de Choiseul, Hof, 15 octobre 1759. Arch. Guerre,
(2) Comte de Choiseul à Montazet, Vienne, 24 octobre 1759. Arch. Guerre,