SUITES DE LA CAPITULATION DE MAXEN
A peine les troupes de Finck avaient-elles déposé les armes qu'on entendit le canon dans la contrée de Dippoldiswalda. C'était le secours sur lequel avait compté l'infortuné général. Le 20 novembre, en effet, Frédéric, inquiet de voir interceptée toute communication avec son lieutenant, envoya à la découverte le général Hulsen avec une division de cinq bataillons et quinze escadrons. Parti de grand matin, Hulsen ramassa en route le détachement du général Schenkendorf, parvint avec son avant-garde à Klingenberg et poussa de là une reconnaissance dans la direction de Dippoldiswalda; on percevait très distinctement le bruit de la canonnade qui s'éloignait du côté de l'Elbe. Vers le soir, il fut rejoint par le colonel Kleist qui rentrait de l’incursion en Bohème où il avait détruit des magasins et fait des prisonniers, parmi lesquels deux généraux qui faisaient une cure à Teplitz. Le lendemain, Hulsen qui avait rénni, grâce à ces adjonctions, une force de huit à neuf mille hommes, se porta sur Dippoldiswalda où il se heurta au corps de Brentano que Daun y avait fait marcher; la rencontre ne donna lieu qu'à l'échange de quelques coups de canon, car les Prussiens ayant appris
le désastre de Maxen, se rabattirent sur Freyberg.
Pendant toute la journée du 21, des rapports inquiétants se ‘“épandirent au quartier général de Wilsdruf, mais ce fut seulement vers le soir que l'étendue du malheur fut connue par le récit de deux paysans venus de Maxen. Ce fut un coup de massue pour Frédéric qui voyait dans cet événement la mauvaise fortune persistante dont il souffrait depuis le commencement de la campagne. S'il faut en croire les notes inscrites par Catt dans son Journal (1), il aurait avoué sa part dans la défaite en écrivant au prince Henri : «Plût au Ciel que j’eusse eu encore la goutte cinq ou six bons jours! » Mais les grands capitaines n'ai-
(1) Catt, Journal, p. 409.
ment guère à assumer la responsabilité des mésaventures dues à une obéissance trop scrupuleuse aux ordres qu'ils ont donnés; Frédéric ne fit pas exception à la règle. Sur un billet de Hulsen qui annonce la capitulation, il trace ou fait tracer sous sa dictée ces mots significatifs : « C’est un grand malheur, et presque sans précédent, mais ce n'esi pas ma faute. » Deux jours après, dans une dépéche à (1) l’'envoyé Knyphausen, destinée sans doute à être communiquée aux ministres anglais, il parle d'instructions que Finck n'aurait pas suivies et d’après lesquelles il aurait dù rétrograder sur Freyberg en cas d’attaque par un ennemi supérieur. Mais si la raison d'état explique et justifie dans une certaine mesure cette attitude vis-à-vis du public, nous comprenons moins la persécution dont le général vaincu fut la victime longtemps après les événements. Resté comme prisonnier des Autrichiens jusqu’à la paix, Finck fut traduit devant un conseil de guerre en 1763; acquitté de l'accusation de lâcheté, il fut condamné pour fautes militaires à ètre cassé de son grade et à subir un an de détention. Aussitôt sa peine finie, Finck passa au service du Danemark où il mourut en 1766. Dans sa disgrâce, il garda les sympathies de la plupart de ses camarades, qui appréciaient les qualités militaires qu'il avait déployées et la capacité dont il avait fait preuve pendant les campagnes précédentes. Eichel, le confident du Roi, dans une lettre (2) à Finckenstein datée du lendemain de la catastrophe, ne craint pas de plaider en sa faveur les circonstances atténuantes : « Le général Finck est malheureux et apparemment innocent. Sa situation a été des plus scabreuses ». Le prince Henri, qui l'avait eu souvent sous ses
(1) Frédéric à Knyphausen. Wilsdruf, 23 novembre 1759. Correspondance politique, XVIII, p. 658.
(2) Eichel à Finckenstein, Wilsdruf, 26 novembre 1758. Correspondance politique, XVIII, p. 666.
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