‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 150 sur 303 · COMBAT DU SAUT DE MONTMORENCY · texte numérisé non relu

COMBAT DU SAUT DE MONTMORENCY

feignirent même de vouloir traverser la rivière par un gué en amont de la chute. Pendant la canonnade, une flottille de plus de 150 berges prit, à la pointe de Lévis, la brigade Monckton composée de 3 bataillons de ligne et des grenadiers de Louisbourg. Soit hésitation sur le point de descente, soit désir d'éviter les effets de l’artillerie française, ou intention de tromper le défenseur, les chaloupes anglaises manœuvrèrent pendant plusieurs heures dans la rade. Enfin, vers 5 heures et demie, elles se dirigèrent vers la plage à environ 2 kilomètres en amont de l'embouchure de Montmorency. On était en plein jusant; les navires anglais, quoique échoués, continuaient à tirer pour protéger le débarquement. Les troupes du camp du Saut, conduites par les brigadiers Townshend et Murray, s’apprêtaient à franchir la rivière de Montmorercy par un gué qui découvre à basse mer et à se joindre aux bataillons de Monckton. Entre temps les Français et les Canadiens qui, grâce aux traverses dont les tranchées étaient muuies avaient peu souffert de la canonnade, à l'approche des Anglais avaient évacué la redoute Johnstone très voisine de l’eau: après avoir encioué les canons, ils s'étaient retirés dans les retranchements qui frangeaient la crète du rivage, fort raide dans cet endroit. Pour repousser l’attaque qui se dessinait, Lévis avait laissé les Canadiens de Repentigny en observation dans le haut de la rivière de Montmorency, et garni les ouvrages établis le long du Saint-Laurent avec la milice de Montréal, une partie des sauvages et 3 batailions de réguliers que Montcalm avait amenés à son aide. Le général en effet n'avait pas été décu par les démonstrations des berges et s'était porté de sa personne au point menacé où il fut reçu par les acclamations des soldats.

D'après les ordres de Wolfe, la brigade de Monckton devai débarquer tout entière et attendre les camarades du camp du Saut avant d'aborder les lignes francaises; mais à peine mis à terre, les grenadiers et quelques pelotons du

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Royal Américain coururent en avant, occupèrent la redoute abandonnée, et commencèrent à gravir la pente escarpée qui faisait suite à la plage. Ils furent reçus par une fusillade des plus nourries que dirigèrent contre eux les hommes de Lévis abrités derrière leurs épaulements. Essoufflés par la course, perdant beaucoup de monde, les grenadiers hésitèrent, puis reculèrent en désordre jusqu’au rivage, où ils furent recueillis par les autres bataillons de Monckton qui avaient débarqué à leur tour. A ce moment éclata un orage épouvantable qui mit fin au combat; Wolfe ne jugea pas à propos de le renouveler et donna le signal de la retraite. Il n’y eut pas de poursuite; des Anglais les uns regagnèrent les chaloupes, les autres reprirent le chemin de leur camp du Saut après avoir mis le feu aux deux transports que le flot en se retirant avait laissés à sec.

Le combat du Saut de Montmorency coûta à l’armée britannique (1) ##3 tués, blessés ou pris, parmi lesquels % officiers tués et 29 blessés. Les Français n’accusèrent que 70 de tous rangs hors de combat. IL semblerait que malgré la pluie, qui, en mouillant la poudre, aurait interrompu le feu, le vainqueur eût pu tirer plus de parti de son succès et troubler l’'embarquement des vaincus. La tactique défensive qu'avec beaucoup de raison les généraux français avaient adoptée pour la campagne de Québec, s'était emparée des esprits et parait avoir été étendue sans motif aux opérations de détail. Quoi qu'il en fût, les Anglais ne furent suivis que par quelques Indiens en quête de chevelures. A cette occasion se passa un fait (2) à l’honneur de nos troupiers. Un officier du Royal Américain, dangereusement blessé, était aux prises avec un sauvage qui voulait l’achever ; il fut délivré par un soldat de Guyenne qui, au péril de sa vie, saisit l’Indien à bras le corps et

(1) Chiffres donnés par Knox et Mante.

(2) Journal de Foligny et Casgrain. Montcalm et Lévis, vol. Il, p. 137 et 141.

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