‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 140 sur 303 · PLAINTES DE MONTCALM SUR LA SITUATION DE LA COLONIE · texte numérisé non relu

PLAINTES DE MONTCALM SUR LA SITUATION DE LA COLONIE

un peu plus de confiance; je n’en mésuse pas, je cherche à ètre bien avec tout le monde, pensant que l'union est absolument nécessaire pour trouver des ressources dans l'extrémité où nous sommes réduits. » Montcalm qui n’avait pas le tempérament philosophique de son lieutenant et ami, jugeait la situation en militaire et était loin de partager l’optimisme et les illusions de son chef hiérarchique : « À moins d’un bonheur inattendu, écrit-il à Belleisle (1), d'une grande diversion sur les colonies des Anglais par mer, ou de grandes fautes de l'ennemi, le Canada sera pris cette campagne. Les Anglais ont 60.000 hommes ; nous, au plus, de 10 à 11.000 hommes; notre gouvernement ne vaut rien; le prèt et les vivres manqueront. Faute de vivres, les Anglais primeront; les terres à peine cultivées; les bestiaux manquent; les Canadiens se découragent; nulle confiance en M. de Vaudreuil ni M. Bigot. » Probablement sous l'impression des mémoires qu'il venait d'échanger à propos des affaires militaires, Montcalm revient sur ses démêlés avec le gouverneur et sur les dilapidations des fonctionnaires : « M. de Vaudreuil n’est pas en état de faire un projet de guerre; il n’a aucune activité, il donne sa confiance à des empiriques plutôt qu'au général envoyé par le Roi. M. Bigot ne parait occupé que de faire une grande fortune pour lui et ses adhérents et complaisants. L'avidité a gagné les officiers, gardes-magasins, commis, qui sont vers la rivière Saint-Jean ou vers l'Ohio, ou auprès des sauvages dans les pays d'En-Haut, et qui font des fortunes étonnantes; ce n’est que certificats faux admis légalement. Si les sauvages avaient le quart de ce qu'on suppose dépensé pour eux, le Roi aurait tous ceux de l'Amérique et les Anglais aucuns. Cet intérêt influe sur la guerre. M. de Vaudreuil à qui les hommes sont égaux

(1) Montcalm à Belleisle. Montréal, 12 avril 1759. Ministère des Colonies, Canada.

confierait une grande opération à son frère ou à un autre otucser de la colonie comme à M. le chevalier de Lévis. Conduit par un secrétaire fr'non (1) et des alentours intéressés. Le choix regarde ceux qui partagent le gâteau, aussi on n'a jamais voulu envoyer M. Bourlamaque ou M. de Senesergues commandant du bataillon de la Sarre, au fort Duquesne. Je l'avais proposé, le Roi y eût gagné; mais quels surveillants dans un pays dont le moindre cadet et un sergent, un canonnier, reviennent avec 20 et 30.000 francs en certificats pour marchandises livrées pour les sauvages pour le compte de Sa Majesté! » Montcalm continue en prédisant la désertion probable des Indiens, la suprématie des Anglais sur le lac Ontario où la flottille française est encore sur le chantier; il signale les préparatifs à Lydius et Orange qui font prévoir une prompte ent.e en campagne du côté du lac Champlain et termine en insistant sur les dangers qui menacent la capitale : « À Québec l'ennemi peut venir si nous n'avons pas d'escadre, et Québec pris, la colonie est perdue. Cependont nulle précaution. J'ai fait offre de mettre de l’ordre, une disposition pour empècher une fausse manœuvre à la première alarme; la réponse : nous aurons le temps. »

Dans un milieu aussi insouciant, les renseignements apportés par Bougainville sur les desseins anglais durent produire l'effet d’un coup de tonnerre dans un ciel serein. Une des nombreuses dépèches dont il était chargé annonçait le départ d'Angleterre du général Wolfe avec 8.000 hommes pour Halifax où il devait ramasser le reste des troupes destinées à l'expédition contre Québec et d’où il ferait voile pour le Saint-Laurent. A cette information était joint un document important saisi sur une prise anglaise, le projet d'attaque générale du Canada dressé pour le gouverneur général des colonies britanniques, le général Amherst.

(1) M. de Saint-Sauveur.

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