RESPONSABILITÉ DE FRÉDÉRIC DANS LE DÉSASTRE DE MAXEN
ordres, lui conserva son amitié (1) et le recommanda chaudement au gouvernement danois.
Certes, les dispositions prises par Finck pour la défense de Maxen sont sujettes à critique, et il faut le blâmer de n'avoir pas usé de la latitude que lui accordait le billet royal du 18 novembre de se retirer d’un poste dont il avait été le premier à signaler les dangers; mais le caractère impératif des ordres antérieurs et la crainte de compromettre le succès de l'ensemble, par un mouvement isolé de sa propreinitiative, ne devaient pas l’incliner à profiter d’une autorisation dont la rédaction était trop vague pour le disculper en cas d'échec. D'ailleurs, cette autorisation, il n’en eut connaissance que le 19, date à laquelle il était déjà bien tard pour échapper à la manœuvre enveloppante des Autrichiens. Il semblerait, à lire la correspondance échangée, que Finck, tout en se rendant compte du risque qu'il courait sur les derrières de l'ennemi, ait partagé les illusions du Roï sur la retraite de Daun et n’ait cru à une attaque du maréchal qu’au moment où il était impossible de l’éviter. Au surplus, s’il y eut faute commise, elle incombe plutôt à l’auteur de l'occupation de Maxen qu’au lieutenant chargé d'exécuter des instructions que, dans l'état-major prussien, on était accoutumé à interpréter à la lettre.
Dans une dépèche (2) où ils’attribue une large part dans la victoire de Maxen, Montazet se montre sévère pour les vaincus : « C'est un événement qui doit porter une atteinte mortelle à la gloire des armes de notre ennemi : 1° parce que le plan du Roy était plus que téméraire ; 2° parce que la position qu'avaient choisie ses trois généraux de confiance que nous avons fait prisonniers, était ridiculement
(1) Henri à Finck, Reinsberg, 14 novembre 1764. Correspondance du prince Henri, B. III, 16, Archives de Berlin.
(2) Montazet à Belleisle. Dresde, 24 novembre 1759. Archives de la Guerre, vol, 3525.
prise; 3° parce que leurs dispositions ne valaient rien; k° parce qu'ils se sont fort mal et fort mollement battus ; 5° parce qu'ils ont fini par mettre bas les armes et faire une action indigne; car ils étaient encore extrêmement nombreux, et s'ils avaient voulu, ils nous auraient donné du fil à retordre. Mais nous les avons attaqués si vivement et suivis si rapidement que réellement nous leur avons tourné la tête; nous sommes restés d’ailleurs pendant la nuit à 500 pas les uns des autres, et le canon a recommencé à tirer avant le jour, de facon qu'ils n’ont pas eu le temps de rasseoir leur t#°c. »
A la cavitulation de Maxen succéda, à quelques jours de distance, un autre échec, moins retentissant il est vrai, infligé à la division du général Diericke qui avait été aissée sur la rive drcite de l’Elbe, dans les environs de Meissen. Daun, enhardi par sa victoire, résolut de profiter de la situation fort en l'air où se trouvait le détachement prussien et chargea Beck, qui était disponible en Lusace, de le surprendre et d'essayer de l'enlever. L’entreprise ne réussit que partiellement; quelque hésitation de la part des Autrichiens permit à la majorité des troupes ac Diericke de passer le fleuve en bateaux et d'échapper à la captivité; mais le général lui-même, 1.500 hommes composant le fond de trois bataillons et huit pièces de canon tombèrent entre les mains du vainqueur. Cette affaire, qui eut lieu le 3 décembre, fut la dernière de la saison; à partir de cette date, la campagne se transforma en une lutte de ténacité entre les deux généraux en chef, bien résolus l’un et l’autre à ne pas abandonner la partie le premier. Frédéric, qui au cours de ses embarras n'avait cessé de demander au prince Ferdinand de l'assistance ou une diversion en sa faveur, lui adressa un suprême (1) appel :
(1) Frédéric à Ferdinand. Wilsdruf, 4 décembre 1759. Correspondance politique, XNIIT, p. 676.
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