‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 119 sur 303 · MÉCONTENTEMENT A VIENNE CONTRE DAUN · texte numérisé non relu

MÉCONTENTEMENT A VIENNE CONTRE DAUN

"ous cst très déterminée à la conserver cet hiver et à y employer lées les forces nécessaires. Quant aux moyens d'y réussir, ce ent, u'est pas au cabinet à diriger les opérations militaires; le con- général aurait raison de s'en plaindre; cette méthode n'a jamais réussi et a toujours été blämée. On dit à M. le mane réchal de Daun : « Monsieur, voilà cent mille hommes ju avec lesquels nous voulons conquérir et garder la Saxe, À eux l'ennemi en a 35 ou #0 mille, vous êtes homme de guerre, rane c'est à vous de prendre les moyens les plus prudens ei les , de plus sûrs pour remplir notre objet. » On n’a point blâmé 10ns M. le maréchal de Daun de n'avoir point attaqué le prince itta- Henry à Strehla, parce qu’on a dû penser que le poste était | des inexpugnable, puisque le général et ses officiers généraux ème le jugeaient ainsi; je ne sçais pas si le fait est bien consem- tant, mais enfin nous devons le croire. Quoi qu'il en soit, Mes- on a pensé que le poste jugé inattaquable pouvait se toursont ner, et que vous ne sçauriez disconvenir même que si l’on rail | avait marché droit à Torgau au lieu àe rester 12 jours ue devant Strehla, le prince Henry n'aurait rien eu de plus ibdgé pressé que de se retirer. Nous croyons encore que si M. le Lou maréchal était arrivé le 10 ou le 11 à Torgau, comme ites, il le pouvait, s’il ne s'était pas arrêté à Strehla, il aurait qui eu environ trois semaines pour manœuvrer et déposter le prince Henry, supposé qu'il fût dans un camp inattaquadu . ble, en poussant un gros détachement sur Berlin. Enfin, ul monsieur, quand la cour de Vienne mande à M. le maréfée. chal de Daun qu'elle ne prétend point blâmer sa conduite, tle mais qu'après lui avoir fait connaitre ses vues et ses intéem- rêts politiques, elle lui demande un mémoire justificatit t le qui contienne les raisons qui l'ont empêché d'agir et de elle remplir ses intentions, pour le communiquer à ses alliés, il me semble que c’est parler français et qu’on ne saurait ne tenir un langage plus clair... Je ne vous cache pas erre, même, soit dit entre nous, qu'on est ici extrêmement mé-

content du tâtonnage de M. le maréchal, qu'on ne l'ap-

dr, im ne mé tre — en A ES

prouve pas davantage à Versailles. J'ajouterai cacore qu'il nous est difficile de comnrendre pourquoi l’armée impériale met neuf jours pour arriver à Torgau tandis que les ennemis s’y sont portés en une nuit. Je vous ai mandé, monsieur, dans ma dernière lettre, que j'étais occupé depuis trois mois à faire le panégyrique de M. le Maréchal dans toute l'Europe; c’est la pure vérité. Je peux vous dire que ce n’est pas une petite besogne, et je ne me flatte pas d'y avoir réussi, mais depuis son entrée en Saxe, sa justification me parait impossible ; ce n’est pas que je manque de bonne volonté, n'ais je vous prie de m'en fournir les moyens, cal: ie ne les connais pas. »

Dans une autre dépêche (1) de la mème époque, Choiseul raconte l'anecdote d'un bonnet de nuit qu'un mauvais plaisant aurait envoyé à la maréchale comme cadeau destiné à san mari. Les dernières nouvelles de Saxe n'étaient pas de nature à relever dans le public le prestige de Daun.

Arrivé devant Torgau où il avait suivi le prince Henri, le maréchal avait détaché le dac d’Arenberg sur le chemin de Wittenberg avec mission d'inquiéter les communications des Prussiens, tandis qu'avec le gros il avait choisi à Schilda une position qu'il se mit à fortifier avec soin. Le prince résolut de proficer de l'isolement du corps d’Arenberg pour lui tombe: dessus; à cet effet, il fit remonter le cours de l'Elbe à Wunsch jusqu’à Wittenberg où il devait franchir le fleuve et combiner avec Rebentisch une attaque sur les derrières d’Arenberg, tandis que Finck l’aborderait de front. Le 29 octobre, Wunsch et Rebentisch marchèrent ensemble de Kemberg sur Pretzsch ; en route, ils se heurtèrent à l'avant-garde impériale déjà aux prises avec Finck. Surpris par cette rencontre inattendue, les Autrichiens firent, pour gagner le pont de Saek-

{1} Comte de Choiseul à Belleisle, Vienne, 26 octobre 1759. Archives Guerre,

ARENBERG BATTU A SACKWITZ. 223

witz, une retraite qui se transforma bientôt en sauve-

core

mée qui-peut ; ils perdirent près de #.000 hommes, dont 1.#00 que prisonniers, parmi lesquels le général Gemmingen. Sans ndé, le manque de fourrage (1) qui avait forcé d’Arenberg à de- changer de quartier avant le combat, il est probable que

chal | son corps tout entier eût été cerné et détruit.

dire Sous l’impression de cet échec, Daun leva son camp dans pas la nuit du 2 au 3 novembre et commenca à rétrograder sur jus- Dresde ; à partir du 7, il occupa une ligne entre l'Elbe et la que Freyberger Mulde; l’armée des Cercles, dont Deux-Ponts les malade avait dû abandonner le commandement, était à

Meissen un peu en arrière et à droite des Autrichiens. A seul Dresde, la garnison, composée en grande partie de soldats lai- de l’Empire, travaillait sous la direction de l'ingénieur frantiné ' çais Gribeauval à mettre la place en état de défense. Henri pas vint s'établir à Dorschnitz derrière Lommatch; à sa droite

Finck cherchait à s'emparer de Nossen et à obliger, par ce nri, mouvement tournant, Daun à continuer son recul; Hulsen,

he- avec les renforts de Silésie, avait passé l’Elbe à Merschwitz

bm- et venait de raliier l’armée du prince. Frédéric, qui avait vait pris le dessus d’un fort accès de goutte dont il avait soufvec fert pendant la fin des hostilités en Silésie, annonçait (2) PPS de Spremberg sa venue pour le 1% : « Ne trouvez-vous pas re- que j'arrive chez vous comme Pompée? Lucullus avait erg il presque réduit Mithridate, lorsque l'autre arriva et lui raen- | vit l'honneur de cette expédition ; mais je suis plus juste que que cet orgueilleux Romain, et bien lvin de rogner votre Re- réputation, je voudrais pouvoir accroitre votre gloire en y ch : contribuant moi-même. » La suite des événements ne rééjà pondit guère à ce vœu.

n- De sa campagne de Saxe, le maréchal Daun sortait avec ke une réputation singulièrement amoindrie; aussi la critique

(1) Henri à Frédéric, Torgau, 30 octobre 1759. Schüning, vol. IF, p. 183.

re, (2) Frédéric à Henri, Spremberg, 10 novembre 1759, Correspondance

politique, XVHL, p. 625.

avait-elle beau jeu : le comte de Choiseul (1) s’en fait l'organe : « Je suis persuadé même que les généraux russes se justifieront sur l’inaction de M. de Daun, et qu'ils auront mandé à leur cour qu'ils avaient jugé inutile de fatiguer leur armée et de l’exposer aux rigueurs de l’arrière-saison, puisqu'il était clair que ce général ne voulait rien faire. Il est vrai que sa conduite est tout à fait inconcevable. » L'ambassadeur fait un résumé détaillé des opérations de la grande armée pendant le mois d'octobre, et conclut ainsi : « Cette manœuvre de déposter l’ennemy en luy coupant les subsistances peut estre bonne quand on a du tems devant soi, mais il n’y a guères apparence que le prince Henry qui a eu ses derrières libres jusqu’à présent et qui attend son frère d’un moment à l’autre, s’en aille faute de vivres; il broutterait l’herue et s’exposerait aux plus grandes extrémités plutôt que d'abandonner un poste si important dans ce moment cy. »

A l'état-major de Daun, malgré les avantages des positions successives qu'il avait choisies, on était fort en peine et on soupirait après les quartiers d'hiver : « Aussi avonsnous grand besoin, écrit Montazet (2), que la neige nous sépare, car sans cela la fin de cette campagne ne sera pas brillante pour nous; peut-être même serait-elle orageuse. » En attendant, la marche rétrograde des Autrichiens se poursuivait; ému de l'occupation de Nossen par le corps de Finck, le maréchal reporta son armée à Wilsdruf dans la nuit du 13 au 14 novembre. Cette retraite ne s'accomplit pas sans quelque désordre, surtout au corps de réserve commandé par Sincère ; sans l'énergie du commandant en chef qui paya de sa personne, on aurait perdu des canons.

(1) Comte de Choiseul à Belleisle, 1°" novembre 1759. (La date inscrite du 1°" octobre est évidemment un lapsus.) Archives de la Guerre, 3524.

(2) Montazet à Belleisle, Heinilz, 10 novembre 1759. Arrhives de la Guerre, 3524,

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