DÉBARQUEMENT DES ANGLAIS SUR L'ILE D'ORLÉANS
Ce fut, nous l'avons dit, le 27 juin que les Anglais commencèrent leurs opérations en débarquant sur l’ile d’Orléans qui avait été abandonnée par ses habitants. Le capitaine Knox, qui a publié (1) un récit très intéressant des faits et gestes de l'armée britannique, ne tarit pas en éloges sur la beauté du site, la fertilité du sol et la richesse du pays. Dès le lendemain de la mise à terre, une violente tempête assaillit l’escadre et les transports de l'amiral Saunders : « Beaucoup (2) d’embarcations furent brisées, toutes les baleinières et la plupart des canots enfoncés, quelques bateaux plats détruits et d'autres endommagés. » Pour entraver la montée du fleuve et pour empêcher la descente à terre, aucun effort sé'ieux n'avait été tenté; cependant le mois de répit qu'avait duré la navigation du Saint- Laurent n'avait pas été perdu. Dès la fin de mai, les # frégates venues de France comme bâtiments de transport furent armées et mises en état; 8 navires de commerce furent transformés en brülots. Le surplus de la flottille remonta avec ses cargaisons aux Trois Rivières, où elle fut utilisée, sous la protection de deux frégates, comme dépôt pour les besoins de l’armée. Deux vaisseaux échoués dans la rivière de Saint-Charles devinrent des batteries flottantes; # chaloupes carcassières et 12 bateaux servirent de canonnières; tous les matelots de la marine marchande disponibles furent affectés, sous les ordres de leurs officiers, aux batteries de Québec. Avec des hommes d’élite empruntés aux milices, on organisa sous la Roche Beaumont un corps de 200 cavaliers destiné à porter les dépèches, à courir rapidement d'une localité à une autre, en un mot à faire le métier d'infanterie montée. Enfin de nombreuses équipes d'ouvriers fournies par les réguliers et par les Canadiens travaillèrent aux retranchements qui
(1) Knox. Historical Journal.
(2) Wolfe à Holdernesse, 9 sept. 1759. WVright's life of general Wolfe. GUERRE DE SEPT ANS, — 7, Hi, 18
devaient border le Saint-Charles, et à la redoute qui protégeait le pont jeté sur cette rivière.
Au sujet de la position à prendre par l’armée francaise pour couvrir la capitale, il y eut quelque hésitation dans l'état-major. Montcalm aurait voulu occuper les hauteurs d'Abraham et choisir la rivière de Saint-Charles comme ligne de défense; toui au plus acceptait-il d'étendre son camp jusqu’au ravin de Beauport, à peu près à mi-chemin entre le Saint-Charies et le Saut de Montmorency. Lévis au contraire proposait de prolonger les lignes jusqu'au Saut. Ce dernier avis fut adopté par Vaudreuil qui commandait en chef. Lévis, avec les Canadiens du gouvernement de Montréal, les Indiens et quelques piquets de réguliers, eut la garde de l’aile gauche et s'appuya à la rivière de Montmorency; le centre, sous les ordres directs de Montcalm, composé en grande partie des 5 bataillons de France, campa autour de l'église et des maisons de Beauport ; à la droite se tinrent les miliciens des gouvernements de Québec et des Trois Rivières. Au moment de l’arrivée de Wolfe, les forces du camp de Beauport s’élevaient à près de 10.000 hommes; la garnison de Québec formée d'éléments très hétérogènes, réguliers, canonniers, matelots et miliciens, comptait environ 1.500 effectifs. Au cours de l'été, l’armée canadienne fut rejointe par de nombreux volontaires que leur jeunesse ou leur vieillesse exemptait du service de la milice, mais qui avaient tenu à prendre les armes pour la défense de leur pays.
Si, comme on l’a vu, les éléments infligèrent des dommages à l’envahisseur, on ne saurait en dire autant des engins inventés pour détruire les bâtiments anglais. Depuis plusieurs semaines on travaillait à transformer en brûlots les navires prélevés sur le convoi; l’un d’eux fut incendié par accident, enfin les 7 autres furent déclarés prèts et la tentative eut lieu pendant la nuit du 27 au 28 juin, quelques heures après le débarquement des Anglais. Elle