‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 148 sur 303 · INSUCCÈS DES BRULOTS CANADIENS · texte numérisé non relu

INSUCCÈS DES BRULOTS CANADIENS

échoua complètement. « Nos chers brülots, dit le journal de Montcalm (1), cette épithète convient fort, car ils coûtent 1.500.000 à 1.800.000 livres, sont partis hier au soir; on a mis le feu à trois lieues de l'ennemi. » M. de Louche, à qui on avait confié la direction, manqua de sang-froid et abandonna trop tôt ses bâtiments dont la plupart allèrent à la dérive se consumer sur la rive de l'ile d'Orléans où ils firent plus de peur que de mal aux Anglais. Knox décrit la paniqué produite parmi les avant-postes par les boulets et la mitraille que projetaient les canons chargés d'avance au fur et à mesure que la chaleur exercçait son action.Les marins de Saundersse distinguèrent par l'adresse avec laquelle ils réussirent à saisir et à remorquer hors de la zone dangereuse les brülots encore à flot. Dans cette malheureuse affaire deux officiers de marine, MM. de Milletière et son second, qui étaient restés courageusement à leur bord, perdirent la vie. Une deuxième tentative du même genre faite plus tard avec des cayeux et des chaloupes sur lesquels on avait entassé des matières inflammables, quoique mieux conduite, n'eut guère plus de succès.

Entre temps, la mise à terre du corps expéditionnaire britannique se poursuivait presque sans opposition. Le 30 juin, Monckton, qui s'était fait précéder la veille par un détachement, débarqua avec sa brigade près de la pointe de Lévis et se rendit maitre du village après une escarmouche avec les habitants. Il fit afficher aussitôt à la porte des églises et sur les maisons une proclamation du général en chef. Wolfe, dans le langage usuel des envahisseurs, prévenait les Canadiens qu'il ne faisait la guerre qu’à la France, garantissait la vie, la sécurité et l'exercice de leur religivn à tous «cux qui ne prendraient pas les armes, menacait les combattants de toutes les sévérités autorisées par les lois de la guerre, et terminait en opposant les procédés humains

(1) Journal de Montcalm, 29 juin 1759. Page 561. Collection de Lévis.

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de s1 nation aux cruautés autorisées par le gouvernement du Canada. Ces belles promesses, disons-le de suite, malgré la bonne foi de celui qui les faisait, furent très mal {enues. « Au cours de l'engagement de ce matin, écrit Knox (1), nos troupes légères s'emparèrent d’une grande ferme où ils trouvèrent beaucoup de provisions et de rmicbilier avec le feu brèlant encore dans la cheminée... Entendant les voix de personnes qui causaient, ils visitèrent la maison sans rien découvrir; là-dessus ils résolurent d’y mettre le feu ct de retcurner à l’église. Aussitôt que les flammes eurent commencé à gagner, ils furent effrayés d'entendre les cris d’angoisse de femmes et d'enfants qui s'étaient bêtement cachés derrière des tas de bois dans les caves. Nos gens avec beaucoup d'humanité ont essayé de secourir ces malheureuses gens mais leurs efforts n’aboutirent pas; la maison fut complètement incendiée et ces infortnnés périrent dans les flammes. Tels sont, hélas! les terribles etfets de la guerre. » Ce fut sans doute sous l'impression de ce triste incident que Wolfe fit paraitre une instruction défendant de brüler ou de détruire, à moins d'crdre formel, les églises, habitations on bâtiments quelconques.

Les premiers jours de juillet s’écoulèrentsans événement important : les Anglais empioyés à construire des batteries à la pointe de Lévis, les Français à compléter leurs travaux à Québec et le long de la plage de Beauport. Wolfe s'était attendu à rencontrer les Français occupant Québec ou cantonnés sur les hauteurs qui avoisinent la ville. C'était sur cette hypothèse qu'était basé le projet d'attaque dont il avait fait part à son oncle (2) : « La ville de Québec est médiocrement fortifiée, mais le terrain qui l'entoure est escarpé. Pour assiéger la place et intercepter toute communication avec la colonie, il faudra camper notre droite

(1) Knox. Historical Journa&i, voi. I.

(2) Wolfe à son oncle. Louisbourg, 19 mai 1759. Wright's life of general Wolfe.

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