‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 130 sur 303 · INACTION ET SOUFFRANCES DES DEUX ARMÉES · texte numérisé non relu

INACTION ET SOUFFRANCES DES DEUX ARMÉES

le prince Henri, sous l'influence de la maladie et du profond abattement, émettre sur le compte de son frère un jugement presque analogue. Dans les papiers originaux de Berlin, se trouve une lettre de Frédéric du 14 décembre sur le dos de laquelle le prince avait tracé (1) ces mots : « Je ne me fie nullement à ces nouvelles, elles sont toujours contradictoires et incertaines comme son caractère. Il nous a jetés dans cette cruelle guerre; la valeur des généraux et des soldats peut seule nous en tirer. C’est depuis le jour où il a joint mon armée qu’il y a mis le désordre et le malheur; toutes mes peines dans cette campagne et la fortune qui m'a secondé, tout est perdu par Frédéric. » Si Daun était bien résolu à rester sur la défensive, son adversaire était obligé de s’'avouer à lui-même que la reprise de Dresde devenait de plus en plus improbable. Sans doute, dans sa correspondance, le Roï parle sans cesse de la retraite plus ou moins volontaire des Autrichiens en Bohème, mais on sent à la lecture que l'espoir, très vivace d’abord, s'évanouit peu à peu avec le cours des événements. A Ferdinand qui, inquiet du retour offensif de Broglie, redemandait Ja division du prince héréditaire, il écrit (2) : « Je n’entreprendrai rien qui ne soit praticable, ni ne commettrai rien à trop de hasard, mais je me flatte de manœuvrer en sorte de serrer l'ennemi et de le fatiguer tant, qu’il résoudra enfin de quitter la partie... Si je vois que je ne saurais réussir par mon plan, je vous renverrai vos troupes, sans les plus arrêter. » C'est ce qui arriva. A la suite d’une reconnaissance faite de concert avec le jeune prince de Brunswick, le Roi abandonna l'idée d'entamer la position de Hadick à Dippoldiswalda et fit rentrer ses régiments dans leur camp fù, malgré la rigueur de la saison,

(1) Correspondance politique, X VILLE, p. 696. (2) Frédéric à Ferdinand, Freyberg, 29 décembre 1759. Correspondance politique, XVIII, p. 728.

ils étaient logés sous la tente. Quant aux Hanovriens, après un court séjour à Freyberg, ils reprirent le chemin de la Hesse, Toutefois la diversion du prince héréditaire ne fut pas inutile pour la cause royale ; sa venue en Saxe et les desseins agressifs qu'on lui prêtait sur les magasins de Bohème alarmèrent le cabinet de Vienne. Laudon fut rappelé de Pologne où son corps d'armée était en route pour gagner la Moravie, et envoyé en Bohème avec mission de réunir ce qu'il y avait de disponible dans ce royaume et de repousser l'incursion prévue. La garnison de Dresde fut renforcée (1) de onze bataillons autrichiens et de deux régiments saxons de cavalerie tirés de la Silésie. Loin de songer à évacuer la Saxe, Kaunitz émettait l'avis qu’il fallait marcher contre les Prussiens ; mais ces velléités belliqueuses durent céder aux raisons qui rendaient impraticable la continuation des hostilités.

De guerre lasse, les deux armées mirent fin aux grandes opérations et se cantonnèrent de leur mieux dans leurs territoires respectifs. Dresde et sa banlieue furent acquis aux Autrichiens; le reste de la Saxe demeura au pouvoir des Prussiens. La prise et la conservation de la capitale de l'Électorat furent donc le seul résultat, non sans importance il est vrai, de cette longue campagne où Frédéric avait été en deux occasions différentes si près de sa perte, et de laquelle il sortit amoindri à ses propres yeux tout autant qu'à ceux de ses compatriotes et de ses adversaires. Sans doute, par la hauteur de son courage moral, par son indomptable énergie, il avait su en imposer à l’enne”i victorieux, mais la sanglante défaite de Kunersdorf, la désastreuse capitulation de Maxen, avaient porté au prestige des armes prussiennes, à la renommée de leur chef, des atteintes dont il était impossible de nier la gravité. La dé-

(1) Montrozard à Belleisle. Dresde, 6 janvier 1769. Archives de la Guerre, vol. 3550.

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