‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 149 sur 303 · COMMENCEMENT DU SIÈGE DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

COMMENCEMENT DU SIÈGE DE QUÉBEC

ent à la rivière Saint-Laurent et notre gauche à la rivière gré Saint-Charles, Du Saint-Charles à Beauport, la communies. cation devra être gardée par une chaine de postes bien (1), Ù retranchés et de redoutes, l'ennemi pouvant franchir la 1 ils rivière à basse mer. Il faudra aussi établir des petits poscle ; tes forlifiés de la pointe de Lévis à la Chaudière... Je Foix É compte que nous aurons une chaude affaire au passage de ans la rivière Saint-Charles, à moins que nous ne puissions à ct glisser un détachement qui remontera le Saint-Laurent et Dm - débarauera trois, quatre ou cinq milles au plus au-dessus an- 1 de la ville, et que nous ayons le temps de nous retrancher ca- si iortement que l'ennemi ne se souciera pas de nous atens taquer. » Il était difficile d'exécuter la descente à Beauport al- que prévoyait ce programme, mais la présence des Franla çais sur ce noint n'était pas un motif suffisant pour abanri K donner l’idée d'opérer sur la rive gauche du Saint-Lauets rent. Aussi, le 9 juillet, le gros du corps expéditionnaire ce fut mis à terre au-dessous du Saut de Montmorency, s’y dé- installa et commença une batterie destinée à prendre à el, ; revers les lignes françaises. A celte occasion les sauvages se jetèrent sur: les travailleurs anglais, leur tuèrent une nt cinquantaine d'hommes, mais s’attardant à lever les chete- velures, furent repoussés avec une perte d'une quinzaine 1rS des leurs; ils se vengèrent (1) en égorgeant 5 prisonniers fe qu'ils avaient emmenés. À la suite de l'établissement du EC camp anglais au Saut, la gauche de l'armée de Montcalm ait se trouva fort exposée: il fallut la renforcer d'une partie des nt réguliers du centre et élever des ouvrages de campagné est pour se défiler du feu incessant que l'ennemi entretenait st de l’autre côté de la rivière de Montmorency. n- Trois jours après eut lieu une expédition aussi malheute reuse que ridicule contre le camp anglais à la pointe de Lé-

vis. Voici le récit que fait de cette équipée le Journal de

"al (1) Journal de Foligny. Archives des Celonies.

Foligny (1) : « Ce même jour 12 juillet, sur les 9 heures du matin, tout le corps de la bourgeoisie, M. d'Aine juge de Québec en tête, vinrent au camp représenter pour la troisième fois à M. ie général quelle allait être leur perte, s'il ne leur permettait de former entre eux un détachement de 12 à 1.500 hommes pour passer dans la nuit prochaine à la pointe de Lévis, afin d'essayer de culbuter la batterie des ennemis qui leur avait paru ne pas tarder de jouer. M. le général crut devoir accéder à leur juste demande, vu les dispositions dans lesquelles ils paraissaient être pour savver leurs biens en ville. En conséquence M. Dumas, major général des troupes de la colonie, reçut ordre de prendre le commandement de ce détachement. » Montcalm eut la précaution d'adjoindre aux Québecois 200 volontaires des régiments de Sarre et Languedoc. Le tout traversa le Saint-- Laurent au Cap Rouge et se miten marche en descendant la rive droite. La nuit était des plus obscures; les miliciens, divisés en deux colonnes, s'égarèrent dans les bois, se prirent mutuellement pour l'ennemi et se tirèrent des coups de fusil. 11 s’ensuivit une panique que Dumas ne put arrèter. On se rembarqua avec précipitation et on revint à Québec sans avoir aperçu ombre d’Anglais, mais avec 2 tués et 5 ou 6 blessés. Cette échauffourée recut l’appellation du « coup des écoliers », sans doute à cause de la présence d’un piquet de 30 élèves du séminaire (2) que les plaisants avaient baptisé du nom de « Royal Syntaxe ». Le bombardement qu'on avait voulu empêcher ou tout au moins retarder commença dans la soirée du 12 juillet et continua avec queiques intervalles de répit pendant le reste du siège. Certains jours et certaines nuits le tir de l’assiégeant fut des plus vifs; de leurs galiotes et des batteries de la Pointe de Lévis les Anglais lancèrent sur les deux quartiers de Québec une pluie de boulets, de bombes et de

(1) Journal de Foligny. Archives des Colonies. (2) Casgrain, Montcalm et Lévis, vol. I, p. 105.

ER PEN RTE

Tree

BOMBARDEMENT Dé LA VILLE. 279

pots à feu qui n’endommagea pas beaucoup les batteries françaises et infligea peu de pertes aux servants, mais qui détruisit beaucoup d'habitations et d’édifices publics (1). « La cathédrale, une grande partie de la haute ville et toute la ville basse devinrent la proie des flammes. On pouveit compter les maisons qui n’avaient pas été trouées par les projectiles. »

A ce feu les Français répondirent avec le canon de Québec et celui des batteries flottantes, « le Diable » et ses deux compagnes embossées à l'embouchure du Saint-Charles; mais la crainte de manquer de poudre ou de munitions, l'infériorité de leurs pièces et peut-être l'inexpérience du personnel, ne rendirent pas la riposte aussi vigoureuse qu'elle eût dû l'être. C’est ainsi que, grâce à la négligence des factionnaires et à la maladresse des pointeurs, des batiments de guerre anglais purent remonter en amont de Québec : « Dans la nuit du 18 au 19 (2), entre 11 heures et minuit, 4 navires {de l'escadre de Saunders) dont un vaisseau de 50 canons, ont passé devant la ville et ont été se mouiller à l’Anse des Mères (près de Sillery), après avoir essuyé quelques coups de canon sans effet pendant une nuit fort obscure. Plusieurs berges attachées aux vaisseaux ont fait la même route. » Aussitôt parvenu à destination, l'ennemi profita de sa position pour incendier le dernier brûlot canadien qui était à l'ancre et sans garde. Quard on pense que la largeur du fleuve, entre Québec et la rive opposée, ne dépasse pas 1.000 à 1.100 mètres dans le goulet franchi, le résultat négatif que nous venons d’enregistrer ne donne pas une haute idée de la précision du tir des défenseurs de Québec.

Cet événement était gros de dangers. Maitres du Saint- Laurent en amont et en aval, les Anglais pourraient couper la ligne de ravitaillement et obliger l’armée de Montcalm

(1) Casgrain, Montcalm et Lévis, vol. II, p. 107. (2) Journal de Montcalm, p. 578.

à la retraite sous peine de mourir de faim ; aussi fut-il décidé d'envoyer à Sillery, sous les ordres de Dumas, 900 fantassins, quelques sauvages et les 200 cavaliers de la Roche-Beaumont. Dumas arriva fort à propos pour faire déguerpir un détachement anglais qui avait débarqué à la Pointe aux Trembles. Son commandant, le colonel Carleton, eut cependant le loisir d'emmener des bestiaux et une centaine de vieillards, d'enfants et de femmes. Parmi ces dernières se trouvaient quelques dames de la société, à l’égard desquelles Wolfe se montra fort gelant; il les invita à souper et les renvoya à Québec avec force politesses assaisonnées, il est vrai, de la promesse ‘. tout incendier dans le pays s’il n'obtenait pas une prompte soumission.

En dépit de ces menaces, l’assaillant n'avait fait que des progrès insignifiants; à la vérité il s’était rendu maitre d'une partie du gouvernement de Québec; il avait dévasté de nombr’uses propriétés, capturé beaucoup de femmes et d'enfants, ruiné la capitale de la province, mais il n’avait aucunement entamé l’armée de Montcalm, et tant que celle-ci serait intacte, rien de durable n'aurait été accompli. En effet da côté du Saut de Montmorency, malgré un échange continuel de balles et de boulets entre les comvattants qui n'étaient séparés que par la rivière, les Anglais n'avaient acquis aucun avantage. Aussi Wolfe résolut-il de frapper un coup de vigueur.

Le 31 juillet, à 9 heures du matin, le vaisseau anglais de 6% canons le Centurion et 3 frégates vinrent s’embosser dans le chenal entre l’île d'Orléans et la rive gauche du Saint-Laurent; ils furent bientôt suivis de deux transports armés qui se rapprochèrent le plus près possible des retranchements, dont le chevalier de Lévis avait la garde, de la rivière de Montmorency à la Pointe de l’Essai. De l’artillerie de ces bâtiments et des #0 canons que Wolfe avait en position de l’autre bord du Saut, les Anglais ouvrirent vers midi un feu des plus violents sur les ouvrages français; ils

Page 1