DÉFAITE DE LIGNERIS ET PRISE DE NIAGARA
tivité. Le 20 juillet, Prideaux fut tué par une bombe qui éclata en sortant du mortier et remplacé par Johnson que nous avons vu commander l’armée coloniale en 1755 contre Dieskau et qui, bien qu'il ne fût pas militaire de profession, était supérieur en grade aux officiers de l’armée régulière.
Malgré une résistance énergique, Pouchot commençait à être réduit aux abois, quand le 23 au matin quelques sauvages lui apportèrent des lettres de Ligneris et Aubry annonçant leur approche. Ces deux officiers, en puisant dans les postes de l'Illinois et des Grands Lacs, avaient réuni une armée fo:mée des éléments les moins homogènes ; dans les rangs se confondaient des soldats de marine, des miliciens du Canada, des colons de Détroit et de l'Illinois, des métis tenant plus de leurs mères indiennes que de leurs pères français, enfin des sauvages pur sang. Pouchot conseilla aux commandants des troupes de secours de traverser le Niagara, d'écraser un parti anglais de 200 hommes installé sur la rive droite et d'attendre les canots qu'il enverrait au-devant d'eux. Les chefs français ne voulurent rien modifier à leurs projets, et après avoir campé auprès de la Chute, reprirent le chemin qui conduisait au fort. Le lendemain 2! juillet, leur détachement, fort de 12 à 1.300 hommes, y compris les sauvages, se mit en route par le sentier du portage et malgré toute l'expérience des officiers en matière de combats dans les bois, vint tomber dans le piège que lui avait tendu Johnson. Le général anglais avait divisé ses forces; pour repousser une sortie des assiégés il avait laissé une partie de ses réguliers dissimulés dans les tranchées; le reste, à l'exception de quelques hommes commis à la garde des bateaux, composé de soldats de ligne, de provinciaux et d'Indiens, fut disposé de manière à aborder les Français en tête et en flanc pendant leur marche. La rencontre fut précédée d’une conférence entre les sauvages des deux partis qui ne produisit pas de résultat immédiat mais qui semble avoir découragé les partisans de la
France. Ces derniers prirent peu de part à la bataille dont tout le poids retomba sur les blancs; l’action qui eut lieu près d'un endroit appelé « la Belle Famille » fut courte. Les soldats d'Aubry et de Ligneris, écrasés par la supériorité du nombre, fusillés à bout portant par leurs adversaires qui s'abritaient derrière les arbres de la forêt, reculèrent en désordre; la poursuite leur coûta plus cher encore. Presque tous les soldats du détachement de la marine furent tués ; sur 30 officiers 3 seulement purent s'échapper, tous les autres furent tués ou pris et parmi eux les deux commandants, Ligneris blessé mortellement et Aubry, ainsi que les capitaines Marin, de Montigny et Villiers. Les sauvages anglais levèrent 150 chevelures et firent 96 prisonniers qui ne furent pas rachetés, à l'exception des officiers, etqui se virent condamnés, selon l’usage féroce (1) du vainqueur, aux tortres, à la mort ou à l'esclavage. Les débris des contingents battus regagnèrent leurs canots et se retirèrent au Détroit après avoir brülé ou fait sauter les forts de la Presqu'ile, aux Bœufs et Machault. Au Détroit ils restèrent inactifs jusqu’à ce que la capitulation de Montréal, en septembre 1760, eût scellé leur sort. Pouchot qui avait assisté des remparts de Niagara à quelques-unes des péripéties du combat et qui avait tenté une sortie infructueuse, ne voulut pas croire à. la défaite de ses amis; pour l’en convaincre il lui fallut le rapport d'un de ses officiers qui visita dans le camp de Johnson ses camarades prisonniers. Prolonger la résistance n'eût servi à rien, aussi Pouchot dont la garnison avait été réduite par le feu et par la maladie à 340 combattants, et qui n'avait plus que 1#0 fusils en état de fonctionner, dut-il se rési-
(1) Amherst, dans une lettre à Wolfe en date du 7 août à propos de ce combat, fait l'éloge de l'humanité des soldats anglais qu'il oppose aux cruautés habituelles des Français; il ne parle pas de ses alliés sauvages. Johnson, dans sa dépêche du 9 août à Amherst, mentionne le départ des Indiens avec leur butin, leurs prisonniers et leurs chevelures.
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