‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 139 sur 303 · BOUGAINVILLE FAIT LE RÉSUMÉ DE SA MISSION · texte numérisé non relu

BOUGAINVILLE FAIT LE RÉSUMÉ DE SA MISSION

Le Roi nul; madame la marquise toute-puissante, premier ministre, on lui avait dit que vous étiez trop vif; j'ai détruit l'impression; a toute bonté pour moi. Le duc de Choiseul grand crédit; votre ami; frondait système de Bernis; homme audacieux. M. Berryer intègre avec fracas, dur, bon. Minos, mauvais ministre; point de grandes vues ; je pense tiendra peu... M. le maréchal de Belleisle bon homme, ne baisse point. Monsieur d’Aligre, considération; M. de Crémille sans crédit, tous deux vos amis feront tout pour vous... M. le prince de Soubise au conseil sans armée. Contades à la tête des armées sans considération. Silhouette contrôleur-général, hardi, craint par la nation. M. le prince de Conti sans crédit, furieux. M. le comte d'Argenson, M. le marquis de Paulmy coulés à fond. M. de Moras dans la boue. M. de Chevert malade, à la cour. Les jésuites en la plus critique position où jamais ils aient été. En général nulie consistance dans le conseil et la faveur, Nul crédit; dans les finances tout au hasard. »

Dans un autre rapport (1) qui devait être communiqué au gouverneur général, Bougainville fait le compte des renforts dont le chiffre n’atteignait même pas celui des promesses du gouvernement : « Pour toutes troupes 300 hommes de recrue, # ingénieurs, 24 canonniers ou ouvriers. Munitions de guerre, vivres dans deux vaisseaux marchands partis de Bayonne le 16 février; 20 autres partis de Bordeaux avec moi; # frégates de Brest et Rochefort commandées par capitaines corsaires; quelques autres parties d'autre part; nul vaisseau de guerre. Le meilleur secours est de pouvoir garder tous bâtiments, équipages, officiers pour défendre Québec et monter la marine des lacs. Québec sera attaqué, les autres frontières aussi, La cour ne

(1) Bougainville à Montcalm. Blaye, 18 mars 1759. Lettres de la cour de Versailles. Collection Levis.

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veut aucune capitulation de votre part. Conserver un pied en Canada à quelque prix que ce soit; mot sur ce point; découragerait s’il était connu. »

Au surplus, la mission de Bougainville eut surtout pour résultat d'éclairer la cour de Versailles sur les circonstances critiques du Canada, sur les bons services de Montcalm et de ses compagnons d'armes et sur l'injustice qu'il y aurait à les rendre responsables de la fin imminente de la Nouvelle France. Le jeune colonel en jugeait bien ainsi; dans une lettre (1) déjà citée, à la mère de son général, après s'être étendu sur les secours matériels obtenus, il ajoute : « Malheureusement il est bien tard, et je crois que c’est le cas du médecin après la mort. Au moin est-ce une chose satisfaisante pour M. de Montcalm et pour ses parents, que sa gloire est entièrement à couvert et que la cour, bien instruite de la position du Canada et de l'impuissance où elle est d'y établir même une infériorité moins monstrueuse, saura gré à son général de tous les instants dont il reculera la perte de cette colonie. »

Laissons Bougainville naviguer pour Québec, où il arriva le 12 mai après avoir été retenu dans les glaces pendant 22 jours, et reportons-nous au Canada où l'hiver de 1758 à 1759 ne fut signalé par aucun fait de guerre de quelque importance. Montcalm et Vaudreuil échangèrent comme de coutume des notes aigres-douces (2), le général posant des questions ou faisant des suggestions en prévision de la campagne à venir, et le gouverneur y répondant par des assertions empreintes d'un optimisme exagéré. Les deux correspondants étaient d'accord pour prévoir la principale attique du côté du lac Champlain, mais tandis que Vaudreuil rêvait encore une diversion vers

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(1) Bougainville à sun 4 ontéati Paris, 16 janvier 1759, Collection de famille.

(2) Mémoire. Réflexions de Montcalm. Réponses de Vaudreuil. Montréal, 20 et 21 mars 1759. Archives des Colonies.

ON Nà CROIT PAS A UNE ATTAQUE CONTRE QUÉBEC, 261

l'Ohio, Montcalm était d'avis de s'en tenir tout au plus au maintien du fort de Niagara. Quant à Québec, ni l’un ni l'autre ne croyait à la probabilité d'une tentative des Anglais sur la capitale. D'ailleurs le manque de vivres, ce mal chronique de la colonie, avait empêché de réunir le personnel dont on aurait eu besoin pour construire les ouvrages nécessaires à la défense des rives du Saint-Laurent en aval de la ville; on s'était limité aux fortifications intérieures. Voici en quels termes Vaudreuil justifie (1) l’omission : « Je ne présume pas que les Anglais entreprennent de venir à Québec, mais quand bien même j'en serais convaincu, je ne changerais pas ma destination... A l'égard des travaux de l'extérieur de Québec, le défaut de vivres ne me permet pas d'y songer; il faudrait y employer 4.000 hommes auxquels, n'ayant pas de farine à donner, je serais obligé de fournir deux livres de viande à manger, ce qui serait une consommation de 1.000 à 1.200 bêtes à cornes pour un mois, unique ressource que je réserve pour vivre si nous avions le malheur que tous nos convois fussent interceptés. Je me borne donc à laisser continuer tous les approvisionnements, à la fermeture des portes de la ville, à travailler à l'enceinte, à l'établissement de batteries, enfin à tout ce que l’on peut faire sans une consommation extraordinaire de vivres, et à procurer à l’habitant, autant que je le pourrai, les moyens de faire les semences. Sans cela les secours de France, quelque grands qu'ils puissent être, ne pourraient subvenir à la subsistance d'environ 90.000 âmes qui sont dans cette colonie. »

Contre une agression par le Saint-Laurent, le gouverneur général se rassurait en indiquant les mesures qu'il comptait prendre : « A la première nouvelle que j'aurai de

(1) Vaudreuil. Plan des opérations de la campagne de 1759. 1°" avril 1759. Ministère des Colonies. Canada.

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l'ennemi en rivière, je pourvoirai à la sûreté des frontières de ce gouvernement. Je descendrai personnellement à Québec avec tous les habitants du gouvernement de Montréal et des Trois Rivières, tous ceux de celui de Québec depuis Sainte-Anne jusqu'à cette ville. Je les ferai de suite travailler aux retranchements de Beauport en attendant que les troupes et les milices que j'aurai mandées à Carillon aient pu m'y joindre. Alors suivant ce que j'aurai, tant en troupes, milices, sauvage et gens de mer, je ferai mes dispositions soit pour s'opposer à la descente de l'ennemi, dès Sainte-Anne à l'ile d'Orléans, ou pour me réduire à l'attendre au passage de la rivière de Montmorency jusqu'à Québec et depuis Québec jusqu’à la rivière du Carrouge. M. le marquis de Montcalm et le chevalier de Lévis seront alors à Québec; j'aurai toujours grand plaisir à leur faire part de tous les mouvements que j'ordonnerai; je serai à même de faire usage des réflexions que les circonstances et les lieux leur suggsèreront. »

Cette note dont le ton prétentieux ne rachetait pas l’inanité, n'était pas de nature à calmer les inquiétudes de- Montcalm et de ses compagnons qui se plaignaient avec quelque raison de n'être pas tenus au courant des questions relatives à la défense de la colonie. Malgré ses bons rapports avec le gouverneur et tout en pratiquant la conciliation, Lévis laisse voir dans sa correspondance les mêrnes griefs que son général (1). « Nous vivons toujours dans la plus grande intelligence, et nous maintenons le plus d'ordre qu’il est possible dans les troupes de terre. Nous ne sommes consultés sur rien et nous sommes regardés comme des troupes étrangères à la solde de la marine. Je suis encore celui des trois (2) à qui on parait avoir

(t) Lévis à Argenson. Montréal, 13 avril 1759. Portefeuille de Paulmy. Bibliothèque de l’Arsenal.

(2) Montcalm, Lévis et Bourlamaque.

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