PROJETS DE DAUN CONTRE FINCK
de l’armée des Cercles. « Je me mettrai en quatre, écrit Montazet (1), pour donner sur les oreilles à M. Finck, si nous le trouvons à Dippoldiswalda. M. le maréchal doit y marcher de sa personne, M. de Lascy y sera aussi; ainsi il faut espérer que la besogne ira bien. »
Conformément à cette résolution, Sincère, renforcé de trois régiments d'infanterie et deux rég.ments de cavalerie, s'ébranla de Ruppchen (près de Possendorf) dans la matinée du 19 novembre, et marcha sur Dippoldiswalda ; Daun rejoignit ses troupes en chemin. Quand les têtes des colonnes débouchèrent sur les hauteurs de Hefslich, on aperçut des dét:chements prussiens sur la route de Dippoldiswalda à Maxen ; on leur tira quelques coups de canon, et comme il était trop tard pour rien entreprendre ce jourlà, le maréchal fit occuper la ville de Dippoldiswalda que l'ennemi avait abandonnée et camper entre Hefslich et Matta le corps de Sincère. A ce dernier il donna ordre de se mettre en route dès le matin sur Reinhardsgrimma, et les préparatifs faits pour le lendemain, il retourna à son quartier général de Plauen dans la banlieue de Dresde. Les Prussiens qu’on avait fait canonner étaient l’escorte d’un convoi de pain qui venait de Freyberg et dont l’arrivée à Maxen fut assurée par les généraux Platen et Mosel qui se portèrent à sa rencontre. Mais bientôt, le nombre toujours grossissant des Autrichiens et la présence du maréchal, qu’on apprit par des déserteurs, convainquirent Finck qu'il devait s'attendre à quelque chose de plus sérieux qu'à l'attaque d’un convoi. Il s’efforça sans succès, ainsi que nous l’avons vu, d’instruire le Roi du danger qui le menaçait et prit ses dispositions pour tirer le meilieur parti des 18 bataillons et 35 escadrons dont se composait son corps.
(1) Montazet au comte de Choiseul. Sous Dresde, 18 novembre 1759. Archives de la Guerre, 3525.
Entre le cours de l’Elbe et les premières assises de la chaine de hauteurs qui se détachent des Erzgebirge vers Nossen, s'étend un plateau vallonné dont le niveau s’abaisse au fur et à mesure qu’on s'approche du fleuve ; il est coupé par des ruisseaux dont la direction est presque perpendiculaire à celle de l’Elbe dans lequel ils se jettent. Deux de ces affluents, le Rothe-Muglitz et le Lockwitz-Bach, entourent de leurs lits encaissés le terrain où allait s'engager la lutte. Ces petites rivières, dans les environs de Maxen, ne sont éloignées l’une de l’autre que de trois à quatre kilomètres; dans cet espace restreint, se succèdent plusieurs rangées de collines boisées séparées par des dépressions peu profondes, mais dont les pentes extérieures deviennent de plus en plus escarpées avec la descente et se terminent en plusieurs endroits par des falaises rocheuses. De ces sommets, deux sont à noter : celui qui surplombe le vil-. lage de Hausdorf et qui porte aujourd’hui le nom de Heideberg, un autre un peu plus élevé, le Maxernberg qui atteint une altitude de 395 mètres au-dessus de la mer. Pour gagner, de Hefslich où était le camp autrichien, le village de Maxen, il faut passer le défilé du Lockwitz-Bach à Reinhardsgrimma, traverser la forêt du même nom, surmonter les crêtes qui se dressent au-dessus du vallon de Hausdorf, escalader la chaîne de Maxen, enfin dévaler sur cette bourgade, bâtie dans un fond qui rejoint le Muglitz à Mubhlbach. Derrière Maxen et à l’ouest de cette localité, on rencontre la colline de Schmorsdorf, mais entre le village de ce nom et ceux de Dohna et de Ploschwitz, le pays est plat jusqu’à la gorge du Muglitz, laquelle constitue un obstacle formidable. A l'époque de la bataille, la route venant de Dippoldiswalda perçait la forêt aux abords de Reinhardsgrimma, desservait le village de Hausdorf, gravissait le massif à l’ouest, franchissait la ligne des hauteurs devant Maxen par un col situé au milieu de la chaîne, descendait au bourg et continuait au nord entre Wittgensdorf et Tro-