‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 131 sur 303 · QUARTIERS D'HIVER · texte numérisé non relu

QUARTIERS D'HIVER

route de Kolin en 1757 avait été suivie des brillantes victoires de Rossbach et de Leuthen. En 1758, malgré l'échec devant Olmütz, la lutte indécise de Zorndorf et la surprise de Hochkireh, le succès définitif était échu au Roi, qui avait forcé ses ennemis à repasser la frontière. En 1759, il n’en avait pas été de même; non seulement les Prussiens avaient été battus, mais ils avaient perdu du territoire, ils avaient abandonné aux Autrichiens une ville qui était à la fois le chef-lieu et la clef stratégique de la Saxe. L'avenir s'annonçait bien sombre ; aussi ne peut-on s'étonner de voir le Roi et son frère échanger des vœux pour la réussite des ouvertures pacifiques dont l'Angleterre, avec l'assentiment de son allié, avait pris l’initiative à La Haye.

Rien ne dépeint mieux l’état d'âme de Frédéric que le billet qu'il adressait (1) au prince Henri à l’occasion du jour de l’an : « Les lettres de la France sont toutes favorables à la paix, mais il ne nous suffit pas qu’elle se fasse, il faut encore qu'elle soit prompte, ou c’est la moutarde après diner... ; mon cœur est navré de chagrin, et ce qui me décourage le plus, c’est que je suis à bout de tous mes moyens et que je ne trouve plus de ressource. Je ne devrais pas vous attrister le jour du nouvel an, mais vous dérober ce tableau funeste, qui cependant est si présent à tous les yeux qu’on ne saurait se le voiler ; enfin, mon cher frère, le passé, le présent et l’avenir me paraissent également affligeants. » Les réponses du prince Henri sont encore plus démoralisées; en voici un spécimen : « Je ne saurais nier (2) que j'envisage l’état présent et l'avenir du même œil tel que vous daignez me confivr que vous le faites; si la paix ne se conclut vers le printemps, je crois. comme vous, mon très cher frère, que la catastrophe sera, du moins à en juger suivant Les probabilités humaines, iné-

(1) Frédéric à Henri, 1‘ janvier 1760. Schüning, II, p. 218. (2) Henri à Frédéric. Unkersdorf, 11 janvier 1760. Schüning, II, p. 221.

vitabie. Mais pour parler avec confiance. il me parait que de prevoir ce malheur est une raison suffisante pour faire tout au monde pour obtenir cette paix à temps. Il n'y a point de malheur, point de honte, ni de misère... plus grande que celle de la perte de l'État entier. Vous avez soutenu la guerre quatre années; quelle que soit la paix que vous fassiez, elle ne sera jamais déshonorante, et si même elle était désavantageuse, ce serait la vanité qui en serait blessée mais non pas l'honneur. Dans une situation aussi cruelle, je ne vous cache pas mes pensées. » Cette paix, qu'appelaient de leurs souhaits tant de bons citoyens des partis opposés, devait être ajournée plus de trois ans encore. En attendant la réalisation de leurs espérances, les deux frères s'employèrent de leur mieux à préparer et soutenir la campagne prochaine.

Pour terminer le récit des opérations de 1759, il nous reste à dire quelques mots de celles des Suédois, qui n'eurent d'ailleurs pas plus d'effet utile que leurs manœuvres des années précédentes. Leur entrée en ligne fut particulièrement tardive; dans les derniers jours de juillet, la mobilisation n'était pas achevie (1) et les troupes destinées à la promenade annuelle, qui ne dépassaient pas 12.000 à 15.000 hommes, étaient encore sous les murs de Stralsund. Quelle serait la destination de ce petit corps d'armée? Montalembert qui, de représentant de France au camp suédois était passé à l'armée russe avec les mêmes fonctions, aurait voulu l’affecter au siège de Stettin et chercha À faire prévaloir ses idées à Pétersbourg, puis auprès de Soltikoff. Ce dernier, qui avait peu de confiance dans les Suédois et qui professait un dédain justifié pour leur organisation militaire, repoussa toute pensée de coopération. Peu satisfait d’une indépendance que réduisait singulièrement l'obligation de se conformer aux instructions

(1) Caulincourt à Belleisle. Stralsund, 24 juillet 1759. Arch. Guerre, 3519.

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