‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 129 sur 303 · PRINCE DE BRUNSWICK ENVOYÉ AU SECOURS DU ROI · texte numérisé non relu

PRINCE DE BRUNSWICK ENVOYÉ AU SECOURS DU ROI

« Vous pénétrez très bien à quel point pareils revers doivent me déranger, sans qu'il y ait de ma faute. Si vous êtes à même de m'aider, c’est à présent le moment de le faire. Cinq ou six mille hommes de votre armée que vous feriez marcher en Saxe dans le Voigtland me seront d’un grand secours, uniquement pour me débarrasser ici. » Ferdinand se conforma, comme nous l'avons vu, au désir du Roi en lui envoyañt 12.000 hommes sous les ordres de son meilleur lieutenant, le prince héréditaire de Brunswick. Ce corps, qui venait de baitre les Wurtembourgeois à Fulde, se mit en route le 9 décembre, passa par Erfurt, Gera et Chemnitz et parvint à Freyberg le 28 du même mois.

Quoiqu'il s’'écoulât plus de cinq semaines entre la défaite de Finck et l'entrée en scène du corps hanovrien, Daun ne sut pas profiter de la supériorité morale et numérique que lui avaient valu les combats de Maxen et de Meissen. Beck, dont une pointe vers Torgau avait à bon droit inquiété (1) le Roi, se contenta de longer l’Elbe, d'y couler des barques et de détruire des magasins. Le maréchal manifesta, il est vrai, à plusieurs reprises son dessein de tenter un coup de main sur Freyberg, où Frédéric s’obstinait à se maintenir malgré les dangers de cette position avancée ; mais ces velléités d’offensive ne se transformèrent pas en mesures effectives; quant au camp de Kesseldorf où était le gros de l’armée royale, une attaque eût entrainé trop de risques. Montazet ne peut contenir son impatience : « Malheureusement, écrit-il (2) à notre ambassadeur, il y a dans notre machine une lenteur qui fait le salut de l'ennemi et qui autorise en quelque sorte les idées gigantesques du Roi »; il supplie le comte de Choiïseul d'obtenir de la cour de

(1) Frédéric à Finckenstein. Freyberg, 12 décembre 1759. Correspondance politique, XVIII, p. 693.

(2) Montazet au comte de Choiseul, Dresde, 7 décembre 1759. Archives de la Guerre, vol. 3526.

Vienne l'ordre de livrer bataille à l’armée prussienne et l'envoi de Laudon en Lusace avec les :roupes qu'il ramenait de Pologne.

Entre temps les soldats, tenus continuellement en haleine, souffraient cruellement des intempéries de la saison : « La terre est couverte de neige; mandait Montazet (1), les chemins sont diaboliques; presque toutes les tentes de l'armée sont pourries et ne peuvent plus servir... ; les chevaux de l'artillerie sont sur les dents; tous les environs de Dresde sont mangés de façon qu'il n’y reste pas une paille. » Quinze jours plus tard, même langage (2) : Le froid est excessif ; les deux armées sont cantonnées, le gros des Prussiens à Wilsdruf et Kesseldorf avec un fort détachement à Freyberg, les Autrichiens dans les faubourgs de Dresde avec une division à Dippoldiswalda ; quant à l’armée des Cercles, elle s'était refusée à continuer les hostilités et était en pleine marche pour prendre ses quartiers d'hiver. Daun n'avait d'autre ambition que de conserver la possession de Dresde et de son territoire ; peut-être espérait-il une de ces attaques téméraires dont son adversaire était coutumier et partageait-il l'opinion de Montazet qui écrivait (3) vers cette époque à l'ambassadeur Choiseul : « Le roi de Prusse est un homme fait pour se détruire lui-même... c’est une tête bouillante, pleine de moyens violents, qui d’ailleurs n’écoute personne, par mépris souverain qu'il a pour tous ceux qui ont le bonheur de l’approcher. C’est ce même sentiment dont il nous honore qui lui a fait et lui fera toujours entreprendre des choses au-dessus de ses forces et par où naturellement il doit écrouler. » Il est curieux de voir

(1) Montazet au comte de Choiïseul. Dresde, 2 décembre 1759. Archives de la Guerre, vol. 3596.

(2) Montazet à Belleisle, Dresde, 15 décembre 1759. Archives de la Guerre, vol. 3526.

(3) Montazet au comte de Choiseul. Dresde, 4 décembre 1759. Archives de la Guerre, vol. 3526.

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