DAUN SE RETIRE SUR DRESDE
« Je ne vous cache pas, Monseigneur, mande Montazet (1), que je frémis de l'esprit qui règne dans l’armée; tout le monde est dégoûté et ne désire que la fin de la campagne, l’ennemy nous marche sans cesse sur les talons et nous ne luy disputons rien, aussy entreprend-il des choses fortes et ridicules, je ne sçais en vérité ou tout cecy nous ménera. Je ne vois d'ailleurs aucunes dispositions pour approvisionner Dresde qui manque de tout, et plus nous cheminons et moins je vois de gens empressés à soutenir Dresde et la Saxe. Il a déjà tombé beaucoup de neige; il est à désirer qu’elle sépare les armées. Le roy de Prusse a joint celle du prince Henry depuis quelques jours, il est maintenant plus nombreux que nous, ce qui n’augmente pas notre audace. »
Ce fut précisément au moment où Frédéric escomptait la reprise de Dresde, où les amis.de Daun ne savaient comment défendre leur héros, que ce dernier se releva par une action d'éclat, par une entreprise aussi discrètement préparée que brillamment exécutée. Le 17 novembre, Daun évacua le camp de Wilsdruf avec toute son armée, pour s'établir dans une très forte position sur les hauteurs de Plauen. Son front était couvert par le ravin encaissé *»# Weissritz; la droite, à l'extrémité de laquelle était cam-
#1 cavalerie, se reliait aux faubourgs de Dresde par
ccÎline qui servait de citadelle naturelle. À une attaqu urecte contre les Autrichiens, il ne fallait pas songer; aussi lrédéric, qui après une entrevue avec son frère le 13 novembre à Hirchstein, avait pris le commandement des forces prussiennes en Saxe, résolut-il d'accentuer le mouvement tournant dont Finck était chargé depuis le con.mencement du mois et qui jusqu'alors avait si bien réussi. Jrdre fut en conséquence envoyé (2) à ce général
(1) Muntazet à Belleisle, Wilsdruf, 15 novembre 1759. Archives Guerre, 3524. (2) Frédéric à Finck, Krogis, 14 novembre 1759. Correspondance politique, XVHII, p. 634. ne GUERRE DE SEPT ANS. — T, Il. 15
A era à dure
de marcher sur Dippoldiswalda, de faire occuper Maxen par un gros détachement et de jeter en Bohème une brigade volante pour ruiner les magasins dont les Autrichiens tiraient leurs approvisionnements. L'expédition était risquée, car Maxen où il s'agissait de se poster, situé à peu près à égale distance de Dippoldiswalda et de l'Elbe en aval de Pirna, se trouvait derrière le nouveau camp de Daun et était partout beaucoup plus rapproché des Autrichiens que des Prussiens dont le quartier général encore éloigné ne fut installé à Wilsdruf qu'après le départ de Daun. Finck, qui faisait depuis longtemps la guerre en Saxe et qui connaissait bien le pays, se permit de présenter queiques observations au Roi sur la teneur de ses instructions. Frédéric aurait sèchement répliqué (1) : « Vous savez que je ne peux pas souffrir les objections; arrangez-vous pour exécuter mon ordre. »
Ainsi rabroué, Finck n'avait qu’à s’incliner; de Nossen où il était depuis quelques jours, il gagna Freyberg et Dippoldiswalda où il entra avec son aant-garde le 16 novembre, après en avoir chassé un détachement d’Impériaux auquel il enleva deux canons. Le lendemain, il rapporte (2) au Roi que le brigadier Wunsch, avec six bataillons d’infanterie et quelques cavaliers, à devancé les Autrichiens de Brentano à Maxen, que lui Finck suivra avec le gros; le général Lindstädt à Dippoldiswalda maintiendra les communications avec l’armée royale. Le 18, nouvelles dépêches {3) au Roi : il a appelé à lui la brigade Lindstädt et fait occuper le village de Dohna par Wunsch; il ne laisse que trois escadrons à Dippoldiswalda ; il vient d’être rejoint
(1) Guerre de Sept ans par l'État-major géréral prussien, Berlin, 1828. Défense de Finck au Conseil de guerre, citée par Winter.
(2) Finek à Frédéric, Dippoldiswalda, 17 novembre 1759. Winter, Capitulation de Maxen.
(3) Finck à Frédéric, Maxen, 18 novembre 1759. Winter, Capitulation de Maxen.